Rentrer après des années d’exil ne se résume pas à franchir une frontière. Pour les réfugiés centrafricains installés dans le sud du Tchad, le retour dépend aussi de la sécurité, des services disponibles et de la possibilité de reprendre une vie dans leur localité d’origine.

Un exil installé dans le temps

Le Tchad et la République centrafricaine partagent une frontière et des liens humains anciens. Mais les crises successives en Centrafrique ont aussi poussé des familles à chercher refuge au sud du territoire tchadien. Les arrivées se sont intensifiées depuis le début des années 2000, puis lors des violences de 2013 et 2014.

Une grande partie de ces réfugiés vit dans quatre provinces du sud du Tchad. Autour de Goré, dans le Logone oriental, certains sites d’accueil existent depuis près de vingt ans. Cette durée transforme les besoins : l’aide d’urgence reste nécessaire, mais l’accès aux moyens de subsistance, à l’éducation et à des perspectives pour les jeunes devient tout aussi important.

Dans ce contexte, le rapatriement volontaire est l’une des solutions envisagées par les autorités tchadiennes et centrafricaines, avec l’appui du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Il ne signifie pas que toutes les personnes déplacées souhaitent rentrer, ni que les conditions sont réunies partout.

Un cadre pour organiser les retours

Le 4 novembre 2020, les gouvernements du Tchad et de la République centrafricaine, ainsi que le HCR, ont arrêté des modalités pratiques pour organiser le retour des réfugiés qui le souhaitent. Les informations rendues publiques à l’époque faisaient état d’environ 147 000 Centrafricains réfugiés au Tchad. Le HCR estimait à près de 61 000 le nombre de personnes ayant exprimé un souhait de retour.

Ces chiffres décrivent des intentions, pas le nombre de personnes déjà parties. La distinction est importante : une décision de retour peut évoluer selon la sécurité, la situation familiale ou les conditions d’accueil. Les autorités et le HCR prévoyaient donc de commencer dans le Logone oriental, plutôt que de lancer simultanément des convois depuis toutes les provinces concernées.

Le dispositif annoncé devait procéder par étapes. Avant le départ, les candidats devaient passer un examen médical. Le bétail devait également être vacciné environ une semaine avant le voyage. Les convois, d’environ 200 personnes, devaient rejoindre un centre de transit en Centrafrique, avant la poursuite du trajet vers les localités d’origine, notamment autour de Paoua et de Markounda.

Le Programme alimentaire mondial devait fournir trois mois de vivres aux personnes de retour, en plus d’une aide au rapatriement. Ces dispositions cherchent à réduire les difficultés immédiates après l’arrivée. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à garantir une réinstallation durable si les familles ne peuvent accéder à des soins, à l’eau, à l’école ou à des revenus.

Le choix de rester compte aussi

Le retour ne constitue pas la seule issue. Certains réfugiés ont fondé une famille au Tchad, y travaillent ou souhaitent y poursuivre leur vie. Pour eux, le passage d’une assistance humanitaire à des projets agricoles et d’intégration dans les villages tchadiens devait accompagner une autre forme de stabilité.

Cette orientation concerne aussi les communautés d’accueil. Dans les zones rurales du sud, l’accès à la terre, aux services et aux débouchés économiques peut peser sur les relations entre habitants et nouveaux arrivants. Des projets qui associent réfugiés et populations tchadiennes peuvent limiter les tensions, à condition que les ressources et les bénéfices ne soient pas réservés à un seul groupe.

Les deux trajectoires — retour en Centrafrique et intégration au Tchad — doivent donc rester fondées sur un choix libre et informé. Le statut de réfugié ne devrait pas conduire à un départ précipité. De même, une aide au retour ponctuelle ne remplace pas des conditions de sécurité suffisantes dans les zones de destination.

Une responsabilité partagée en Afrique centrale

La question dépasse les relations entre N’Djamena et Bangui. Le Tchad et la République centrafricaine appartiennent à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), un espace régional de coopération économique. Les déplacements forcés y rappellent que les crises et leurs conséquences traversent les frontières, tandis que les solutions nécessitent une coordination entre pays voisins.

Le précédent des retours organisés depuis d’autres pays de la région montre aussi qu’un accord et des convois ne règlent pas automatiquement les difficultés de réinstallation. La reprise des retours de réfugiés centrafricains depuis la République démocratique du Congo, engagée en 2019 puis interrompue en 2020 pendant la fermeture des frontières liée à la pandémie, a ensuite été suspendue à nouveau dans le contexte des violences entourant l’élection centrafricaine de décembre 2020. Ce parcours souligne la fragilité de toute opération lorsque la sécurité ou les déplacements transfrontaliers se dégradent.

Pour les réfugiés du Logone oriental, l’enjeu concret est de pouvoir décider sans pression et de retrouver, en Centrafrique, des conditions permettant de reconstruire leur quotidien. Pour les familles qui restent au Tchad, il s’agit plutôt de ne pas voir disparaître l’accompagnement avant l’accès à des moyens de subsistance. La mise en œuvre des retours, leur caractère volontaire et la capacité des localités d’accueil à recevoir les familles restent les points déterminants.