Pour les ménages, les agriculteurs et les entreprises du Ghana, l’accès à l’eau dépend autant des infrastructures que de la capacité à les financer et à les entretenir. Accra cherche donc à organiser les investissements du secteur sur plusieurs années, alors que les besoins dépassent les moyens disponibles dans le budget public.
Un programme pour choisir les investissements prioritaires
Le Ghana prépare un cadre de financement de 4,28 milliards de dollars dans le cadre de son Programme national d’investissement dans l’eau. Le projet a été présenté lors d’un atelier de validation à Accra, le 6 octobre 2026, selon la Ghana News Agency (GNA). Il doit aider les institutions à classer les projets prioritaires, préciser leur mise en œuvre et rechercher des financements publics, privés et climatiques.
Le montant annoncé correspond aux besoins que le programme cherche à organiser et financer. Il ne signifie pas que cette somme a déjà été réunie. La Commission des ressources en eau (WRC), chargée notamment de la gestion et de la coordination des ressources hydriques, participe à la démarche. Les responsables veulent aussi aligner les investissements sur les priorités nationales de développement et d’adaptation climatique.
Selon les estimations sectorielles rapportées par la GNA, le pays aurait besoin d’environ 1,7 milliard de dollars par an pour viser l’accès universel à l’eau et atteindre ses objectifs de durabilité d’ici 2030. Ce chiffre annuel ne doit pas être confondu avec l’enveloppe de 4,28 milliards : les deux montants décrivent des besoins distincts. En 2024, le Ghana et les Nations unies avaient déjà inscrit un engagement annuel de 1,7 milliard de dollars pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans un pacte présidentiel.
Des financements diversifiés, avec des garde-fous
La contrainte est budgétaire autant que technique. L’endettement public et la faible marge de manœuvre de l’État limitent sa capacité à financer seul les réseaux, les installations de traitement et leur entretien. La stratégie évoquée par les responsables combine donc ressources publiques, prêts concessionnels — accordés à des conditions plus favorables que les prêts commerciaux —, financement climatique et participation privée.
Cette diversification ne garantit pas, à elle seule, que les projets seront financés ou achevés. Il faudra notamment préparer des dossiers solides, préciser qui supporte les risques et rendre compte de l’usage des fonds. La GNA rapporte que les responsables financiers souhaitent renforcer les échanges avec les partenaires de développement et les institutions de financement climatique. Le défi sera de mobiliser ces capitaux sans faire peser des coûts disproportionnés sur les usagers ni négliger les zones moins rentables.
Le Ghana a engagé d’autres travaux préparatoires. En février 2026, il a lancé, avec l’appui du Fonds vert pour le climat, une initiative de préparation des investissements dans l’eau liée au programme continental de l’Union africaine. Elle vise notamment à renforcer les capacités nationales et à préparer des projets répondant aux critères des financeurs climatiques. Le gouvernement avait aussi annoncé vouloir développer un fonds de préparation de projets dans le cadre des partenariats public-privé.
Des besoins urbains et territoriaux inégaux
Le plan de développement à moyen terme 2026-2029 prévoit des investissements dans les infrastructures hydriques urbaines. Le document de planification du ministère fixe notamment l’objectif d’augmenter de 14 % la part de la population disposant d’un accès de base à l’eau potable d’ici 2029. Il mentionne des interventions dans plusieurs villes, dont Keta, Damongo, Tamale, Yendi et Techiman.
Ces projets urbains ne résument toutefois pas les besoins du pays. La qualité et la continuité du service peuvent varier selon les territoires, tandis que les petites villes et les communautés rurales dépendent souvent de systèmes différents des réseaux urbains. Les choix d’investissement auront donc des effets distincts : les entreprises et les ménages raccordés attendent un service fiable, alors que les populations éloignées des réseaux ont besoin de solutions adaptées et entretenues localement.
Les infrastructures ne suffisent pas non plus si les ressources qui les alimentent se dégradent. La WRC souligne le rôle de la gestion des bassins, de la surveillance de la qualité de l’eau et de la protection des ressources. La pression climatique, la croissance des besoins et la pollution rendent ces tâches centrales pour la résilience des installations. Autrement dit, financer des équipements sans prévoir leur maintenance et la préservation des sources risque de réduire leur durée de vie.
Un enjeu ghanéen qui rejoint les priorités régionales
En Afrique de l’Ouest, où les bassins et les enjeux hydriques dépassent les frontières nationales, la sécurité de l’eau dépend aussi de la coopération régionale. Le Ghana est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. À l’échelle continentale, son initiative s’inscrit dans les efforts de l’Union africaine pour accroître les investissements dans l’eau et renforcer la résilience climatique.
La prochaine étape sera de transformer le cadre en projets financés, avec des responsabilités et un calendrier vérifiables. L’atelier de validation doit permettre de repérer les lacunes avant la finalisation du programme. Pour les Ghanéens, l’enjeu concret ne sera pas le montant annoncé en lui-même, mais la capacité des investissements à améliorer durablement l’accès à l’eau, dans les villes comme dans les zones moins desservies.
Sources consultées : Ghana News Agency sur le cadre de financement ; Nations unies au Ghana sur le pacte eau et assainissement de 2024 ; Ghana News Agency sur le projet de préparation des investissements climatiques ; Plan de développement 2026-2029 du ministère, publié par la Commission nationale de planification du développement ; Commission des ressources en eau du Ghana.