En République démocratique du Congo (RDC), le débat constitutionnel ne porte pas seulement sur le texte de 2006. Il touche à une question concrète : les règles qui encadrent l’alternance politique resteront-elles inchangées à l’approche de la prochaine présidentielle ? Le 6 novembre 2026, Lambert Mende, membre du présidium de l’Union sacrée, a pris part à cette discussion dans un entretien dont le résumé disponible ne détaille pas les réponses sur la période Joseph Kabila.

Un débat qui dépasse la querelle entre camps

La Constitution adoptée en 2006, puis révisée en 2011, fixe à cinq ans le mandat présidentiel, renouvelable une seule fois. Son article 220 protège explicitement le nombre et la durée des mandats contre une révision. Cette disposition place toute initiative de changement constitutionnel au cœur d’un enjeu institutionnel majeur.

Le sujet s’inscrit dans une histoire politique récente marquée par les tensions autour de la succession de Joseph Kabila. À la fin de son second mandat, en 2016, le scrutin présidentiel n’a pas eu lieu à la date initialement prévue. L’élection s’est finalement tenue en décembre 2018, avant la première passation de pouvoir entre présidents élus depuis l’indépendance, en janvier 2019. Cette séquence a rendu la question des échéances électorales particulièrement sensible en RDC.

Le pays appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui rassemble des États d’Afrique australe et centrale. La RDC est aussi membre de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Le débat institutionnel congolais dépasse donc Kinshasa : il concerne la stabilité régionale et la crédibilité des règles de succession dans une période où le pays fait face à une grave crise sécuritaire dans l’Est.

Lambert Mende, entre héritage politique et majorité actuelle

Ancien porte-parole du gouvernement sous Joseph Kabila, Lambert Mende siège aujourd’hui au présidium de l’Union sacrée, la plateforme qui soutient Félix Tshisekedi. Cette trajectoire le place à la jonction de deux périodes politiques. Elle explique l’intérêt porté à son appréciation du bilan de l’ancien pouvoir, mais ne permet pas, à elle seule, de déduire sa position sur chaque décision passée.

Le résumé publié le 6 novembre présente l’entretien comme une discussion sur les décisions prises sous Joseph Kabila et sur la réforme constitutionnelle envisagée par le camp présidentiel. Il ne livre toutefois ni le détail des réponses de Mende ni une citation complète sur les décisions qu’il ne regretterait pas. Il serait donc imprudent de lui attribuer une justification précise ou une déclaration plus large que celles effectivement reproduites.

Le résumé situe aussi l’entretien après celui accordé à Martin Fayulu, membre de la coalition d’opposition C64. Cette coalition conteste la perspective d’une modification constitutionnelle susceptible, selon ses membres, de favoriser le maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà de son second mandat. Il s’agit d’une crainte exprimée par l’opposition, et non d’une décision officielle établie par le seul résumé de l’entretien.

Le verrou constitutionnel et les arguments politiques

Les partisans d’une réforme ont avancé des arguments liés au fonctionnement des institutions et à l’adaptation du texte aux réalités du pays. Mais l’article 220 pose une limite précise : le nombre et la durée des mandats présidentiels ne peuvent pas être révisés. Une modification qui toucherait à cette règle soulèverait donc une question juridique distincte de la simple amélioration de procédures administratives ou institutionnelles.

En 2026, le débat a pris une nouvelle ampleur. Le président Félix Tshisekedi s’est déclaré ouvert à une révision ou à un changement de Constitution soumis à référendum, tout en affirmant que la population devrait être consultée. Il a également évoqué la possibilité d’un troisième mandat si les Congolais le lui demandaient. Ces propos alimentent les inquiétudes de l’opposition, tandis que les défenseurs d’une réforme soutiennent que la discussion doit porter sur l’ensemble du texte et sur son fonctionnement.

Les deux positions ne sont pas équivalentes à une décision juridique. Pour l’heure, l’enjeu est de savoir quelle procédure serait proposée, quelles dispositions seraient concernées et comment les institutions compétentes interpréteraient l’article 220. Un référendum, à lui seul, ne répond pas automatiquement à la question de la compatibilité d’une réforme avec les limites prévues par la Constitution actuelle.

Une échéance qui concerne aussi les citoyens

Pour les responsables politiques, la controverse redessine les alliances et les lignes de débat. Pour les citoyens, elle engage la prévisibilité des élections et la possibilité d’une alternance dans les délais annoncés. À Kinshasa, où se concentrent les institutions nationales, la question se joue dans les déclarations et les négociations politiques. Dans les provinces, elle se mesure aussi à la confiance accordée aux institutions et à l’attention que les autorités pourront consacrer aux besoins locaux.

Le contexte sécuritaire pèse sur cette discussion. Dans l’Est, les combats et les déplacements de population imposent des urgences immédiates aux autorités et aux communautés. Cela ne rend pas le débat constitutionnel secondaire : au contraire, la manière dont les règles politiques sont discutées peut influer sur la confiance nationale, alors que le pays cherche aussi des réponses à une crise qui déborde ses frontières.

La prochaine étape à surveiller est donc moins une formule politique qu’un acte institutionnel concret : dépôt d’un texte, calendrier de consultation, débat parlementaire ou décision des juridictions. Le parcours de Lambert Mende éclaire les repositionnements au sein de la majorité. Mais la solidité du processus dépendra de règles publiques, de procédures vérifiables et d’un débat où les voix de la majorité, de l’opposition et de la société civile congolaise puissent être entendues.

Sources consultées : résumé de l’entretien consacré à Lambert Mende ; texte de la Constitution publié par la présidence de la RDC ; Constitution révisée, notamment son article 220 ; compte rendu d’Actualite.cd sur les déclarations de Félix Tshisekedi ; analyse publiée par Le Potentiel sur l’article 220.