À Laâyoune, les drapeaux marocains ont accompagné une commémoration qui dépasse le seul souvenir de 1975. Cinquante et un ans après la Marche verte, le différend sur le Sahara occidental reste sans règlement et la présence de l’ONU entre dans une phase inédite : la MINURSO a cessé ses opérations le 1er novembre 2026.
Une mémoire célébrée, un territoire disputé
Le 6 novembre 1975, une mobilisation organisée par le royaume du Maroc a marqué une étape décisive dans sa revendication sur le Sahara occidental, alors sous administration espagnole. Pour Rabat, la Marche verte incarne la récupération d’un territoire considéré comme marocain. Pour les partisans de l’indépendance sahraouie, elle ouvre au contraire une période de prise de contrôle et de déplacement.
Cette divergence reste au cœur du présent. Le Maroc administre la majeure partie du territoire et défend un plan d’autonomie sous sa souveraineté. Le Front Polisario réclame l’indépendance et soutient le droit des Sahraouis à l’autodétermination. Des familles restent séparées entre le territoire et les camps de réfugiés de la région de Tindouf, en Algérie.
Le différend a aussi une dimension régionale. L’Union du Maghreb arabe, qui regroupe le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, demeure paralysée par des tensions persistantes entre Rabat et Alger, notamment autour du Sahara occidental. La rivalité pèse sur les échanges et la coopération dans une région où les frontières politiques entravent les projets communs.
La MINURSO quitte le terrain, pas le dossier
À Laâyoune, plusieurs centaines de Sahraouis favorables au Maroc se sont réunis pour l’anniversaire, selon des informations de presse recoupées par des médias régionaux. Des participants ont exprimé leur soutien au roi Mohammed VI et au plan d’autonomie défendu par Rabat. « Son initiative d’autonomie constitue, à nos yeux, la proposition la plus appropriée pour résoudre ce différend », a déclaré Layla Choraifi, participante au rassemblement.
Certains manifestants ont également dénoncé l’inefficacité de la mission onusienne. Créée en 1991, la MINURSO — Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental — surveillait le cessez-le-feu et devait contribuer à organiser un scrutin d’autodétermination. Ce référendum n’a jamais eu lieu.
La situation institutionnelle a toutefois changé depuis la matière initiale de cette commémoration : le Conseil de sécurité n’a pas renouvelé le mandat de la mission, arrivé à échéance le 31 octobre 2026. La MINURSO a entamé sa liquidation le lendemain. La fin de ses opérations ne signifie pas, à elle seule, que le différend est réglé ni que le droit à l’autodétermination disparaît. L’ONU indique que ses efforts politiques peuvent se poursuivre par d’autres voies.
Ce retrait modifie néanmoins le dispositif présent sur le terrain. La mission suivait le cessez-le-feu et disposait d’observateurs militaires dans une zone où les tensions entre le Maroc et le Polisario n’ont pas disparu. La fermeture de ses installations et le départ progressif de son personnel posent donc la question des mécanismes de vérification et de prévention des incidents.
Une nouvelle étape diplomatique, sans accord politique
La commémoration survient alors que le plan marocain d’autonomie gagne du terrain dans certaines capitales. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, avait prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et présenté l’autonomie comme une base possible de négociation. Elle appelait aussi à une solution politique mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination du peuple sahraoui.
Ces évolutions diplomatiques ne valent pas accord entre les parties. Le Maroc considère que l’autonomie sous sa souveraineté constitue une issue réaliste. Le Polisario et ses soutiens maintiennent que la population doit pouvoir choisir son avenir, notamment par un référendum incluant l’indépendance. L’interprétation des textes internationaux et les modalités d’une consultation restent donc contestées.
Les conséquences ne se limitent pas aux dirigeants et aux diplomates. Pour les habitants des villes administrées par le Maroc, la continuité des services, des infrastructures et de l’activité économique est un enjeu quotidien. Pour les Sahraouis des camps de Tindouf, l’absence de règlement entretient l’incertitude sur le retour et le statut politique du territoire. Les positions publiques exprimées lors d’un rassemblement ne résument pas, à elles seules, la diversité des opinions sahraouies.
Le débat traverse également l’Union africaine. Le Maroc a réintégré l’organisation en 2017, tandis que la République arabe sahraouie démocratique en est membre depuis 1982. Cette coexistence institutionnelle place l’organisation continentale face à une question sensible : favoriser le dialogue entre deux membres sans préjuger du statut final du territoire.
Le prochain enjeu : maintenir un cadre de négociation
Pour le Maroc, la célébration de la Marche verte renforce un récit national lié à l’intégrité territoriale et accompagne une stratégie de reconnaissance diplomatique. Pour les indépendantistes, elle rappelle que la question centrale — le choix politique des Sahraouis — demeure sans réponse. Entre ces lectures, le retrait de la MINURSO rend plus pressante la recherche d’un cadre crédible de suivi et de discussions.
La portée continentale se mesurera à la capacité de l’ONU, de l’Union africaine et des acteurs régionaux à empêcher une dégradation du cessez-le-feu et à relancer un processus accepté par les parties. Le retrait des casques bleus ne ferme pas le dossier : il ouvre une période où les garanties de terrain et la place de l’autodétermination seront au centre des rapports de force.
Sources consultées : reportage sur la commémoration à Laâyoune, couverture régionale de la fin de la mission onusienne, informations de l’ONU sur la liquidation de la MINURSO, résolution 2797 du Conseil de sécurité, liste des États membres de l’Union africaine.