Une bataille de volumes dans un marché encore étroit
Quand une place boursière reste petite, la vraie question n’est pas seulement qui gagne. C’est surtout de savoir si le marché s’élargit enfin, ou si quelques intermédiaires captent l’essentiel des échanges. Dans la zone CEMAC, le marché financier régional avance par à-coups, avec une activité encore dominée par les obligations et concentrée sur un nombre limité d’acteurs.
La BVMAC, Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale, est l’infrastructure commune aux six pays de la CEMAC : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad. Elle fonctionne sous la supervision de la COSUMAF, le régulateur du marché financier régional. Les sociétés de bourse y jouent le rôle d’intermédiaires agréés entre acheteurs, vendeurs et émetteurs.
Ce que montre le palmarès 2025
Le rapport annuel 2025 de la BVMAC, repris par plusieurs sources spécialisées, confirme une hiérarchie profondément remaniée sur le marché secondaire. SG Capital CEMAC reste en tête, avec 19,50 % de part de marché. Elle devance BEM Securities, à 18,25 %, puis ASCA, à 13,85 %. Viennent ensuite L’Archer Securities, Africa Bright Securities, BGFI Bourse, EDC Investment, Elite Capital Securities, Contacturer Capital et Upeline Securities Central Africa.
Le détail des volumes confirme cette recomposition. BEM Securities a traité pour 7,58 milliards FCFA, devant SG Capital CEMAC, à 5,26 milliards FCFA, et ASCA, à 4,56 milliards FCFA. L’Archer Capital a pesé 2,84 milliards FCFA, tandis que BGFI Bourse et Contacturer Capital ont également animé une part non négligeable des échanges. Quatre sociétés agréées n’ont pas participé à l’animation du marché sur l’année.
La photographie change nettement par rapport à 2024. Cette année-là, SG Capital CEMAC concentrissait encore 80,11 % de l’activité, loin devant ASCA, à 9,44 %, et ESS Bourse, à 5,99 %. En 2025, le leadership de SG Capital subsiste, mais la concentration se desserre brutalement. Ce basculement traduit moins une chute du marché qu’une redistribution des flux entre plusieurs intermédiaires plus actifs.
Le palmarès montre aussi des mobilités fortes. BEM Securities, absente des principaux niveaux d’activité en 2024, s’installe directement dans le haut du classement 2025. Africa Bright Securities passe de la 13e à la 5e place. À l’inverse, Afriland Bourse recule hors du top 10. Cette circulation des positions est importante, car elle signale une concurrence plus vive entre maisons de bourse, dans une place longtemps dominée par un seul acteur.
| Rang 2025 | Société de bourse | Part de marché | Repère d’activité |
|---|---|---|---|
| 1 | SG Capital CEMAC | 19,50 % | 216 opérations d’achat et de vente |
| 2 | BEM Securities | 18,25 % | 403 759 titres traités |
| 3 | ASCA | 13,85 % | 4,379 milliards FCFA de transactions |
| 4 | L’Archer Securities | 12,41 % | 208 opérations |
| 5 | Africa Bright Securities | 7,23 % | 195 opérations |
| 6 | BGFI Bourse | 4,37 % | activité intermédiaire |
| 7 | EDC Investment | 4,35 % | activité intermédiaire |
| 8 | Elite Capital Securities | 4,25 % | activité intermédiaire |
| 9 | Contacturer Capital | 3,79 % | activité intermédiaire |
| 10 | Upeline Securities Central Africa | 2,44 % | activité intermédiaire |
Pourquoi cette redistribution compte
Pour les émetteurs, un marché moins concentré peut être une bonne nouvelle. Plus d’intermédiaires actifs signifie potentiellement plus de concurrence commerciale, plus de démarchage et davantage de relais pour placer des titres. Pour les investisseurs institutionnels, cela peut aussi améliorer la circulation de l’information et la capacité de traitement des opérations. Mais cela ne résout pas, à lui seul, le vrai défi de la BVMAC : la profondeur du marché.
Le constat reste celui d’une place où les obligations dominent encore largement les échanges, même si les actions ont progressé en 2025. D’après le marché, les transactions sur actions ont atteint 23 817 titres et 739,84 millions FCFA, en hausse sur un an. La liquidité reste cependant concentrée sur quelques valeurs seulement, notamment SCG-Ré, Socapalm, Safacam et SEMC. Autrement dit, l’animation progresse, mais le marché demeure étroit.
Cette configuration pèse différemment selon les territoires. Les sièges des sociétés de bourse sont majoritairement à Douala et Yaoundé, au Cameroun, avec quelques présences à Brazzaville, au Congo, Libreville, au Gabon, et Malabo, en Guinée équatoriale. La dynamique boursière reste donc très centrée sur quelques capitales économiques, alors que la CEMAC est censée servir un espace monétaire et financier commun.
Une portée régionale au-delà du seul classement
Au fond, ce palmarès raconte une maturation incomplète. Le marché financier régional existe, ses règles sont consolidées, les acteurs sont agréés et les opérations se multiplient. Mais la concurrence entre sociétés de bourse reste plus avancée que la diffusion du marché auprès des entreprises et des épargnants de la sous-région. La BVMAC, créée comme organe régional à mission de service public, cherche justement à renforcer cette fonction d’intermédiation au service du financement des économies de la CEMAC.
La suite dépendra moins d’un classement annuel que de la capacité du marché à attirer davantage d’émetteurs, à diversifier les titres disponibles et à élargir la base des investisseurs. C’est là que se joue l’enjeu continental : faire de la BVMAC non seulement un lieu de cotation, mais un instrument plus visible de mobilisation de l’épargne en Afrique centrale.