Pour une petite entreprise béninoise, obtenir un prêt peut rester difficile même lorsque son activité est viable. Le Fonds d’investissement et de garantie des petites et moyennes entreprises (FIGPME) doit aider à desserrer ce frein, mais son agrément marque le début du travail opérationnel, pas encore l’arrivée de nouveaux crédits sur le terrain.

Un nouvel outil dans l’écosystème financier béninois

Le Bénin appartient à l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), où la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Commission bancaire encadrent les établissements de crédit. L’agrément permet au FIGPME d’exercer comme établissement financier à caractère bancaire sous cette supervision régionale.

Le fonds a été créé en juillet 2024 avec une dotation initiale de 5 milliards de francs CFA. Son montage et les étapes prévues pour son autorisation figuraient déjà dans un document de la Banque mondiale consacré aux réformes économiques béninoises. Le dossier devait notamment couvrir la gouvernance, le recrutement de responsables et la préparation du démarrage.

Au Bénin, le FIGPME vient compléter des dispositifs d’accompagnement des entreprises, dont l’Agence de développement des petites et moyennes entreprises. La Caisse des dépôts et consignations du Bénin intervient aussi dans l’écosystème de financement et de soutien aux PME. L’enjeu est donc de coordonner les outils plutôt que de multiplier des guichets difficiles à identifier pour les entrepreneurs.

Une garantie ne vaut pas encore un crédit

L’agrément a été annoncé le lundi 26 octobre 2026 à Cotonou, à l’ouverture du Capital Reach Forum. Le ministre de l’Économie et des Finances, Aristide Médenou, a indiqué que le fonds devrait démarrer prochainement. Il prévoit de garantir une partie des prêts accordés par les banques et les institutions de microfinance.

Concrètement, une garantie partage une partie du risque entre le fonds et le prêteur. Elle peut rendre un dossier plus acceptable lorsqu’une PME manque de biens à donner en sûreté ou d’un historique bancaire suffisant. Le FIGPME annonce également des solutions de capitalisation, du conseil, de l’assistance et des cautionnements. Les critères d’éligibilité, les taux de couverture et les modalités de demande seront déterminants pour juger de son utilité réelle.

Le besoin est important. La CNUCED estime que les PME représentent plus de 90 % des entreprises béninoises et génèrent entre 60 et 70 % des emplois. Ces chiffres soulignent leur poids dans l’économie, mais ne disent pas à eux seuls quelles entreprises pourront accéder au mécanisme, ni dans quelles régions.

Un chiffre de déficit de financement de 1,13 milliard de dollars est cité dans la matière disponible, avec une référence à un document de la Banque mondiale publié en mars 2025. Toutefois, les données accessibles de la Banque mondiale consultées ici avancent un autre montant, soit 689 millions de dollars, calculé à partir d’une estimation antérieure des besoins des micro, petites et moyennes entreprises. Faute de base et de méthode communes permettant de réconcilier ces estimations, le montant de 1,13 milliard ne peut être présenté comme un chiffre établi.

Le défi : atteindre les entreprises hors des grands centres

L’agrément règle une question réglementaire. Il ne garantit pas automatiquement que les banques proposeront davantage de prêts, ni que les entreprises pourront supporter les conditions de remboursement. La solidité financière du fonds, la rapidité d’instruction et la répartition des risques entre le FIGPME et les prêteurs pèseront sur les décisions de crédit.

Les effets peuvent aussi différer selon les entreprises. Une société déjà structurée, dotée de comptes suivis, sera souvent mieux placée pour préparer une demande qu’une petite activité informelle. Les entreprises agricoles, artisanales ou dirigées par des femmes peuvent, elles aussi, avoir des besoins spécifiques, liés notamment à la saisonnalité, aux garanties disponibles ou à l’éloignement des agences financières.

Le déploiement devra donc dépasser Cotonou, principal centre économique, pour toucher les PME des départements et des zones rurales. Les institutions de microfinance peuvent jouer un rôle de proximité, à condition que les règles de garantie soient compréhensibles et que les coûts du crédit restent adaptés. Pour les entrepreneurs, la différence se mesurera à l’accès effectif au financement, pas à l’existence administrative du fonds.

Un enjeu partagé dans l’UMOA

Le sujet dépasse le Bénin. La Commission bancaire de l’UMOA recensait 25 établissements financiers à caractère bancaire dans l’ensemble de l’Union à la fin de 2025. Le fonds béninois rejoint ainsi un paysage régional où les mécanismes de garantie peuvent compléter l’offre bancaire, sans se substituer à l’évaluation du risque par les prêteurs.

Les entreprises béninoises cherchent aussi à intégrer des chaînes de valeur régionales, notamment dans l’agroalimentaire et la fabrication légère. L’accès au crédit peut aider à investir, respecter des normes de qualité et répondre à des commandes plus importantes. Mais ces ambitions dépendent également des infrastructures, de la logistique et des débouchés commerciaux, comme le rappelle la CNUCED dans son étude sur les PME du pays.

La prochaine étape sera l’ouverture effective des opérations du FIGPME. Il faudra observer les premières garanties accordées, les secteurs et territoires servis, ainsi que la part des entreprises qui n’accédaient pas auparavant au crédit. Ces indicateurs permettront de distinguer une avancée réglementaire d’un changement concret pour les PME béninoises.