À Livingstone, la frontière n’est plus seulement un point de passage. Elle devient un test de méthode pour la Zambie.

Dans un pays enclavé comme la Zambie, chaque minute gagnée ou perdue à la frontière pèse sur le coût du commerce, sur les recettes publiques et sur la confiance des opérateurs. À Livingstone, au sud du pays, la modernisation du contrôle des cargaisons s’inscrit donc dans un enjeu plus large : faire circuler plus vite les marchandises légitimes, sans laisser la contrebande profiter des ralentissements administratifs.

Le choix de Livingstone n’est pas anodin. Cette ville zambienne, voisine de la frontière avec le Zimbabwe et au cœur des flux vers l’Afrique australe, concentre des trafics commerciaux mais aussi des contraintes de sûreté. La Zambie a par ailleurs engagé une réforme plus large de sa gestion des frontières avec le Border Management and Trade Facilitation Act, 2025, qui encadre les postes frontières à guichet unique, la coordination entre agences et les inspections non intrusives.

Un accord technologique dans une réforme douanière déjà engagée

Le 24 août 2026, la Zambia Revenue Authority (ZRA) et la société américaine Astrophysics Inc. ont signé un accord pour équiper le poste-frontière de Livingstone d’un système de contrôle cargo par rayons X. La signature a eu lieu à Lusaka, en présence de représentants de l’ambassade des États-Unis. Plusieurs médias zambiens ont confirmé qu’il s’agit d’un contrat destiné à installer un scanner capable d’inspecter les cargaisons avec davantage de rapidité et de précision.

Selon les informations publiées, l’objectif est double. D’un côté, réduire les files de camions et les temps d’attente. De l’autre, mieux détecter les marchandises de contrebande, les produits illicites et les matières dangereuses. Cette logique de contrôle non intrusif correspond à l’évolution actuelle de la politique frontalière zambienne, qui cherche à passer d’une frontière lente et fragmentée à une frontière plus lisible pour les opérateurs économiques.

Le partenariat prolonge aussi une coopération déjà amorcée ailleurs. Le scanner installé à Nakonde, au nord du pays, a été présenté comme une première étape de cette stratégie de numérisation du contrôle douanier. Ce point compte. En Zambie, les projets frontaliers avancent souvent par séquences : un poste pilote, puis une extension à d’autres corridors régionaux lorsque les résultats sont jugés probants.

Ce que change ce type d’équipement pour les opérateurs et pour l’État

Pour les transporteurs, les transitaires et les exportateurs, la promesse est simple : moins d’incertitude à l’entrée, moins d’immobilisation des camions, donc moins de coûts logistiques. Pour l’administration fiscale, l’enjeu est différent. Un scanner cargo ne remplace pas les agents, mais il leur donne un outil de ciblage plus fin. L’objectif est d’augmenter le taux de détection sans multiplier les ouvertures de conteneurs ni ralentir tout le flux commercial.

Cette évolution répond à une réalité connue des services douaniers africains : les frontières les plus actives sont aussi les plus exposées aux fraudes. Au poste de Livingstone, la ZRA cherche donc à mieux protéger ses recettes sans casser les échanges régionaux. Ce compromis est central en Afrique australe, où la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, et le COMESA, le marché commun de l’Afrique orientale et australe, structurent une grande partie des flux commerciaux.

La réforme ne concerne pas seulement la haute administration. Elle touche aussi les conducteurs routiers, les petits intermédiaires et les commerçants transfrontaliers qui vivent du passage quotidien des frontières. Quand les contrôles deviennent plus rapides et plus prévisibles, les marges d’improvisation reculent. Quand ils restent lents, les coûts informels montent et la tentation de contourner la procédure aussi. C’est là que la technologie peut modifier les pratiques, à condition que le dispositif soit bien intégré aux autres services frontaliers.

Une pièce d’un puzzle régional plus large

La Zambie ne part pas de zéro. Les autorités ont déjà fixé, via le Presidential Delivery Unit, un objectif de réduction d’au moins 50 % du temps et du coût du commerce d’ici 2026. Ce cap donne une lecture politique claire : les scanners, les systèmes de guichet unique et les comités de facilitation des échanges ne sont pas des gadgets. Ils sont devenus des instruments de compétitivité nationale.

Le cadre juridique adopté en 2025 renforce cette orientation. La loi sur la gestion des frontières et la facilitation des échanges prévoit explicitement les postes frontière à contrôle coordonné, les zones de contrôle, les postes frontaliers à guichet unique et les inspections non intrusives. En clair, Lusaka essaie d’aligner le droit, l’administration et l’équipement. Sans cet alignement, un scanner seul ne change pas grand-chose.

Sur le plan continental, l’enjeu dépasse Livingstone. La Zambie a ratifié la Zone de libre-échange continentale africaine, et les progrès frontaliers comptent dans la mise en pratique de ce marché africain plus intégré. Si les corridors du sud fonctionnent mieux, la Zambie consolide sa place de plateforme terrestre entre les marchés de la SADC, du COMESA et les chaînes d’approvisionnement plus larges qui relient l’Afrique australe au reste du continent.

Le prochain point à surveiller est donc moins l’annonce elle-même que son exécution. Le véritable test commencera quand l’équipement sera intégré aux procédures quotidiennes, quand les agents seront formés et quand les délais réels aux frontières pourront être comparés aux promesses officielles. C’est à ce moment-là que la modernisation douanière de la Zambie dira si elle relève d’un effet d’annonce ou d’un changement durable.