Dans l’est de la République démocratique du Congo, la riposte à Ebola ne peut plus compter seulement sur les gestes de protection et les soins. Un essai clinique mené sur place doit maintenant évaluer des vaccins conçus contre le virus Bundibugyo, responsable de l’épidémie en cours. Mais ces candidats ne sont pas encore des vaccins approuvés : leur efficacité reste à démontrer.
Une épidémie qui dépasse les frontières provinciales
Déclarée le 15 mai 2026, la flambée touche d’abord l’Ituri, dans le nord-est du pays. Elle s’est ensuite étendue à plusieurs provinces, dont le Nord-Kivu. Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola déclarée en RDC depuis l’identification du virus dans le pays en 1976. La maladie est causée cette fois par le virus Bundibugyo, une souche distincte de celle visée par le vaccin Ervebo déjà homologué contre le virus Zaïre. L’OMS suit l’évolution de l’épidémie en RDC et dans la région.
Cette distinction est essentielle. Un vaccin efficace contre une souche ne protège pas automatiquement contre une autre. À la fin août, l’OMS indiquait que les données disponibles ne permettaient pas de conclure à une protection cliniquement significative d’Ervebo contre Bundibugyo. Son utilisation dans ce contexte devait donc se faire dans le cadre de protocoles de recherche. Les orientations de l’OMS sur l’usage d’Ervebo insistent ainsi sur la nécessité de produire des données solides, sans présenter ce vaccin comme une solution déjà éprouvée contre cette souche.
L’ampleur de la flambée rend cette recherche urgente, mais les bilans doivent être datés. Le 31 octobre, l’Associated Press, citant des données du ministère congolais de la Santé, rapportait 5 026 décès parmi 10 351 personnes infectées. Un autre relevé, compilé à partir des données de l’Institut national de santé publique congolais au 28 octobre, faisait état de 4 960 décès confirmés. Ces chiffres ne portent pas exactement sur la même date ni nécessairement sur la même catégorie de cas. Ils ne doivent donc pas être confondus. Le bilan rapporté le 31 octobre et le relevé arrêté au 28 octobre donnent deux repères distincts.
Tumaini, un essai conduit en RDC
Le 4 novembre, l’Organisation mondiale de la Santé a annoncé que deux candidats spécifiques à Bundibugyo étaient recommandés pour rejoindre l’essai clinique Tumaini. Le premier, ChAdOx1, est développé par l’Université d’Oxford avec le Serum Institute of India. Le second, mRNA-1469, est mis au point par Moderna. Leur entrée dans l’essai dépend encore des autorisations nationales nécessaires.
Tumaini est dirigé par l’Institut national de recherche biomédicale de la RDC, avec des partenaires congolais et internationaux, dont l’Université d’Anvers, l’OMS, Epicentre, Médecins Sans Frontières et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies. Le rôle de l’institution congolaise est central : l’essai ne se déroule pas simplement « en Afrique », mais sous conduite nationale, dans les zones concernées par l’épidémie. L’annonce de l’OMS détaille les partenaires et le protocole. Le lancement du programme Tumaini et la préparation de ces deux candidats sont également rapportés par la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies.
L’essai repose sur une « vaccination en anneau » : les équipes proposent le vaccin étudié aux contacts de personnes dont l’infection est confirmée, selon le protocole et les règles éthiques applicables. Cette méthode cible les chaînes de transmission autour des cas. Elle reprend une approche utilisée lors de l’épidémie d’Afrique de l’Ouest en 2014-2016, qui avait contribué à établir l’efficacité d’Ervebo contre la souche Zaïre. Pour Bundibugyo, toutefois, l’efficacité des nouveaux candidats reste une question ouverte.
Le programme ne part pas de zéro. Un essai sur Ervebo évalue déjà si ce vaccin peut offrir une protection contre Bundibugyo, même si cette éventualité n’est pas établie. Selon l’OMS, quatre anneaux de vaccination étaient en place au début novembre, tandis que d’autres étaient en préparation. Les premiers résultats de l’essai vaccinal sont attendus au début de 2027. Ce calendrier est une échéance de recherche, pas la promesse d’une mise à disposition immédiate.
La recherche ne remplace pas les soins ni la confiance
Pour les habitants des zones touchées, la différence se joue aussi dans l’accès rapide au dépistage, aux soins et à une information compréhensible. Les distances, l’état des routes, la disponibilité des équipes et la confiance dans les dispositifs de riposte peuvent compliquer le suivi des contacts. À Bunia, Goma ou dans les localités plus éloignées, les conditions ne sont pas identiques. Un essai clinique ne saurait, à lui seul, répondre à ces obstacles.
La participation doit en outre s’appuyer sur un consentement éclairé et une explication claire de ce qui est connu — et de ce qui ne l’est pas. Les candidats sont expérimentaux. Leur évaluation pendant une flambée peut accélérer la production de données utiles, mais elle exige une surveillance rigoureuse de la sécurité, une conduite éthique et une communication transparente auprès des communautés. La présence d’un institut national à la direction de l’étude inscrit cette recherche dans les capacités scientifiques de la RDC, plutôt que de réduire le pays au rôle de terrain d’essai.
Le vaccin n’est qu’un volet de la réponse. La surveillance, l’isolement et la prise en charge des malades, la protection des soignants et l’accompagnement des proches restent indispensables. En parallèle, l’OMS soutient l’essai PARTNERS sur des traitements potentiels. Ces approches peuvent se compléter, mais aucune ne permet encore d’annoncer la fin de l’épidémie.
Un enjeu pour l’Afrique centrale et au-delà
La propagation du virus au-delà de l’Ituri fait de la coordination régionale un enjeu concret. La RDC partage des frontières et des axes de circulation avec plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Est. Le suivi des déplacements, l’échange d’informations sanitaires et la capacité des laboratoires comptent donc autant que les décisions prises à Kinshasa. L’OMS a également suivi des cas liés à l’épidémie dans d’autres pays africains, rappelant que la préparation ne peut s’arrêter aux frontières nationales.
La prochaine étape immédiate est l’autorisation nationale d’intégrer les deux vaccins à Tumaini, puis leur évaluation auprès des participants. Les résultats attendus début 2027 diront si ces candidats méritent de poursuivre leur développement. D’ici là, la priorité reste double : produire des preuves fiables sous conduite congolaise et maintenir les moyens de riposte dont les populations ont besoin maintenant.