Un centre de formation ne crée pas, à lui seul, un emploi. Pour qu’un atelier serve réellement aux jeunes, il faut des machines en état de marche, des formateurs préparés et des cours adaptés aux activités économiques locales. Plusieurs projets menés au Sénégal, en Angola, au Ghana, au Rwanda et en Zambie misent ainsi sur un accompagnement qui dépasse les travaux de construction.

Des équipements qui doivent servir à apprendre

Au Sénégal, le réseau de 23 centres développé avec le groupe Mitrelli doit pouvoir accueillir jusqu’à 30 000 jeunes par an, selon l’entreprise. Les formations annoncées couvrent notamment l’agroalimentaire, l’agriculture, l’informatique et l’énergie. L’enjeu ne se limite donc pas à ouvrir des bâtiments : il s’agit aussi d’installer les équipements et de préparer les équipes qui les feront fonctionner. Les informations de Mitrelli sur son réseau de centres sénégalais détaillent cette capacité et plusieurs secteurs visés.

Une récente inauguration à Diourbel donne une mesure concrète de cette ambition. Le 5 novembre 2026, les autorités sénégalaises ont ouvert un deuxième centre de formation professionnelle et technique dans la ville. L’établissement propose des parcours allant du certificat d’aptitude professionnelle au brevet de technicien supérieur, dans des domaines comme l’agroalimentaire, le textile, l’industrie et les technologies de l’information. L’Agence de presse sénégalaise situe ce centre dans le programme national des 23 établissements. Le compte rendu de l’APS sur l’ouverture à Diourbel précise aussi la capacité d’accueil du site.

Le cas sénégalais rappelle toutefois qu’il existe plusieurs projets distincts. Un autre programme, signé en mars 2023 avec Planet One, concerne 15 centres répartis dans des départements du pays. La fiche officielle du partenariat chiffre son coût total à 72,37 milliards de FCFA et sa durée à 126 mois, dont 18 mois prévus pour les travaux. Il prévoit conception, financement, construction, équipement et mise à disposition des sites. La fiche contractuelle sénégalaise des 15 centres décrit les responsabilités du partenaire privé.

Former les formateurs et adapter les programmes

En Angola, Mitrelli affirme avoir soutenu plus de 1,5 million de « parcours d’apprentissage » et contribué au renforcement de 52 écoles techniques et professionnelles. Ce chiffre, communiqué par l’entreprise, englobe plusieurs niveaux d’enseignement : il ne correspond donc pas au nombre de diplômés ou de personnes ayant trouvé un emploi. Le groupe décrit des travaux de réhabilitation, la mise à disposition d’équipements techniques et informatiques, ainsi qu’un accompagnement des enseignants. La présentation du portefeuille éducatif de Mitrelli en Angola permet de vérifier ce que recouvre son bilan, sans constituer à elle seule une évaluation indépendante des résultats.

Au Ghana, Planet One indique avoir achevé en 2022 la modernisation de plus de 34 établissements de formation professionnelle. Son bilan mentionne également des interventions dans des bureaux régionaux et des services liés à l’apprentissage. L’entreprise présente ce chantier comme un ensemble d’infrastructures et d’équipements. La source consultée ne permet pas de confirmer indépendamment tous les détails pédagogiques avancés pour le programme. Il faut donc distinguer le périmètre rapporté par le prestataire des résultats mesurés chez les apprenants. Le bilan de Planet One sur son programme ghanéen indique les sites concernés.

Au Rwanda, le projet AFTER II, prévu de mars 2023 à mars 2028, intervient dans quatre établissements des districts de Karongi et de Nyamagabe. Il associe des travaux sur les campus à la révision de référentiels de formation avec le secteur privé, à la formation technique et pédagogique des enseignants et à la numérisation de contenus. Les équipes chargées de l’orientation et de l’entrepreneuriat doivent aussi être renforcées. Le Rwanda TVET Board et Rwanda Polytechnic, les institutions nationales responsables de la formation professionnelle, sont au cœur de la mise en œuvre. La fiche d’Expertise France sur AFTER II présente les axes du projet et ses établissements bénéficiaires.

Cette approche répond à un défi pratique : un équipement coûteux n’a de valeur pédagogique que si les enseignants savent l’utiliser et si les contenus correspondent aux compétences attendues. L’association d’entreprises locales à la révision des programmes peut rapprocher cours et besoins professionnels. Elle ne garantit cependant ni stages, ni embauches. Ces résultats dépendent aussi de la demande de main-d’œuvre, des transports, de l’accès au financement et de la capacité des petites entreprises à recruter.

Après la remise des clés, mesurer l’insertion

La maintenance représente un autre enjeu. Dans le partenariat sénégalais avec Planet One, le prestataire doit assurer l’entretien des infrastructures et leur disponibilité pendant la période prévue au contrat. Le budget de l’État finance les paiements liés à cette mise à disposition. Une note budgétaire officielle publiée depuis précise que le coût initial atteint 72,36 milliards de FCFA et que l’État s’est engagé à verser un loyer trimestriel sur huit ans et demi, à compter de 2026. Elle signale aussi des retards de financement et l’examen d’une demande de hausse du loyer. Le document budgétaire sénégalais sur le contrat éclaire ainsi un arbitrage public : préserver l’entretien sans perdre de vue le coût supporté par les finances de l’État.

En Zambie, la remise d’un nouvel atelier de conduite d’engins au centre de formation professionnelle de Kitwe, le 25 mars 2026, illustre l’importance de préparer les équipes avant l’ouverture. L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel rapporte qu’un expert de Hitachi avait formé six formateurs et que sept membres de l’encadrement avaient suivi une formation à la gestion. Le programme, soutenu par les autorités zambiennes et japonaises avec l’ONUDI et Hitachi, comprend des simulateurs. Le rapport de l’ONUDI sur le centre de Kitwe donne également un indicateur d’insertion : parmi 196 diplômés suivis, 54 avaient un emploi au moment de l’évaluation, soit 28 %.

Ce taux décrit un groupe suivi à une date donnée. Il ne résume ni l’ensemble des diplômés ni leurs trajectoires à plus long terme. Il montre néanmoins pourquoi le suivi après la formation compte autant que l’inauguration. Pour les jeunes, l’enjeu est de convertir une qualification en activité rémunérée. Pour les autorités, il est de savoir quelles filières débouchent effectivement sur des emplois. Pour les établissements, il est de maintenir machines, contenus et compétences des formateurs à jour.

Ces expériences nationales ne forment pas un modèle unique. Elles posent cependant une question commune aux politiques de formation du continent : comment relier investissement public ou privé, besoins des économies locales et débouchés réels ? Les prochaines évaluations devront aller au-delà du nombre de bâtiments, de places ou d’équipements livrés. La qualité de l’apprentissage, l’accès des femmes aux filières techniques, la maintenance et les emplois obtenus permettront de juger si ces centres tiennent leur promesse.