Dans une municipalité sud-africaine, un score national ne suffit pas à désigner le prochain maire. Ce sont les sièges obtenus conseil par conseil, puis les alliances entre élus, qui décideront de la gestion de l’eau, des déchets, des routes et de l’électricité. Les résultats encore partiels des élections locales du 4 novembre confirment toutefois un changement politique majeur : le Congrès national africain (ANC) reste en tête à l’échelle du pays, mais son soutien recule fortement.
Un vote local dans un paysage politique fragmenté
L’Afrique du Sud compte neuf provinces et plusieurs centaines de conseils municipaux. Les élections locales déterminent la composition de ces conseils, qui supervisent des services essentiels et une partie du développement urbain. Pretoria, capitale administrative, est le siège du gouvernement national ; les municipalités, elles, répondent à des réalités très différentes, des grandes métropoles aux petites villes.
Le scrutin intervient après un tournant national. En 2024, l’ANC a obtenu 40,18 % des voix aux élections générales et perdu, pour la première fois depuis 1994, sa majorité au Parlement. Il a ensuite formé un gouvernement d’unité nationale avec l’Alliance démocratique (DA) et d’autres partis. Les électeurs locaux évaluent donc un parti qui gouverne toujours, mais doit désormais partager le pouvoir à l’échelle nationale.
Le recul de l’ANC avait déjà marqué les municipales de 2021, où il avait recueilli environ 45,6 % des suffrages. Plusieurs grandes villes étaient alors devenues difficiles à gouverner sans coalition. Cette fragmentation s’inscrit aussi dans un enjeu régional : au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’Afrique du Sud reste une économie et un acteur politique majeurs. La stabilité de ses institutions et de ses grandes villes dépasse donc ses frontières.
L’ANC recule, sans qu’un successeur s’impose partout
Au 6 novembre, environ 96 % des districts de vote avaient été dépouillés, selon les résultats compilés à partir du flux de la Commission électorale indépendante sud-africaine (IEC). L’ANC recueillait alors près de 31 % des voix à l’échelle nationale. Il s’agit d’un résultat provisoire : le décompte et la proclamation des résultats définitifs restaient en cours. L’état détaillé des résultats municipaux au 6 novembre recensait 184 conseils déclarés sur 213.
Ce score confirme une nouvelle baisse par rapport aux municipales de 2021. Mais le chiffre national ne raconte pas, à lui seul, qui gouvernera. Le vote est réparti entre les conseils et les résultats varient fortement d’une province à l’autre. La DA reste particulièrement forte au Cap, dans la province du Cap-Occidental, tandis que le parti uMkhonto weSizwe (MK), créé autour de l’ancien président Jacob Zuma, obtient des résultats importants dans le KwaZulu-Natal, sa région d’ancrage. Les tendances publiées pendant le dépouillement plaçaient également ActionSA dans la compétition à Tshwane, la municipalité qui inclut Pretoria.
Dans les conseils où aucun parti ne détient la majorité, les élus devront négocier. Une première place aux voix ne garantit donc ni la mairie ni une majorité stable. Le suivi des résultats par conseil et des coalitions possibles montre l’importance de ces discussions locales. La compétition porte sur les sièges et les accords, pas seulement sur le classement national.
Les services municipaux au cœur du scrutin
Les défaillances des services de base et les accusations de mauvaise gestion figurent parmi les griefs rapportés pendant la campagne. Leur impact n’est pas uniforme. Dans les quartiers urbains, la collecte des déchets, l’entretien des routes et l’approvisionnement en eau sont des enjeux quotidiens. Dans les zones rurales, l’accès aux infrastructures et la capacité des municipalités à planifier les investissements pèsent davantage. Les entreprises formelles dépendent aussi de réseaux fiables, tandis que les activités informelles subissent directement les coupures ou les transports défaillants.
Un changement de majorité peut modifier les priorités et la répartition des responsabilités. Il ne répare pas automatiquement une conduite d’eau, ne réduit pas les délais d’entretien et ne règle pas, à lui seul, les problèmes de financement ou de compétences administratives. Les coalitions peuvent élargir la représentation, mais elles peuvent aussi rendre les décisions plus difficiles si leurs partenaires se divisent. La continuité des services dépendra donc autant des accords politiques que de la capacité des administrations municipales à les appliquer.
La colère contre l’ANC n’a pas profité à un seul parti. Les résultats provisoires indiquent une opposition dispersée entre la DA, le parti MK et d’autres formations, selon les provinces et les villes. Cette diversité traduit des choix politiques distincts ; elle ne permet pas de conclure à un basculement uniforme du pays. Les partis devront aussi clarifier les accords qu’ils sont prêts à conclure, notamment lorsque leurs positions divergent sur l’immigration ou la gouvernance locale.
Des coalitions à l’épreuve des besoins quotidiens
Les prochaines étapes seront la finalisation des résultats et la constitution des conseils municipaux. Là où les sièges sont partagés, les négociations détermineront qui dirige, qui contrôle les budgets et quelles priorités entrent dans les programmes. Ces choix seront particulièrement observés dans les grandes métropoles, où les alliances ont déjà été nécessaires lors de précédents scrutins.
À l’échelle nationale, le scrutin prolonge la recomposition ouverte en 2024 : l’ANC ne peut plus compter sur une domination électorale automatique et doit composer avec des concurrents mieux implantés localement. Pour la SADC et l’Union africaine, l’enjeu n’est pas seulement le recul d’un parti historique. Il est aussi de voir si des institutions électorales et des conseils fragmentés peuvent déboucher sur des administrations capables de tenir leurs engagements. Pour les habitants, ce sont les décisions très concrètes des nouvelles majorités qui fourniront le premier test.