À M’Fouati, dans le département de la Bouenza, l’enjeu dépasse le changement d’actionnaire. La mine de Soremi doit désormais prouver qu’elle peut retrouver une production régulière de cuivre et de zinc, après plusieurs années de tensions juridiques et de ralentissement industriel.
Un dossier minier sorti du contentieux
Le groupe américain Gerald Group a repris le contrôle de la structure qui détient Soremi, selon des éléments rendus publics à Brazzaville le 24 septembre 2026. Cette évolution met fin, au moins sur le plan juridique, à un long différend avec China National Gold Group, l’entreprise chinoise qui dirigeait le projet depuis 2014.
La mine se trouve dans le sud du Congo, à proximité de plusieurs permis polymétalliques. Elle produit des cathodes de cuivre et des lingots de zinc. Soremi exploite notamment les ressources de M’Fouati, tout en menant des activités minières et d’exploration autour de Boko-Songho et de Yanga-Koubanza.
Gerald Group n’est pas un nouvel entrant. Le négociant américain avait participé aux premières années du projet. Une convention conclue avec l’État congolais en 2008 portait sur l’exploitation des ressources polymétalliques de la région. Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives font également apparaître une participation historique de 10 % de l’État congolais dans Soremi.
En décembre 2013, Gerald Group avait cédé sa participation majoritaire à China National Gold Group. La prise de contrôle effective était intervenue en mars 2014. Le groupe chinois avait alors indiqué avoir investi plus de 145 millions de dollars dans la mine et ses infrastructures.
La production industrielle de cuivre avait démarré en 2017. Celle du zinc avait suivi quelques années plus tard. Le projet visait une capacité annuelle comprise entre 12 000 et 15 000 tonnes de cuivre. Toutefois, cette ambition n’a pas été atteinte de manière durable.
La production reste le principal test
Le retour de Gerald Group ne règle pas automatiquement les difficultés de Soremi. Le site doit encore sécuriser ses approvisionnements, ses réserves et ses installations de traitement. Il doit aussi rétablir une visibilité suffisante pour les salariés, les sous-traitants et les communautés situées autour des zones minières.
Les chiffres disponibles illustrent l’écart entre les capacités annoncées et les résultats récents. En 2024, Soremi a produit 8 234,9 tonnes de cathodes de cuivre et 15 084,1 tonnes de lingots de zinc. Sur les neuf premiers mois de 2025, la production s’est établie à 4 134 tonnes de cuivre et 8 753 tonnes de zinc, d’après les données publiées par l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo.
Ces résultats ne signifient pas nécessairement un arrêt de l’activité. Ils montrent plutôt une exploitation sous pression. Soremi a poursuivi les travaux autour de Boko-Songho et intensifié la recherche de nouvelles réserves. L’entreprise a également engagé la construction d’un module destiné au traitement du plomb. Un permis d’exploration aurifère existe par ailleurs dans le département de la Lékoumou, mais son étude d’impact environnemental et social devait encore être validée.
La question des réserves sera déterminante. Le rapport annuel de l’Union patronale souligne que l’épuisement progressif de certains gisements et la baisse de la teneur en métal peuvent réduire les volumes produits, même lorsque les installations restent opérationnelles. Dans une mine polymétallique, la performance dépend donc autant de l’usine que de la qualité et de l’accessibilité du minerai.
Le différend entre actionnaires a ajouté une contrainte supplémentaire. Gerald Group affirme avoir exercé, en 2020, un droit de rachat de la participation chinoise. China National Gold aurait ensuite refusé de transférer les actions concernées. Le conflit a été porté devant des instances arbitrales et plusieurs juridictions, notamment à Hong Kong et aux îles Vierges britanniques.
Des sentences arbitrales rendues en 2023, puis des décisions judiciaires intervenues jusqu’en 2025, ont conforté les prétentions de Gerald Group. Le 16 juillet 2025, un tribunal des îles Vierges britanniques a ordonné la rectification du registre des actionnaires. Cette décision devait rétablir Gerald Group comme propriétaire de la structure contrôlant Soremi.
Un secteur congolais fragilisé
Les difficultés de Soremi ont pesé sur l’industrie métallurgique du Congo. Au premier trimestre 2026, la production du secteur aurait reculé de 55,9 % sur un an, selon les données de la Direction générale de l’économie citées dans la matière disponible. La production de cathodes de cuivre serait passée de 1 520 tonnes à 482,8 tonnes sur la même période.
Ces chiffres doivent être lus avec prudence tant que les séries statistiques détaillées ne sont pas toutes accessibles. Ils traduisent néanmoins un problème plus large pour Brazzaville : la diversification minière progresse, mais elle reste concentrée autour d’un nombre limité de projets et demeure exposée aux retards industriels, aux arbitrages entre actionnaires et à la maturité des gisements.
Pour l’État congolais, la reprise attendue doit donc produire des effets concrets. Il s’agit de préserver les emplois directs et indirects, de maintenir les recettes minières et de garantir la continuité des exportations. Les travailleurs du site et les entreprises locales de services seront les premiers à mesurer la réalité du redémarrage.
Les retombées ne seront toutefois pas identiques selon les territoires. M’Fouati et les zones proches des installations bénéficient directement de l’activité, tandis que les populations éloignées dépendent davantage des effets indirects : transport, commerce, sous-traitance et fiscalité locale. Cette différence alimente l’importance d’une gouvernance transparente des revenus et des obligations sociales de l’entreprise.
Le cuivre congolais dans la compétition des métaux
Le changement de contrôle intervient dans un contexte de concurrence accrue pour les métaux nécessaires aux réseaux électriques, aux équipements industriels et à la transition énergétique. Le cuivre est particulièrement recherché pour ses propriétés conductrices. Le zinc reste essentiel à la galvanisation de l’acier et à plusieurs usages industriels.
Le Congo ne joue pas le même rôle que la République démocratique du Congo, dont l’industrie du cuivre et du cobalt est d’une tout autre échelle. Toutefois, la reprise de Soremi rappelle que l’Afrique centrale possède aussi des actifs polymétalliques capables d’attirer des capitaux et des opérateurs internationaux.
Cette évolution s’inscrit également dans le rapprochement économique recherché entre Brazzaville et Washington. Pour les États-Unis, la présence de Gerald Group offre un point d’ancrage dans une chaîne d’approvisionnement plus diversifiée. Pour le Congo, elle peut ouvrir une nouvelle phase d’investissement, à condition que la relation repose sur des engagements vérifiables en matière de production, d’emplois et de transformation locale.
La suite se jouera moins dans l’annonce du changement d’actionnaire que dans les résultats du site. Les prochains indicateurs à surveiller seront la cadence des exportations, la reprise des travaux à Boko-Songho, l’avancement du traitement du plomb et la capacité de Soremi à remplacer les réserves consommées. Pour Brazzaville, le véritable enjeu est désormais de transformer une victoire juridique en relance industrielle durable.