Au large du Ghana, la prochaine séquence pétrolière se prépare déjà. Tullow Oil a réservé un navire de forage pour poursuivre l’exploitation de ses principaux actifs offshore, alors que le groupe cherche à maintenir sa production, renforcer ses réserves et améliorer sa situation financière.
Un nouveau cycle de forage se prépare au large d’Accra
Le groupe britannique Tullow Oil a conclu un accord avec Noble Corporation pour mobiliser le navire de forage Noble Faye Kozack au Ghana. La campagne doit débuter vers le milieu de l’année 2027 et pourra comprendre jusqu’à dix puits.
Les opérations concerneront les actifs de Jubilee et de Tweneboa-Enyenra-Ntomme, plus connu sous le sigle TEN. Ces deux champs se trouvent dans le bassin de Tano, au large de la côte occidentale ghanéenne. Ils constituent le cœur de la production pétrolière de Tullow dans le pays.
Le contrat ne précise pas encore le nombre définitif de puits, leur répartition entre Jubilee et TEN, ni sa valeur financière. Tullow et Noble n’ont pas non plus détaillé le calendrier complet des travaux. Le programme est toutefois présenté comme la deuxième campagne de forage du groupe pour la période 2027-2028.
Le Noble Faye Kozack est un navire spécialisé dans le forage en eaux profondes. D’après les informations publiées par Noble Corporation, l’unité est actuellement engagée au Brésil pour Petrobras. Son contrat brésilien doit arriver à échéance en janvier 2027, avant sa mobilisation attendue vers les eaux ghanéennes.
Jubilee reste le principal levier de production
Cette décision intervient après une campagne menée en 2025 et 2026. Elle a permis de mettre en service six puits producteurs sur Jubilee, ainsi qu’un puits injecteur d’eau. Ce dernier ne produit pas de pétrole. Il sert à maintenir la pression du réservoir et à soutenir la récupération des hydrocarbures.
Tullow affirme que les nouveaux puits ont produit au-delà des prévisions initiales. Le groupe a aussi utilisé des données sismiques en quatre dimensions, qui permettent de suivre l’évolution des réservoirs dans le temps. Des données recueillies grâce à des capteurs posés sur le fond marin doivent compléter cette lecture du sous-sol.
Cette approche vise à sélectionner des cibles plus précises. Elle doit aussi limiter le risque de forer des puits moins performants. Dans un champ déjà mature comme Jubilee, chaque nouveau forage doit donc répondre à une logique de rendement et de prolongation de la durée de vie des installations.
Au premier semestre 2026, la production revenant à Tullow a atteint 43 700 barils équivalents pétrole par jour. Cette mesure correspond à la part du groupe dans les champs exploités avec ses partenaires, et non à la production totale du Ghana.
Pour l’ensemble de l’année 2026, Tullow vise une production comprise entre 34 000 et 42 000 barils équivalents pétrole par jour. Le groupe indique désormais viser le haut de cette fourchette. Cette amélioration dépendra toutefois de la régularité des puits, de la disponibilité des unités flottantes et de l’évolution des cours du pétrole.
Des réserves en hausse, mais une équation financière toujours tendue
Tullow présente le Ghana comme son principal centre d’investissement. Sur une enveloppe d’environ 200 millions de dollars prévue pour 2026, près de 195 millions doivent être consacrés aux opérations ghanéennes. Environ 150 millions de dollars sont destinés aux travaux sur Jubilee.
Les réserves prouvées et probables du groupe ont atteint 121,7 millions de barils équivalents pétrole au 30 juin 2026, contre 100,2 millions au 31 décembre 2025. Tullow relie cette progression à la prolongation de ses licences ghanéennes jusqu’en 2040 et à l’approbation de nouveaux engagements de forage.
Cette hausse ne règle pas pour autant la question de l’endettement. Le groupe doit transformer ses réserves en flux de trésorerie, tout en finançant les travaux offshore et les dépenses liées aux installations existantes. Le forage constitue donc un investissement stratégique, mais aussi une source de pression sur les liquidités à court terme.
Tullow travaille parallèlement sur plusieurs projets. Il s’agit notamment de pompes sous-marines, de nouveaux forages de développement, de l’intervention sur certains puits et de la valorisation du gaz associé. La société cherche ainsi à accroître ses revenus sans dépendre uniquement de la mise en production de nouveaux puits.
Pour le Ghana, l’enjeu dépasse le seul volume de pétrole
Le Ghana tire des recettes publiques de la production pétrolière grâce aux participations de l’État, aux taxes et aux accords de partage de production. Les opérations de Tullow influencent donc les revenus budgétaires, mais aussi l’activité des entreprises locales engagées dans la logistique, la maintenance et les services offshore.
La trajectoire reste néanmoins contrastée. Les installations pétrolières se trouvent en mer, tandis que les effets économiques se répartissent entre Accra, les villes côtières et les entreprises sous-traitantes. Les bénéfices ne se traduisent pas automatiquement par une amélioration uniforme des revenus ou de l’emploi dans toutes les régions ghanéennes.
Le pays doit également arbitrer entre l’exploitation de ses hydrocarbures et ses objectifs de transition énergétique. Le gaz produit avec le pétrole peut soutenir l’électricité et réduire certaines importations de combustibles. Cependant, les investissements offshore restent exposés aux fluctuations des prix et aux exigences croissantes en matière d’environnement.
La prolongation des licences jusqu’en 2040 donne davantage de visibilité aux partenaires de Jubilee et de TEN. Elle offre aussi au gouvernement ghanéen un cadre pour négocier la fourniture de gaz et les futurs investissements. En contrepartie, l’État devra suivre l’exécution des engagements annoncés et la contribution réelle du secteur au développement national.
Un signal suivi par la CEDEAO et les investisseurs
À l’échelle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la décision confirme la place du Ghana parmi les producteurs offshore de la région. La CEDEAO, qui regroupe quinze pays ouest-africains, n’intervient pas directement dans la gestion des champs pétroliers. Elle constitue toutefois un espace régional où les questions d’énergie, de commerce et de financement se répondent.
Le Ghana évolue dans un environnement différent de celui du Nigeria, premier producteur pétrolier de la région, mais les deux pays partagent les mêmes défis. Ils doivent ralentir le déclin de certains champs, attirer des capitaux, développer le gaz et renforcer les retombées locales de l’industrie extractive.
La prochaine échéance sera le démarrage effectif de la campagne, attendu à partir de la mi-2027. Les marchés suivront surtout le nombre de puits confirmé, leur financement, les résultats des premiers forages et la capacité de Tullow à convertir ses réserves en trésorerie. Pour le Ghana, l’enjeu sera de préserver la production tout en faisant du secteur pétrolier un levier durable pour l’économie nationale.