Prendre le contrôle d’un projet minier ne suffit pas à en faire une mine. Pour Afema, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de convertir une ressource aurifère importante en décision d’investissement, tout en fixant la place de l’État et les conditions de financement.
Le projet se situe près de la frontière ghanéenne, dans une région où l’activité minière peut modifier les perspectives d’emploi, d’infrastructures et de revenus publics. Mais les annonces de production restent des projections : elles dépendent encore des études techniques, des capitaux mobilisés et des autorisations nécessaires.
Une participation concentrée avant l’étape du financement
Le 27 octobre 2026, la société australienne Turaco Gold a annoncé un accord pour acquérir les 20 % d’Afema encore détenus par son partenaire Sodim. L’opération, évaluée à environ 79 millions de dollars américains, ferait de Turaco l’actionnaire privé unique du projet, sous réserve de la participation de l’État ivoirien.
Le paiement annoncé combine plusieurs éléments : 30 millions de dollars en espèces, des actions et des options attribuées à Sodim, ainsi que des montants associés à des accords antérieurs et à une éventuelle redevance sur la production future. Une partie de la contrepartie dépend aussi de l’évolution des ressources. L’accord reste soumis à l’approbation des actionnaires de Turaco.
La concentration de l’actionnariat peut simplifier les décisions et les discussions avec de futurs prêteurs. Elle ne garantit cependant ni le financement de la construction ni le démarrage de l’exploitation. Turaco doit encore avancer son étude de faisabilité définitive et réunir les fonds nécessaires.
Les chiffres techniques publiés par l’entreprise situent les ressources minérales d’Afema à 4,65 millions d’onces, soit environ 145 tonnes d’or. Une ressource estimée n’équivaut pas à une quantité qui sera nécessairement extraite : seule une partie est convertie en réserves exploitables après études. La pré-étude de faisabilité publiée en juin 2026 retient une réserve probable de 1,91 million d’onces et envisage une production moyenne proche de 200 000 onces par an pendant environ 10,3 ans.
La part de l’État, au cœur de l’équilibre du projet
La participation publique constitue un volet distinct du rachat entre Turaco et Sodim. Le cadre minier ivoirien prévoit une part gratuite de 10 % pour l’État dans la société d’exploitation. Cette participation, dite non contributive, signifie que l’État n’a pas à financer sa quote-part des investissements de développement selon les règles applicables.
Le Code minier prévoit aussi la possibilité d’une participation supplémentaire négociée et financée. La Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire, ou SODEMI, peut également intervenir dans le secteur. L’accord annoncé ne supprime donc pas la question du niveau final de participation publique, ni celle de ses modalités.
Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est de tirer des revenus et des retombées durables d’un projet privé, sans fragiliser sa capacité à trouver des financements. Pour Turaco et ses investisseurs, la lisibilité de la propriété et des obligations de l’État compte dans l’évaluation des coûts et des risques. Pour les communautés de la zone d’Afema, les effets concrets dépendront notamment des emplois accessibles localement, des achats auprès d’entreprises ivoiriennes, des compensations foncières et de la gestion de l’eau et des terres.
Des prévisions qui restent conditionnelles
La pré-étude de 2026 évalue à environ 410 millions de dollars l’investissement initial envisagé. Turaco vise l’achèvement d’une étude définitive vers le milieu de 2027, avant une éventuelle décision finale d’investissement. L’entreprise a évoqué une première production en 2029, mais cette échéance reste conditionnée à l’aboutissement des études, aux autorisations et à la mobilisation du financement.
Le permis d’exploitation, selon les informations disponibles sur le projet, court jusqu’en 2033. La production annoncée pourrait faire d’Afema un projet majeur dans le portefeuille aurifère ivoirien, mais les indicateurs de rentabilité et de cadence restent ceux d’une étude de pré-faisabilité, susceptibles d’évoluer avec les travaux et les conditions économiques.
La question de la répartition des bénéfices dépasse ainsi les seuls actionnaires. Les recettes publiques, les emplois et les marchés de sous-traitance ne se répartissent pas automatiquement au bénéfice des populations voisines. Leur effet dépendra des obligations prévues, de leur suivi et de la transparence sur les paiements. Les rapports de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives de Côte d’Ivoire détaillent le régime de participation de l’État et les intérêts publics dans le secteur.
Un projet ivoirien dans une région aurifère active
Afema s’inscrit dans la montée en puissance de l’or dans l’économie ivoirienne. Le gouvernement a présenté le secteur minier comme un levier de diversification, alors que plusieurs projets industriels ont renforcé la production nationale. Cette trajectoire ne signifie pas que les bénéfices se diffusent de façon égale : les revenus de l’État, les besoins des entreprises et les attentes des riverains ne se confondent pas.
À l’échelle ouest-africaine, la Côte d’Ivoire, membre de la CEDEAO — l’organisation de coopération économique et politique de la région — évolue dans un espace où l’or occupe une place importante, avec des régimes miniers et des choix de participation publique différents selon les pays. Pour les autorités ivoiriennes, Afema sera aussi un test de la manière dont les grands projets peuvent associer capitaux privés, contrôle public et retombées locales.
Les prochaines étapes à surveiller sont l’approbation des actionnaires de Turaco, le montage financier, puis les conclusions de l’étude définitive attendue en 2027. C’est seulement après ces jalons que les prévisions de construction et de production pourront être évaluées avec davantage de certitude.
Pour les données du projet, consulter la pré-étude de faisabilité d’Afema publiée par Turaco Gold et son état des ressources minérales. Le cadre de la participation publique est documenté dans le rapport ITIE Côte d’Ivoire.