Une recette gazière déjà encaissée peut-elle répondre à des besoins immédiats, alors que les grands projets du Mozambique n’ont pas encore atteint leur pleine production ? À Maputo, le débat porte désormais autant sur la dépense de ces revenus que sur leur montant.

Un ajustement budgétaire, pas une nouvelle manne

Le 24 octobre 2026, le Parlement mozambicain a approuvé une révision du Plan économique et social et du budget de l’État. Elle ajoute 3,5746 milliards de meticais, soit environ 56 millions de dollars, aux dépenses prévues cette année. Le vote a opposé les députés de la Frelimo, au pouvoir, à ceux du Podemos, de la Renamo et du Mouvement démocratique du Mozambique, qui ont voté contre, selon des comptes rendus de la presse mozambicaine et régionale.

Cette somme ne correspond pas à de nouvelles ventes de gaz réalisées en 2026. Il s’agit de recettes antérieures, disponibles sur un compte transitoire lié au Fonds souverain du Mozambique, mais non inscrites au budget initial de l’année. La distinction compte : le débat concerne la réaffectation de fonds déjà perçus, et non une hausse soudaine des recettes gazières.

Le Mozambique est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des pays de la région autour de la coopération économique et politique. Mais la décision budgétaire est d’abord nationale : elle met en jeu les priorités du gouvernement, le contrôle parlementaire et la capacité des administrations à réaliser les travaux annoncés.

Des routes, des réparations et un projet parlementaire

La révision répartit les crédits entre quatre postes. Environ 1,17 milliard de meticais, soit 18,3 millions de dollars, doit contribuer au programme de reconstruction après les inondations de 2026. Une enveloppe de 1,2 milliard de meticais, équivalant à 18,8 millions de dollars, est destinée à la réhabilitation des routes et des ponts.

Le plan prévoit aussi 700 millions de meticais, soit près de 11 millions de dollars, pour remettre en état des infrastructures publiques endommagées lors des violences postélectorales de 2024. Enfin, 500 millions de meticais, environ 7,8 millions de dollars, sont affectés au projet de Cité parlementaire.

Les choix touchent des publics différents. Des routes praticables facilitent les déplacements et les échanges, notamment pour les producteurs et les commerçants des zones affectées. La remise en état des bâtiments publics peut contribuer au rétablissement de services administratifs. La Cité parlementaire, elle, pose la question des priorités à financer lorsque les besoins de réparation et de service public restent importants.

La contestation parlementaire a également porté sur le calendrier d’exécution, à un peu plus de deux mois de la fin de l’exercice budgétaire. Des élus d’opposition ont mis en doute la possibilité de lancer et d’achever les travaux dans ce délai, et défendu d’autres priorités, notamment le règlement d’arriérés dus à des enseignants et à des fournisseurs. Ces objections ne prouvent pas que les crédits resteront inutilisés ; elles soulignent un enjeu de suivi que les prochaines données d’exécution permettront d’évaluer.

Des recettes modestes face aux promesses du Rovuma

Les projections donnent la mesure de l’écart entre les revenus actuels et les attentes liées au gaz. Les recettes publiques tirées du GNL ont été estimées à 91,8 millions de dollars en 2024. Le gouvernement prévoyait ensuite 79,2 millions en 2025 et 76,8 millions en 2026. Selon les règles décrites dans les données budgétaires, 60 % des recettes nettes alimentent le budget de l’État et 40 % le Fonds souverain.

Pour l’instant, la production commerciale de GNL repose notamment sur Coral Sul, au large de la province de Cabo Delgado. Le projet Coral Norte, dans le bassin du Rovuma, doit ajouter une capacité de 3,55 millions de tonnes par an. L’Institut national du pétrole indique une mise en production prévue en 2028. En septembre 2026, les autorités ont aussi approuvé un cadre de financement pouvant atteindre 7,2 milliards de dollars pour ce projet. Ce sont des jalons importants, mais ils ne se traduisent pas automatiquement par des recettes publiques immédiates.

D’autres projets du Rovuma doivent encore franchir des étapes de développement et de financement avant d’élargir durablement les revenus du secteur. La montée en puissance dépendra aussi de facteurs concrets : réalisation des infrastructures, conditions de marché et capacité à transformer les recettes en investissements publics suivis et contrôlables.

La question centrale : qui bénéficie du gaz ?

Pour le gouvernement, l’affectation de fonds gaziers aux routes et à la reconstruction relie une ressource nationale à des besoins visibles. Pour les habitants des zones frappées par les inondations, l’enjeu se mesurera à la remise en service d’infrastructures et de services, pas au volume global annoncé. Pour les entreprises et les travailleurs, des chantiers réalisés peuvent soutenir l’activité ; toutefois, les annonces budgétaires ne suffisent pas à établir leur effet sur l’emploi ou les revenus.

La gestion du Fonds souverain prend ainsi une dimension politique et régionale. Le dispositif doit encadrer des recettes susceptibles d’évoluer avec la production et les prix, tout en séparant les sommes dépensées aujourd’hui de celles conservées pour l’avenir. La transparence des transferts, la publication des dépenses effectives et le contrôle des marchés publics seront déterminants pour juger si cette ressource bénéficie au-delà des secteurs directement liés au gaz.

À l’échelle de la SADC, le développement des projets du Rovuma est suivi pour ses effets possibles sur l’approvisionnement énergétique et les échanges régionaux. Mais la décision du 24 octobre révèle un enjeu plus immédiat pour le Mozambique : convertir des recettes encore limitées en services et infrastructures utiles, sans confondre les promesses de production future avec l’argent déjà disponible. La prochaine étape sera de vérifier l’exécution des crédits révisés et l’évolution des recettes à mesure que Coral Norte avance vers son démarrage annoncé.

Pour le contexte budgétaire, les lecteurs peuvent consulter les informations de la presse mozambicaine sur la révision budgétaire, le détail des affectations et du débat parlementaire, ainsi que les informations de l’Institut national du pétrole sur Coral Norte.