Pour financer davantage de projets dans l’espace ouest-africain, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) cherche à allonger et diversifier ses ressources. Réunie à Lomé le 24 septembre 2026, l’institution a approuvé cinq nouvelles lignes de crédit représentant 655,982 milliards de francs CFA, soit environ 1,1 milliard de dollars. Une subvention de 885,5 millions de francs CFA complète cet ensemble.
Cette mobilisation intervient alors que la BOAD entre dans une phase d’expansion. Son nouveau plan stratégique 2026-2030 prévoit jusqu’à 6 500 milliards de francs CFA de financements. L’enjeu dépasse donc la seule signature de nouvelles conventions : il s’agit de donner à une banque régionale les moyens de soutenir des économies confrontées à des besoins croissants en énergie, en agriculture, en transformation industrielle et en financement des petites entreprises.
Une banque régionale au cœur du financement de l’UEMOA
La BOAD intervient dans les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Elle finance des États, des entreprises publiques, des banques et des sociétés privées, en privilégiant les projets susceptibles de renforcer l’intégration économique.
Son rôle est particulièrement important lorsque les banques commerciales ne peuvent pas proposer des crédits suffisamment longs ou adaptés aux projets d’infrastructure. Une ligne de crédit accordée à la BOAD permet ensuite de redistribuer ces ressources à travers des établissements financiers partenaires ou des programmes sectoriels.
Le conseil d’administration a approuvé les nouvelles ressources lors de sa 152e session ordinaire. La réunion a également validé 157,5 milliards de francs CFA de nouvelles opérations en faveur de projets agricoles, énergétiques et privés dans plusieurs pays de l’Union.
Des financements ciblés sur l’agriculture, les PME et l’énergie
L’Agence française de développement (AFD) fournit la plus importante enveloppe. Sa ligne de crédit atteint 196,787 milliards de francs CFA. Elle est accompagnée d’une subvention de 885,5 millions de francs CFA. L’objectif est d’appuyer la transformation institutionnelle et environnementale de la BOAD, notamment en intégrant davantage les risques climatiques dans l’analyse et le suivi des projets.
La Banque africaine de développement (BAD) apporte pour sa part 131,2 milliards de francs CFA. Il s’agit de sa sixième ligne de crédit au bénéfice de la BOAD. Les fonds doivent soutenir les micro, petites et moyennes entreprises de l’UEMOA, dans des secteurs aussi variés que l’agriculture, la santé, l’éducation, l’énergie et le numérique.
Cette orientation répond à une difficulté bien connue dans la région : les petites entreprises jouent un rôle majeur dans l’emploi et l’activité économique, mais elles disposent rarement de garanties suffisantes pour obtenir des financements à moyen ou long terme. Le passage par des institutions financières partenaires doit faciliter leur accès au crédit, tout en donnant une place particulière aux jeunes et aux femmes entrepreneures.
La banque italienne Cassa Depositi e Prestiti (CDP) mobilise également 131,2 milliards de francs CFA. Cette enveloppe vise les projets agricoles et agro-industriels, aussi bien publics que privés. Elle peut donc financer les différents maillons des chaînes de valeur : production, transformation, stockage, transport et commercialisation.
La Banque de développement de Chine accorde le même montant. Sa quatrième ligne de crédit doit fournir des ressources longues aux PME de l’UEMOA, en passant par des banques commerciales et des fonds partenaires. La diversification des intermédiaires est importante, car les besoins de financement ne se concentrent pas uniquement dans les capitales ou dans les grandes entreprises.
Enfin, la banque allemande KfW engage 65,595 milliards de francs CFA pour des projets solaires, des systèmes de stockage par batteries et des infrastructures de réseau. La priorité porte ainsi sur des équipements capables d’améliorer l’accès à l’électricité et la stabilité des réseaux, deux conditions essentielles au développement industriel et numérique.
Le défi : financer un changement d’échelle
Le nouveau plan stratégique de la BOAD, baptisé « Djoliba… La Suite », fixe un objectif de 6 500 milliards de francs CFA de financements sur la période 2026-2030. Ce volume représente près du double de l’ambition du cycle précédent.
Pour atteindre cette cible, l’institution prévoit de mobiliser 2 650 milliards de francs CFA par emprunt. Elle veut aussi mettre en place un programme de titrisation de 1 100 milliards de francs CFA. La titrisation consiste à regrouper des actifs financiers afin de créer des titres pouvant être proposés à des investisseurs. Elle permet, en théorie, de libérer des capacités de financement supplémentaires sans dépendre uniquement des ressources budgétaires ou des lignes classiques.
La BOAD prévoit également de poursuivre sa transformation en groupe composé d’entités spécialisées. Cette évolution doit lui permettre de mieux répondre à des besoins différents : financement des infrastructures, soutien au secteur privé, transition énergétique ou mobilisation de capitaux sur les marchés.
La réussite de cette stratégie dépendra toutefois du coût des ressources. Des financements abondants ne produisent pas le même effet selon les taux d’intérêt, les maturités et les conditions imposées aux bénéficiaires. Pour les États comme pour les entreprises, la question sera donc de transformer ces lignes en crédits réellement accessibles et en projets économiquement viables.
Une diversification qui renforce la marge de manœuvre régionale
La composition des nouveaux financements illustre la pluralité des partenariats de la BOAD. L’institution combine l’appui français, italien, allemand, chinois et africain. Cette configuration réduit le risque de dépendre d’un seul bailleur et donne à la banque régionale une base plus large pour négocier ses conditions de financement.
Elle rappelle aussi que les priorités de développement de l’UEMOA ne sont pas séparées. La sécurité alimentaire dépend de l’agriculture, mais aussi de l’énergie, des transports, de la transformation industrielle et du crédit aux entreprises. De même, la transition énergétique ne peut progresser sans réseaux, stockage, compétences techniques et modèles économiques adaptés aux réalités locales.
Le programme régional d’urgence « Djiguiya 2026-2028 », doté de 200 milliards de francs CFA, complète cette stratégie. Il doit aider les États de l’UEMOA à sécuriser leurs approvisionnements en intrants agricoles et en énergie face aux chocs extérieurs.
La prochaine étape sera donc le décaissement effectif des ressources et la sélection des projets. Le suivi devra porter sur leur répartition entre les pays, leur accès par les PME et leur impact dans les zones éloignées des capitales. Pour la BOAD, le défi n’est plus seulement de lever des fonds. Il consiste désormais à démontrer que cette puissance financière accrue se traduit par davantage de production, d’emplois, d’électricité et de valeur ajoutée au sein de l’espace ouest-africain.