À Lubumbashi, l’accès à l’eau potable dépend encore trop souvent d’un autre réseau essentiel : celui de l’électricité. Lorsque les pompes s’arrêtent, les robinets se taisent à leur tour. Dans plusieurs quartiers de la capitale du Haut-Katanga, cette fragilité transforme une coupure technique en contrainte quotidienne pour les ménages.

Une ville minière face à une pénurie qui désorganise les ménages

Dans le quartier Tshamalale, au sud de la République démocratique du Congo, des habitants rapportent des interruptions répétées de la distribution d’eau. Selon leurs témoignages, l’eau ne revient parfois que pendant quelques heures, avant de disparaître de nouveau durant plusieurs jours.

Cette irrégularité touche des usages essentiels. Les familles doivent organiser les bains, la cuisine, la lessive et le nettoyage autour de rares périodes d’approvisionnement. Certains habitants se déplacent vers des forages ou des points d’eau éloignés. D’autres stockent l’eau disponible dans des seaux et des bidons, avec le risque de contamination lorsque les récipients sont mal nettoyés.

Dans plusieurs foyers, la pénurie affecte aussi les activités domestiques et les petits jardins. L’arrosage devient difficile. Les ménages qui dépendent de quelques cultures autour de leur habitation voient leurs plantations se dessécher. La crise ne concerne donc pas seulement le robinet : elle pèse sur le temps disponible, les dépenses quotidiennes et l’organisation familiale.

Les femmes et les jeunes filles assument souvent une part importante de la recherche d’eau. Ce travail supplémentaire réduit le temps consacré aux études, au commerce ou aux activités rémunérées. Dans les quartiers périphériques, la distance à parcourir renforce encore cette pression, surtout lorsque les points d’approvisionnement ne sont pas sécurisés ou fonctionnent de manière irrégulière.

Kimilolo, un point sensible du système d’approvisionnement

La REGIDESO, entreprise publique chargée de la distribution d’eau en République démocratique du Congo, relie ces perturbations aux difficultés rencontrées par la station de Kimilolo. Cette infrastructure compte parmi les principaux sites de captage qui alimentent Lubumbashi.

La direction provinciale évoque des interruptions d’électricité ayant affecté les équipements de pompage. Elle mentionne également le vol de câbles électriques. Sans alimentation stable, les machines ne peuvent pas fonctionner selon un rythme normal, même lorsque la ressource en eau reste disponible.

Cette explication s’inscrit dans un problème plus ancien. En mai 2023, la direction provinciale de la REGIDESO avait déjà indiqué que les délestages privaient certaines installations de six à huit heures de fonctionnement par jour. Elle signalait alors des difficultés à Kimilolo, à Kasapa et sur le site de l’Université de Lubumbashi. Les explications publiées par Radio Okapi reliaient également les difficultés de l’entreprise au non-paiement de factures par plusieurs institutions publiques et sociétés d’État.

Le mécanisme est simple. Une station de captage doit faire fonctionner ses pompes, ses équipements de traitement et ses systèmes de refoulement. Une coupure prolongée réduit la production. Elle empêche aussi de remplir suffisamment les réservoirs. Lorsque l’électricité revient, la pression ne se rétablit donc pas forcément immédiatement dans toute la ville.

Une dépendance entre l’eau, l’électricité et les finances publiques

À Lubumbashi, la distribution d’eau se trouve au croisement de plusieurs fragilités. La REGIDESO dépend de la Société nationale d’électricité, la SNEL, pour alimenter ses stations. De son côté, la SNEL doit composer avec des réseaux vieillissants, une demande élevée et la concurrence entre les usages domestiques, industriels et miniers.

Cette situation est particulièrement visible dans le Haut-Katanga. La province concentre une importante activité minière, notamment autour du cuivre et du cobalt. Les entreprises ont besoin d’une alimentation électrique régulière pour leurs opérations. Les ménages, les hôpitaux, les écoles et les services publics dépendent pourtant des mêmes infrastructures ou de réseaux qui restent insuffisamment renforcés.

Le problème n’est donc pas uniquement celui d’une panne locale. Il relève aussi de la capacité des entreprises publiques à entretenir leurs équipements, recouvrer leurs créances et investir dans de nouvelles installations. En 2023, la REGIDESO du Haut-Katanga estimait que plusieurs milliards de francs congolais et plusieurs millions de dollars lui étaient dus par des organismes publics et des entreprises. Ces impayés réduisent ses marges pour réparer les pompes, remplacer les câbles et sécuriser les sites.

Le financement ne règle toutefois pas tout. Les installations de Kimilolo sont également exposées aux pressions urbaines et environnementales. Des documents de la Banque mondiale ont signalé depuis plusieurs années la vulnérabilité de cette ressource, ainsi que les préoccupations exprimées localement au sujet de la protection de la nappe phréatique. Le plan de réhabilitation consacré à l’alimentation en eau de Lubumbashi rappelle l’importance de préserver les zones de captage et de mieux encadrer les activités qui les entourent.

Des solutions techniques, mais aussi une gouvernance à renforcer

Des acteurs de la société civile proposent de réduire la dépendance entre les stations d’eau et le réseau électrique général. L’installation de systèmes solaires autonomes figure parmi les pistes évoquées. Elle pourrait permettre de maintenir certaines pompes en fonctionnement pendant les délestages, à condition de prévoir des batteries, une maintenance régulière et une protection efficace contre les vols.

Cette option ne remplacerait pas les investissements nécessaires dans les réseaux de la SNEL et de la REGIDESO. Elle offrirait cependant une alimentation de secours pour les équipements les plus stratégiques. La priorité serait de garantir un service minimal dans les quartiers densément peuplés, les centres de santé et les établissements scolaires.

La sécurisation des sites constitue un autre volet. Le vol de câbles et la pression foncière autour des stations augmentent les coûts et ralentissent les interventions. La protection des installations doit donc associer les autorités provinciales, les entreprises publiques et les communautés riveraines. Elle doit aussi s’accompagner d’une information claire sur les travaux, les horaires de distribution et les points d’eau de remplacement.

Un enjeu qui dépasse Lubumbashi

La situation de Lubumbashi illustre un défi plus large pour les villes de la République démocratique du Congo : l’urbanisation progresse plus vite que les réseaux d’eau et d’électricité. Les quartiers périphériques sont les premiers à subir les baisses de pression, car ils se trouvent souvent en bout de réseau et disposent de moins d’alternatives.

À l’échelle régionale, cette question concerne aussi la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, dont la République démocratique du Congo est membre. Les échanges d’électricité et les projets régionaux peuvent améliorer la disponibilité énergétique, mais ils ne dispensent pas les villes d’entretenir leurs propres réseaux de distribution.

Pour Lubumbashi, les prochains indicateurs seront concrets : la régularité du courant à Kimilolo, la réparation des équipements, la protection de la nappe et l’ouverture de nouveaux points d’approvisionnement. Tant que ces éléments ne progresseront pas ensemble, chaque panne électrique continuera de se traduire par une nouvelle attente devant les forages et par des robinets incertains dans une grande ville industrielle.