Dans l’est de la République démocratique du Congo, la baisse observée en Ituri ne signifie pas encore la fin de l’épidémie d’Ebola. Le centre de gravité de la transmission se déplace vers le Nord-Kivu, où les structures de soins doivent absorber une progression rapide des cas.

Une épidémie qui change de terrain

La flambée actuelle est liée au virus Ebola Bundibugyo. Elle a été déclarée en mai 2026 dans le nord-est de la RDC. Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola recensée dans le pays depuis l’identification du virus en 1976, précise l’OMS Afrique.

L’Ituri reste la province la plus touchée. Toutefois, les indicateurs récents y montrent une inflexion. Entre le 31 août et le 20 septembre 2026, le nombre de cas aurait diminué de 26 %, selon un point de situation relayé par RDC Actualité. Cette évolution demeure fragile, car le virus circule toujours dans plusieurs zones de santé.

À quelques centaines de kilomètres, le Nord-Kivu suit une trajectoire inverse. Le même relevé fait état d’une hausse de 73 % sur la période considérée. L’Organisation mondiale de la santé a également signalé une progression rapide des cas dans cette province, après un recul dans certaines parties de l’Ituri.

Ces pourcentages décrivent une tendance et non un bilan définitif. Les données peuvent évoluer avec le délai de confirmation des prélèvements, l’accès aux zones rurales et le recensement des personnes exposées. L’OMS continue donc de présenter la situation comme une succession de foyers liés entre eux, plutôt qu’une épidémie uniforme sur l’ensemble de l’est congolais.

Au Nord-Kivu, des centres de soins sous pression

La zone de santé de Mabalako illustre cette nouvelle difficulté. Dans cette région rurale du Nord-Kivu, l’hôpital général constitue le principal point de prise en charge des personnes infectées ou suspectées de l’être. Sa capacité est limitée face à l’étendue du territoire couvert.

Une équipe de l’OMS s’est rendue récemment dans cet établissement afin d’évaluer les besoins et de renforcer la réponse. Guy Mutombo, responsable des opérations de lutte contre Ebola au Nord-Kivu, a décrit des centres de traitement proches de la saturation.

« Presque tous nos centres de traitement sont complètement saturés », a-t-il déclaré, selon la matière communiquée par les autorités de la riposte. Il a également défendu la création d’un centre d’isolement ou de traitement dans chaque zone de santé, pour éviter que les patients ne soient orientés trop tard vers des structures éloignées.

Cette proposition répond à une contrainte très concrète. Les cas ne se concentrent pas seulement dans les grands centres urbains comme Beni. Ils apparaissent aussi dans des villages et des localités difficiles d’accès. Pour les familles, plusieurs heures de déplacement peuvent retarder le diagnostic, compliquer le suivi des contacts et accroître les risques de transmission.

Le dispositif doit aussi composer avec un environnement marqué par les déplacements de population, l’insécurité et la faiblesse des réseaux de transport. Dans certaines zones, les équipes médicales ne peuvent pas circuler librement. Les campagnes d’information, la vaccination éventuelle et l’inhumation sécurisée des personnes décédées deviennent alors plus difficiles à organiser.

Une réponse médicale confrontée à des contraintes locales

La lutte contre Ebola ne repose pas uniquement sur le nombre de lits disponibles. Elle dépend également de la détection précoce, de la surveillance des contacts, du diagnostic rapide et de la confiance entre soignants et communautés.

Dans l’Ituri, l’OMS indique que le dialogue de proximité a permis de sensibiliser plus de 2,5 millions de personnes dans l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Des laboratoires ont aussi été installés ou renforcés à Bunia, Mongbwalu et Beni, avec d’autres sites prévus dans plusieurs zones. Ces capacités réduisent les délais entre l’apparition des symptômes et la confirmation d’un cas.

Mais les progrès restent inégaux. Une amélioration dans une province peut coïncider avec une accélération ailleurs. La baisse en Ituri doit donc être interprétée avec prudence. Si les chaînes de transmission se déplacent vers le Nord-Kivu, les besoins en personnel, en ambulances, en équipements de protection et en espaces d’isolement augmenteront rapidement.

La situation pèse différemment sur les populations. Dans les villes, les établissements de santé sont plus nombreux, mais ils peuvent être rapidement débordés. Dans les zones rurales, l’obstacle principal est souvent la distance. Les travailleurs de l’économie informelle, les commerçants et les familles qui se déplacent entre marchés ou villages peuvent aussi être particulièrement exposés aux retards de prise en charge.

Un enjeu qui dépasse les frontières provinciales

Le Nord-Kivu partage des frontières avec l’Ouganda et le Rwanda. Les mouvements transfrontaliers ne constituent pas en eux-mêmes une preuve de propagation, mais ils rendent indispensables la coordination entre les services sanitaires et le maintien d’une surveillance aux points de passage.

L’expérience de l’épidémie de 2018-2020 a laissé des capacités utiles dans la région. Elle a aussi montré les limites d’une réponse trop centralisée ou trop éloignée des communautés. À l’époque, le Nord-Kivu et l’Ituri avaient été confrontés à une longue crise sanitaire, aggravée par l’insécurité et la méfiance envers certaines équipes de riposte.

La dynamique actuelle concerne donc la Communauté d’Afrique de l’Est, dont la RDC est membre, ainsi que les mécanismes de surveillance de l’Union africaine. L’Africa CDC suit déjà l’évolution du foyer avec les autorités congolaises et les partenaires présents sur le terrain.

Le prochain test sera la capacité à empêcher que la hausse du Nord-Kivu n’annule les avancées enregistrées en Ituri. L’ouverture de centres de prise en charge plus proches des villages, l’accès sécurisé aux zones affectées et la publication régulière de données vérifiables seront déterminants. Pour Kinshasa comme pour les provinces voisines, l’objectif n’est plus seulement de contenir un foyer, mais de gérer plusieurs chaînes de transmission dans un espace vaste et fortement mobile.