À Benslimane, le futur Grand Stade Hassan II avance sur ses fondations, mais une pièce essentielle de ses tribunes reste en suspens. La procédure destinée à fournir et installer les sièges de l’enceinte n’a pas encore abouti, cinq jours après la clôture des offres.
Un marché de 277,5 millions de dirhams sans attributaire
L’appel d’offres portant sur le lot 09 du chantier a été lancé par l’Agence nationale des équipements publics (ANEP). Cette agence publique conduit les marchés pour le compte du projet d’aménagement provisoire du stade Hassan II à Benslimane.
Le marché est estimé à 277,5 millions de dirhams, toutes taxes comprises. Il couvre la fourniture et la pose des sièges des gradins, mais aussi plusieurs équipements liés à l’accueil du public, des médias et des espaces d’hospitalité.
La date limite de dépôt des offres avait été fixée au 23 septembre 2026. À cette échéance, la consultation a été clôturée sans résultat officiellement publié. Les informations disponibles font également état du rejet des deux candidatures déposées, toutes deux présentées par des entreprises étrangères.
La plateforme de suivi des marchés indique, à ce stade, une procédure clôturée mais non attribuée. Cette nuance est importante : elle confirme l’absence d’adjudicataire annoncé, sans préjuger de la prochaine décision de l’ANEP ni de la forme que prendra une éventuelle relance.
Le dossier prévoit environ 114 414 sièges répartis entre les places grand public, les espaces VIP et VVIP, les loges, les zones d’hospitalité et les installations réservées aux médias. Rapportée à la capacité annoncée de 115 000 spectateurs, l’enveloppe représente un peu plus de 2 400 dirhams par place, pose comprise.
Une exigence technique qui réduit le nombre de candidats
Le cahier des charges impose aux entreprises candidates de justifier au moins une réalisation achevée de fourniture et d’installation de sièges dans un stade de plus de 60 000 places au cours des quinze dernières années.
Cette exigence répond à un enjeu réel. Dans une enceinte de cette taille, les sièges doivent résister à une fréquentation massive, respecter les normes de sécurité incendie et supporter un usage intensif. Leur installation doit aussi garantir une numérotation précise, une circulation fluide et une visibilité homogène depuis les tribunes.
Le marché inclut par ailleurs des équipements destinés à la presse et à la production télévisuelle. Le programme mentionne notamment des tables de travail pour les journalistes, des plateformes pour les caméras et des places spécifiques pour les différentes catégories de spectateurs.
Le nombre d’entreprises capables de présenter des références comparables demeure donc limité. Les grands stades construits récemment en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient ou en Asie mobilisent un cercle restreint de fabricants et d’installateurs spécialisés.
La difficulté ne tient pas seulement à la fabrication des sièges. Elle concerne aussi la coordination avec le gros œuvre, les gradins, les accès, les dispositifs d’évacuation et les autres lots techniques. Une modification du calendrier d’un seul intervenant peut affecter les phases suivantes.
Le chantier principal poursuit sa trajectoire
L’échec de cette consultation ne signifie pas l’arrêt du Grand Stade Hassan II. Les travaux de construction se poursuivent à El Mansouria, dans la province de Benslimane, au sein de la région Casablanca-Settat.
Le projet s’étend sur environ 100 hectares. Il doit accueillir une enceinte de 115 000 places, ce qui en ferait le plus grand stade de football du continent africain et l’un des plus vastes au monde. Le site doit également intégrer des terrains d’entraînement, des espaces de services et des équipements complémentaires.
Le Centre régional d’investissement de Casablanca-Settat présente une mise en service à l’horizon 2027. D’autres éléments communiqués sur le chantier évoquent une livraison progressive avant la Coupe du monde 2030. Ces échéances devront être précisées au fur et à mesure de l’avancement des différents lots.
Le marché de la couverture et de la façade constitue notamment une autre étape structurante du projet. En mars 2026, deux entreprises avaient été déclarées admissibles sur les volets administratif et technique de cette procédure, selon les informations publiées sur ce lot. Cette situation contraste avec celle des sièges, où aucun attributaire n’a encore été annoncé.
Un calendrier à surveiller avant le Mondial 2030
Le Maroc coorganisera la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Le Grand Stade Hassan II représente la principale nouvelle enceinte du dispositif marocain. Son importance dépasse donc le seul chantier sportif.
Pour les autorités, le stade doit renforcer l’attractivité de la région Casablanca-Settat et accompagner la modernisation des transports, de l’hébergement et des services. Pour les entreprises marocaines du bâtiment, le projet constitue aussi une vitrine industrielle et technique, même si certains équipements de très haute spécialisation nécessitent encore l’intervention de fournisseurs internationaux.
La procédure des sièges révèle ainsi une tension classique des grands projets : plus l’ambition est élevée, plus le marché dépend d’un nombre réduit d’opérateurs capables de répondre aux normes exigées. Une relance trop restrictive pourrait limiter à nouveau la concurrence. Une modification excessive du cahier des charges pourrait, à l’inverse, soulever des questions sur le niveau de garantie technique.
Le calendrier offre encore une marge avant 2030. Toutefois, le lot des sièges devra être attribué, exécuté et contrôlé bien avant l’ouverture de la compétition. Les essais d’exploitation, la circulation des spectateurs, la sécurité et la couverture audiovisuelle ne pourront pas être réglés dans les dernières semaines.
Un enjeu national et régional
À l’échelle marocaine, la réussite du projet dépendra autant de la livraison du stade que de son usage après le Mondial. Une enceinte de 115 000 places devra trouver un modèle d’exploitation durable, avec des matchs, des compétitions africaines, des événements culturels et une intégration régulière dans la vie sportive nationale.
À l’échelle régionale, le chantier s’inscrit dans la montée en puissance du Maroc comme plateforme d’accueil des grandes compétitions africaines et internationales. Après la Coupe d’Afrique des nations et avant le Mondial 2030, le pays cherche à transformer ses infrastructures sportives en équipements polyvalents.
La prochaine étape sera donc concrète : l’ANEP devra clarifier le statut de la procédure, puis décider d’une relance ou d’un ajustement du marché. La structure du stade continue de prendre forme. Son équipement intérieur, lui, entre dans une phase où chaque semaine compte.