Le secteur bancaire ghanéen s’apprête à changer de visage. À Accra, une banque marocaine doit prendre le contrôle de Société Générale Ghana, tandis qu’un organisme public ghanéen renforcera sa présence au capital. L’opération rapproche ainsi deux ambitions africaines : l’expansion régionale d’Attijariwafa bank et la volonté du Ghana de conserver une part locale dans ses institutions financières.

Un accord qui redessine l’actionnariat de la banque

Le 1er octobre 2026, Société Générale a annoncé un accord portant sur la cession de l’intégralité de sa participation de 60,22 % dans sa filiale ghanéenne. Attijariwafa bank doit en acquérir 55,22 %. Les 5 % restants reviendraient au Social Security and National Insurance Trust, ou SSNIT, l’organisme public qui gère une partie de la sécurité sociale et de l’épargne-retraite au Ghana.

La transaction n’est pas encore définitive. Elle doit obtenir les autorisations des autorités financières et réglementaires du Ghana et du Maroc. Les conditions prévues dans l’accord doivent également être remplies avant la réalisation complète de l’opération.

Si le calendrier est respecté, Attijariwafa bank deviendra l’actionnaire majoritaire de Société Générale Ghana. Le groupe marocain reprendra les activités de la banque, ses portefeuilles de clients et ses équipes. Le montant de la cession n’a pas été rendu public.

L’annonce a été publiée dans le cadre des informations communiquées au marché par la Ghana Stock Exchange, la Bourse du Ghana où Société Générale Ghana est cotée.

Une banque déjà bien implantée dans l’économie ghanéenne

Société Générale Ghana n’est pas un établissement marginal. La banque dispose d’environ 40 agences et points de service répartis dans plusieurs villes du pays. Elle accompagne les particuliers, les petites entreprises et les grandes sociétés, avec des services de crédit, de gestion de trésorerie, de financement du commerce et de couverture du risque de change.

À la fin de l’exercice 2025, son bilan atteignait environ 9,7 milliards de cedis ghanéens. Son produit net bancaire s’élevait à 1,356 milliard de cedis et son bénéfice après impôt à 397 millions de cedis, selon les données publiées par la banque. La banque comptait aussi plus de 500 collaborateurs.

Ces résultats montrent une institution solide, mais confrontée à un environnement exigeant. En 2025, le bénéfice net avait reculé par rapport à l’exercice précédent. Les crédits bruts et les dépôts de la clientèle avaient également diminué. Cette évolution s’inscrit dans un marché marqué par le coût élevé du financement, la pression sur les revenus des ménages et les efforts de stabilisation de l’économie ghanéenne.

La composition actuelle du capital explique aussi l’importance de la transaction. Avant l’opération, Société Générale détenait 60,22 % de sa filiale. Le SSNIT possédait 19,36 % et l’homme d’affaires ghanéen Daniel Ofori 6,81 %. Le solde était réparti entre d’autres actionnaires présents sur le marché boursier.

Pour Attijariwafa bank, une entrée dans l’Afrique anglophone

L’acquisition offrirait à Attijariwafa bank sa première implantation bancaire directe au Ghana. Le groupe marocain entretient déjà des relations avec des acteurs financiers ghanéens, notamment dans la correspondance bancaire. Il passerait toutefois à une présence opérationnelle complète dans un pays de plus de 30 millions d’habitants et dans l’une des économies les plus structurées d’Afrique de l’Ouest.

Cette étape élargirait le périmètre linguistique et géographique du groupe. Attijariwafa bank est historiquement très présente dans les marchés francophones d’Afrique. Le Ghana lui donnerait une base dans un environnement anglophone, connecté au Nigeria, à la Sierra Leone, au Liberia et aux autres économies du golfe de Guinée.

Le groupe marocain devra toutefois composer avec les particularités du marché local. Le Ghana possède une banque centrale active, une Bourse organisée et un secteur bancaire concurrentiel. Les clients attendront une continuité des services, tandis que les entreprises surveilleront les conditions de crédit, les paiements internationaux et l’accès aux devises.

La question de l’identité de la banque sera également suivie de près. Une acquisition ne se limite pas au transfert d’actions. Elle implique l’intégration des systèmes informatiques, l’harmonisation des procédures et la définition d’une nouvelle stratégie commerciale. Le maintien des emplois et la stabilité du réseau seront des indicateurs importants pour les salariés et les clients.

Le SSNIT renforce la présence ghanéenne au capital

Le rôle du SSNIT donne une dimension nationale à l’opération. Après l’acquisition des 5 % supplémentaires, l’organisme public porterait sa participation à 24,36 %. Il deviendrait ainsi le deuxième actionnaire de Société Générale Ghana, devant Daniel Ofori.

Pour le SSNIT, cette participation représente un investissement réalisé au nom des travailleurs et des retraités ghanéens. Elle peut offrir une exposition accrue aux performances futures de la banque. Elle renforce aussi la présence d’un investisseur institutionnel local dans un établissement stratégique pour le financement de l’économie.

Cette évolution ne signifie pas que l’État ghanéen prendra la direction de la banque. Attijariwafa bank restera l’actionnaire de contrôle avec 55,22 %. Le SSNIT disposera toutefois d’un poids plus important dans la gouvernance et dans la défense des intérêts liés à ses cotisants.

Une opération à suivre dans le cadre de la CEDEAO

Le dossier dépasse les frontières du Ghana. Le pays est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui cherche à faciliter les échanges et les investissements entre ses États membres. La présence d’un groupe bancaire marocain au Ghana pourrait contribuer à densifier les passerelles entre les économies francophones et anglophones de la région.

Elle intervient aussi dans un contexte de recomposition du paysage bancaire africain. Plusieurs groupes internationaux réévaluent leurs filiales, tandis que des banques africaines cherchent à accroître leur présence sur le continent. Les cessions peuvent donc traduire un retrait stratégique de certains acteurs mondiaux, mais aussi l’affirmation de groupes africains capables de reprendre des réseaux existants.

La prochaine étape sera l’obtention des agréments nécessaires. Il faudra ensuite observer la gouvernance retenue, le calendrier d’intégration et l’évolution de la marque. Pour le Ghana, l’enjeu sera de préserver la confiance des clients et de garantir que l’investissement local accru du SSNIT bénéficie effectivement aux travailleurs et aux retraités.

Pour Attijariwafa bank, la réussite de cette implantation dira si son modèle peut s’adapter durablement à l’Afrique anglophone. Pour le marché régional, l’opération constituera un nouveau test de la capacité des groupes bancaires africains à construire des réseaux véritablement panafricains.