À Banjul, le budget 2027 devra composer avec une contrainte devenue centrale : une part croissante des ressources publiques servira à rembourser et rémunérer la dette, avant même de financer les priorités nationales.

Le gouvernement gambien prévoit ainsi une progression de 20,2 % du service de la dette en 2027. Cette charge passerait de 13,46 milliards de dalasis en 2026 à 16,17 milliards en 2027, selon les chiffres présentés à l’Assemblée nationale par le ministre des Finances et des Affaires économiques, Seedy K.M. Keita, le 25 septembre 2026.

Une pression budgétaire qui gagne du terrain

Le service de la dette regroupe les remboursements du principal et le paiement des intérêts. Dans le projet budgétaire gambien, il devient l’un des principaux postes de dépense. Cette évolution réduit mécaniquement la marge disponible pour les services publics, les infrastructures et les investissements productifs.

Les autorités prévoient 40,96 milliards de dalasis de recettes et de subventions en 2027. Le service de la dette représenterait donc près de 39,5 % de cette enveloppe. Le budget global, qui inclut notamment les financements extérieurs et les prêts, atteindrait environ 66,8 milliards de dalasis.

Le gouvernement table en parallèle sur une hausse de 14,2 % des recettes du Government Local Fund, le fonds qui regroupe les ressources mobilisées au niveau national, ainsi que des subventions. Les recettes fiscales devraient progresser de 16,5 %.

Pour atteindre cet objectif, Banjul prévoit d’élargir l’assiette fiscale. Le projet mentionne notamment de nouvelles taxes sur les plastiques à usage unique, les pneus usagés importés et les exportations de ferraille. Ces mesures peuvent renforcer les recettes. Elles devront toutefois être appliquées avec prudence pour éviter de renchérir les coûts supportés par les ménages et les petites entreprises.

Les résultats du premier semestre 2026 montrent déjà l’importance de cet effort. Les recettes publiques, hors subventions liées aux projets, ont atteint 15,35 milliards de dalasis. Dans le même temps, les dépenses et les prêts nets se sont élevés à 15,42 milliards de dalasis, soit un déficit de 68,86 millions de dalasis.

Le poids du marché intérieur de la dette

La hausse annoncée ne vient pas seulement de la dette extérieure. Les données communiquées par le ministre indiquent que les intérêts sur la dette intérieure devraient augmenter fortement en 2027. Cette dette est principalement composée de titres émis sur le marché gambien, notamment des bons et obligations du Trésor.

Selon une analyse du média gambien Askanwi sur le projet de budget 2027, les intérêts de la dette intérieure pourraient augmenter de 34 %. Cette progression traduit le coût élevé du refinancement et la nécessité, pour l’État, de renouveler régulièrement une partie de ses emprunts.

La situation peut créer un effet d’éviction. Lorsque l’État mobilise une part importante de l’épargne disponible, les entreprises peuvent accéder plus difficilement au crédit ou devoir payer des taux plus élevés. Pour les petites sociétés, très présentes dans le commerce, les services et l’économie informelle, cette tension peut limiter l’investissement et l’embauche.

La pression est également visible dans l’exécution budgétaire. D’après les données rapportées par The Point, la Gambie a consacré 3,10 milliards de dalasis aux intérêts de la dette durant les six premiers mois de 2026. Ce montant représentait 45 % de la prévision annuelle consacrée aux intérêts.

Pour les autorités, la difficulté consiste donc à accroître les recettes sans ralentir l’activité. Pour les citoyens, l’enjeu se mesure à travers la qualité des services publics, le prix des biens et la capacité de l’État à soutenir les secteurs essentiels.

Une dette élevée, mais jugée soutenable sous conditions

Le Fonds monétaire international estime que la dette publique gambienne a atteint environ 79 % du produit intérieur brut à la fin de 2025. La dette extérieure représentait alors près de 62,3 % de l’endettement public, pour une valeur estimée à 1,32 milliard de dollars.

Ces chiffres diffèrent de certaines estimations publiées auparavant. Cette variation s’explique par les dates de référence, les méthodes de calcul et l’intégration progressive de certaines obligations publiques. Le point commun demeure cependant le même : la Gambie conserve une capacité budgétaire limitée.

Dans son analyse de 2026, le FMI considère que la dette reste soutenable, mais que le pays demeure exposé à un risque élevé de surendettement. L’institution souligne notamment la vulnérabilité liée au coût de la dette intérieure, aux recettes publiques encore faibles et aux besoins de refinancement.

La trajectoire dépendra donc de plusieurs facteurs. Une croissance plus forte peut améliorer les recettes et réduire le poids relatif de la dette. À l’inverse, une baisse du tourisme, un ralentissement des transferts de la diaspora ou une hausse des taux d’intérêt compliqueraient l’équilibre budgétaire.

Le gouvernement gambien prévoit une croissance réelle de 5,7 % en 2025 et table sur 5,6 % en 2027. L’agriculture, la construction, le tourisme et les transferts de fonds devraient soutenir cette dynamique. Ces secteurs n’ont toutefois pas le même impact sur les différentes régions du pays. Banjul et la zone urbaine bénéficient davantage de l’activité administrative et des services, tandis que les zones rurales dépendent plus directement de l’agriculture et des infrastructures.

La trajectoire régionale de Banjul

La Gambie évolue dans un environnement ouest-africain marqué par la recherche de nouvelles marges financières. Membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, le pays reste lié à un espace régional où les États doivent financer à la fois les services publics, les infrastructures et les dispositifs de sécurité.

Cette appartenance peut faciliter les échanges, les recettes commerciales et la coopération économique. Elle ne supprime cependant pas les contraintes propres à la Gambie, dont le marché intérieur est étroit et dont les recettes dépendent fortement du commerce, du tourisme et des transferts de la diaspora.

Le budget 2027 prévoit aussi d’étendre la budgétisation par programme à l’ensemble de l’administration centrale. Le principe consiste à relier plus clairement les dépenses aux objectifs et aux résultats attendus. La réforme peut améliorer la visibilité des choix publics, à condition que les ministères disposent de données fiables et que le Parlement puisse suivre l’exécution des crédits.

Le prochain test sera donc moins l’adoption du budget que sa mise en œuvre. Banjul devra démontrer que la hausse des recettes se réalise, que les dépenses restent maîtrisées et que le financement de la dette ne réduit pas excessivement les ressources destinées à l’éducation, à la santé, à l’agriculture et aux infrastructures.

À l’échelle ouest-africaine, le cas gambien rappelle une réalité partagée par plusieurs économies de petite taille : la stabilité macroéconomique dépend autant de la croissance que de la qualité de la mobilisation fiscale et de la gestion des emprunts. En 2027, les chiffres du déficit, des recettes et des intérêts fourniront les premiers indicateurs de la solidité de cette trajectoire.