Une hausse des recettes pétrolières peut renforcer les finances publiques du Ghana. Mais elle ne garantit ni des revenus stables ni une meilleure visibilité sur les dépenses. Le bilan du premier semestre 2026 met ainsi en lumière deux enjeux liés : la dépendance aux cours du brut et le contrôle de l’argent destiné au budget.

Des recettes en hausse, sensibles aux cours mondiaux

De janvier à juin 2026, les recettes pétrolières ghanéennes ont atteint 561,4 millions de dollars, contre 370,3 millions un an plus tôt. Cette progression de 51,6 % figure dans le rapport semestriel du Comité de l’intérêt public et de la responsabilité (PIAC), l’organe chargé de surveiller la gestion des revenus pétroliers.

La hausse s’explique notamment par le prix moyen obtenu pour le brut, établi à 92,80 dollars le baril, au-dessus du prix de référence de 76 dollars retenu dans le budget. Les recettes de l’impôt sur les sociétés ont aussi augmenté. En parallèle, la production a progressé de 18,42 à 20,58 millions de barils, soit 11,73 %, selon les données reprises par la Ghana News Agency sur le rapport du PIAC.

Cette amélioration est associée aux performances des champs de Jubilee et de Sankofa Gye Nyame. Toutefois, le bond des recettes dépasse celui de la production : le prix international a donc joué un rôle majeur. Le rapport semestriel de la Banque du Ghana sur les fonds pétroliers comptabilise environ 561,7 millions de dollars de recettes au premier semestre, un total proche de celui annoncé par le PIAC.

Le résultat reste exposé aux variations du marché mondial. Une hausse du brut peut gonfler les recettes publiques, mais elle peut aussi renchérir les carburants importés. Le président du PIAC, Richard Ellimah, a déjà souligné que la production nationale ne couvre pas les besoins du pays. Le Ghana peut donc bénéficier de prix élevés comme exportateur de brut tout en subissant leurs effets sur ses achats de produits pétroliers, rapporte Citi Newsroom.

Le débat porte aussi sur l’usage des fonds

Au-delà des recettes collectées, le désaccord concerne les informations nécessaires pour suivre leur affectation. Le PIAC affirme ne pas disposer de tous les éléments permettant d’évaluer l’utilisation de la part destinée au budget national, appelée Annual Budget Funding Amount (ABFA). Ce mécanisme affecte une partie des revenus pétroliers au financement des dépenses publiques.

Le ministère des Finances conteste l’idée d’une rétention d’informations. Dans un communiqué publié le 23 octobre, il affirme avoir transmis au comité les données sur les recettes et leur répartition. Il précise que les ressources de l’ABFA mobilisées en 2026 sont réservées à l’autoroute Accra-Kumasi, dans le cadre du programme d’infrastructures « Big Push ». Selon le ministère, les fonds serviront aux travaux lorsque le contrat sera attribué.

Les deux institutions ne décrivent donc pas le problème de la même manière. Le ministère dit avoir expliqué les modalités de financement ; le PIAC estime que les données disponibles ne suffisent pas à évaluer les dépenses prévues. Cette distinction compte : connaître la destination annoncée d’un fonds ne permet pas, à elle seule, de vérifier les montants engagés, l’avancement des travaux ou les résultats obtenus. Le communiqué du ministère ghanéen des Finances indique également que la part de 5 % destinée au Fonds commun des assemblées locales est versée depuis le Fonds consolidé.

La question concerne donc autant la transparence budgétaire que le choix des investissements. Une autoroute peut concentrer les ressources sur un projet national majeur. Mais cette priorité réduit la marge disponible pour d’autres projets financés auparavant par l’ABFA. Les bénéfices attendus ne se répartissent pas nécessairement de la même façon entre les usagers des grands axes, les collectivités locales et les habitants des zones moins directement desservies.

Une réforme financière et des attentes dans le secteur gazier

Le cadre de gestion évolue aussi. En décembre 2025, le Parlement a adopté une modification de la loi sur la gestion des revenus pétroliers. Elle élargit les instruments financiers dans lesquels les fonds peuvent être placés, tout en prévoyant un rôle de conseil et une information du Parlement. Pendant les débats, un député a mis en garde contre des règles trop larges, qui compliqueraient le contrôle des investissements. La Ghana News Agency a rendu compte de cette discussion parlementaire.

Cette réforme intervient alors que le pays cherche aussi à mieux valoriser son gaz associé à l’extraction pétrolière. Le gouvernement a annoncé l’approbation par le Cabinet d’un deuxième projet d’usine de traitement du gaz. L’infrastructure doit accroître les volumes de gaz utilisables et réduire le torchage, mais elle reste un projet : son effet dépendra de son financement, de sa réalisation et de son raccordement aux besoins énergétiques du pays.

Pour les Ghanéens, ces choix se traduiront surtout par des arbitrages budgétaires et énergétiques. Les revenus pétroliers ne sont pas une ressource régulière : ils varient avec les prix, les volumes extraits et les recettes fiscales. À Accra comme dans les régions, l’enjeu est donc de savoir si les recettes exceptionnelles soutiennent des investissements suivis et des services utiles, plutôt que de créer l’illusion d’une manne durable.

Un test de redevabilité pour le Ghana et la région

Membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, le Ghana évolue dans une région où les recettes d’hydrocarbures côtoient des besoins importants en énergie, en infrastructures et en services publics. Son expérience intéresse aussi les pays producteurs qui cherchent à concilier investissements, épargne publique et contrôle parlementaire.

La prochaine étape sera concrète : le suivi de l’ABFA affectée à l’axe Accra-Kumasi, la publication d’informations suffisamment détaillées et la capacité du PIAC à contrôler les dépenses. Le débat entre le comité et le ministère montre que la hausse des recettes ne règle pas la question centrale. Elle rend plus pressant le besoin de vérifier comment l’argent public est réparti et ce qu’il permet réellement de construire.