À Bondoukou, rouvrir une boutique ne suffit pas à retrouver ses clients. Depuis l’incendie du grand marché, des commerçants tentent de reconstruire leur activité sur un emplacement provisoire, tandis que la question du relogement et de la reconstruction reste ouverte.

Un marché central pour le Gontougo

Bondoukou se trouve dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, dans la région du Gontougo, près de la frontière ghanéenne. Son grand marché approvisionne une partie de la région et fait vivre des vendeuses, vendeurs, fournisseurs et transporteurs. Pour ces acteurs, la destruction du site dépasse la perte d’un bâtiment : elle fragilise un réseau quotidien d’échanges.

Le sinistre s’inscrit dans un contexte plus large de vulnérabilité des marchés urbains face aux incendies. Des marchandises combustibles, des installations électriques et des voies d’accès encombrées peuvent compliquer la prévention comme l’intervention des secours. À Bondoukou, la présidente des commerçants a notamment évoqué des points d’eau devenus inaccessibles. Cette explication lui est attribuée et ne constitue pas, à elle seule, une conclusion d’enquête.

La Côte d’Ivoire appartient à la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui rassemble des pays liés par des échanges commerciaux et des mobilités régionales. Dans ce cadre, la continuité des marchés locaux compte aussi pour les circuits d’approvisionnement au-delà de la seule commune.

Des pertes importantes, des chiffres à distinguer

Le feu a ravagé le bâtiment principal dans la nuit du 12 au 13 juillet 2026. L’Agence ivoirienne de presse et le Journal d’Abidjan ont rapporté l’incendie du marché. Le bilan officiel communiqué en septembre fait état de 779 commerçants sinistrés.

Les évaluations financières publiées ne donnent pas le même montant. Une première estimation évoquait plus de 2,3 milliards de francs CFA de pertes. En septembre, le ministre du Commerce, Ibrahim Kalil Konaté, a avancé un préjudice supérieur à 7 milliards. Ces chiffres reposent sur des évaluations différentes et ne doivent pas être présentés comme un montant consolidé.

Pour les personnes touchées, les conséquences sont immédiates. Mamadou Vagne Diabaraté, vendeur d’articles ménagers, estimait à cinq millions de francs CFA la valeur de son stock détruit. D’autres commerçants ont perdu leurs marchandises, leur équipement et parfois leur clientèle. Les pertes affectent aussi les revenus des familles et les activités en amont, notamment celles des fournisseurs.

Les autorités ont remis 32,5 millions de francs CFA aux commerçants sinistrés lors d’une rencontre organisée le 20 septembre. Le ministère de la Solidarité indique également avoir apporté une aide alimentaire après le sinistre. Cette enveloppe publique constitue un appui ponctuel ; les informations disponibles ne précisent pas la part reçue par chaque bénéficiaire ni le coût total nécessaire à la reprise.

Reprendre sans retrouver automatiquement sa clientèle

Un site temporaire aménagé à proximité permet à plusieurs commerçants de recommencer à vendre. Mais le déplacement des étals rompt les habitudes. Les clients qui se rendent encore à l’emplacement historique peuvent ne pas savoir où retrouver leurs vendeurs. Alassane Oumarou, qui commercialise des téléphones, estime avoir récupéré seulement 30 à 35 % de sa clientèle. Cette proportion correspond à son témoignage, et non à une mesure portant sur l’ensemble du marché.

La reprise dépend donc autant de la réinstallation que de la visibilité commerciale. Les vendeurs doivent reconstituer leurs stocks et faire connaître leur nouvel emplacement, parfois sans disposer des coordonnées de leurs anciens clients. Pour les petits commerces, dont l’activité dépend souvent des ventes quotidiennes, quelques mois d’interruption peuvent peser durablement sur la trésorerie.

Le site provisoire pourrait rester utilisé pendant plusieurs mois, voire davantage, selon les témoignages recueillis. À ce stade, aucune date de reconstruction n’est annoncée dans les informations disponibles. Cette incertitude complique les décisions : investir dans un nouvel équipement ou dans des stocks devient risqué si l’emplacement et le calendrier peuvent encore changer.

Prévenir le prochain sinistre

Au-delà des secours et des aides, l’incendie remet sur la table l’organisation matérielle du marché. Des accès dégagés, des points d’eau utilisables et une installation électrique contrôlée peuvent réduire les risques et faciliter l’intervention des pompiers. Les commerçants et les autorités devront aussi clarifier la gestion du site provisoire, les règles de sécurité et les modalités de retour dans un marché reconstruit.

Le ministère du Commerce a annoncé des mesures destinées à améliorer la gestion des marchés, sans que leurs modalités détaillées soient précisées dans l’annonce officielle consultée. Leur portée dépendra de leur mise en œuvre concrète et de l’association des commerçants aux décisions. Une reconstruction ne répondra pleinement aux besoins que si elle permet aussi de travailler dans des conditions plus sûres.

Le dossier de Bondoukou pose ainsi une question qui dépasse le Gontougo : comment protéger des lieux essentiels à l’économie quotidienne sans fragiliser ceux qui en dépendent ? La réponse se mesurera au calendrier des travaux, à la transparence de l’aide et à la capacité des commerçants à retrouver durablement leurs activités. Pour l’heure, la reprise reste progressive, et le retour à la normale demeure incertain.

Éléments recoupés auprès de l’Agence ivoirienne de presse, du Journal d’Abidjan et du ministère ivoirien de la Solidarité.