À Kinshasa, la dépouille de Manassé Lomboto Lomengola est devenue un élément central d’une enquête qui touche désormais à la fois aux violences politiques et aux garanties judiciaires. Prévue le samedi 26 septembre 2026, la levée du corps a été suspendue au dernier moment au Centre hospitalier universitaire du Cinquantenaire.
La décision a laissé la famille et les responsables de l’opposition face à une question simple, mais lourde de conséquences : comment établir les responsabilités dans la mort d’un militant sans préserver les éléments nécessaires à l’enquête ?
Une décision judiciaire qui interrompt les obsèques
Le parquet de grande instance de Kinshasa/Kalamu a demandé à la direction de l’hôpital de conserver le corps jusqu’à la fin des investigations. La réquisition, datée du 26 septembre 2026, évoque une enquête ouverte après le décès de Manassé Lomboto lors de la marche organisée par la Coalition pour la défense de l’ordre constitutionnel, la C64, le 15 septembre à Kinshasa.
L’Agence congolaise de presse a confirmé l’existence de cette instruction judiciaire et l’identité de la magistrate signataire, Alice Kibangala. Le document demande au médecin directeur de poursuivre la conservation de la dépouille à la morgue. La dépêche de l’ACP sur la réquisition du parquet précise que la mesure intervient après les préparatifs engagés par la famille et les proches du défunt.
Les obsèques avaient été préparées après une veillée mortuaire organisée la veille. La famille et plusieurs cadres de l’Action pour la démocratie et le développement au Congo, parti auquel appartenait Manassé Lomboto, s’étaient rendus à l’hôpital pour la levée du corps.
La cérémonie n’a finalement pas eu lieu. Le parquet n’a pas annoncé de nouvelle date d’inhumation. D’après plusieurs médias congolais, des échanges se poursuivaient encore entre les proches, les responsables de la C64 et la direction de l’établissement hospitalier.
Des récits opposés sur la marche du 15 septembre
Le décès de Manassé Lomboto intervient après une marche de l’opposition organisée le 15 septembre 2026 à Kinshasa et dans plusieurs autres villes de la République démocratique du Congo. La C64 affirme qu’il a succombé à des blessures reçues pendant les violences qui ont marqué la manifestation.
Dans son bilan rendu public deux jours plus tard, la coalition a mis en cause des membres de la Force du progrès, mouvement présenté par l’opposition comme proche de l’Union pour la démocratie et le progrès social, l’UDPS, au pouvoir. Elle a également évoqué l’implication présumée d’éléments des forces de sécurité.
Ces accusations restent contestées par le camp présidentiel. À ce stade, aucune décision judiciaire rendue publique n’a établi la responsabilité d’un groupe ou d’un agent précis dans la mort du militant. La prudence demeure donc nécessaire, d’autant que les versions politiques de l’affrontement ne suffisent pas à déterminer la cause exacte du décès.
Le compte rendu d’Opinion Info sur le bilan de la C64 rapporte les accusations formulées par la coalition, tout en les attribuant à ses dirigeants. D’autres médias congolais, dont Radio Okapi, ont confirmé que la marche et ses suites faisaient l’objet de récits contradictoires.
La justice devra notamment déterminer les circonstances des violences, le déroulement exact de la marche, la nature des blessures subies par Manassé Lomboto et la chronologie de sa prise en charge médicale. Ces éléments sont essentiels pour distinguer une accusation politique d’un fait juridiquement démontré.
Une enquête qui dépasse le seul cas de Manassé Lomboto
Le ministère de la Justice avait annoncé, le 21 septembre 2026, l’ouverture d’une enquête sur les violences liées aux manifestations. Le périmètre annoncé couvre les blessures, les destructions, les interpellations et les allégations de décès. Le ministère avait également rappelé le principe de la présomption d’innocence.
Cette enquête intervient dans un climat politique déjà tendu en République démocratique du Congo. À Kinshasa, les manifestations de l’opposition se déroulent dans un espace public fortement politisé. Les itinéraires, l’encadrement policier et la présence de groupes de militants proches des partis constituent régulièrement des points de friction.
Pour la famille, le maintien du corps à la morgue retarde le deuil et prolonge l’incertitude. Pour la C64, il s’agit d’un dossier politique majeur, car la dépouille de son militant est désormais liée à sa demande d’établissement des responsabilités. Pour les autorités judiciaires, la conservation du corps doit permettre de préserver les éléments utiles à la procédure.
Le traitement du dossier sera donc observé au-delà du cercle des proches. Une enquête transparente pourrait contribuer à documenter les violences du 15 septembre. À l’inverse, une procédure perçue comme opaque risquerait d’alimenter davantage la défiance entre l’opposition, les autorités et les forces chargées du maintien de l’ordre.
Kinshasa au centre d’un enjeu régional de confiance publique
La portée de cette affaire dépasse la capitale congolaise. La République démocratique du Congo appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, organisation régionale engagée dans les questions de paix, de sécurité et de stabilité politique. Elle est aussi suivie par l’Union africaine, dont les principes mettent en avant l’ordre constitutionnel, la prévention des violences et la protection des droits fondamentaux.
La marche du 15 septembre a également été signalée dans plusieurs villes du pays, notamment Lubumbashi, Kolwezi, Kananga, Kisangani, Matadi, Mbandaka et Tshikapa. Cette dimension nationale montre que la crise de confiance ne se limite pas aux quartiers politiques de Kinshasa. Les effets d’une manifestation sont différents selon les territoires, les moyens de communication disponibles et la capacité des familles à accéder à la justice.
La prochaine étape sera judiciaire. Il faudra suivre les résultats des examens, les éventuelles auditions, l’identification des personnes mises en cause et la communication officielle sur la nouvelle date des obsèques. Tant que ces éléments ne sont pas établis, la mort de Manassé Lomboto reste au cœur d’un affrontement de récits que seule une enquête documentée pourra départager.