Une banque peut-elle être dite solide sans être l’une des plus grandes du marché ? Le classement mondial 2026 de TABInsights met en lumière dix établissements opérant dans plusieurs pays africains. Il distingue des bilans évalués favorablement, mais ne mesure ni leur portée auprès des ménages ni leur capacité à financer l’économie locale.
Un classement de bilan, pas un palmarès de services
Les dix banques retenues sont réparties entre l’Égypte, le Nigeria, la Tunisie, le Kenya et l’Afrique du Sud. La première du classement africain, Abu Dhabi Islamic Bank – Egypt, figure au 27e rang mondial avec un score de 6,19 sur 10. Al Baraka Bank Egypt suit, 35e au monde, avec 6,08 points. TABInsights évalue les cent plus grandes banques islamiques mondiales selon sept dimensions et quinze critères, notamment la rentabilité, la liquidité, la qualité des actifs, la croissance et le risque souverain. Ce score mesure une solidité financière estimée à partir des bilans, et non une notation de crédit classique.
Dans la liste mondiale, le Nigeria est représenté par TAJBank, 62e, et Jaiz Bank, 65e. Viennent ensuite Gulf African Bank, au Kenya, 73e ; Albaraka Bank, en Afrique du Sud, 77e ; puis Al Baraka Bank Tunisia, 81e. Faisal Islamic Bank of Egypt occupe la 87e place. Deux autres établissements tunisiens ferment la sélection africaine : Wifak International Bank, 92e, et Banque Zitouna, 93e.
Le classement ne place donc pas les dix banques à égalité. Il met en avant des profils et des scores différents. À l’échelle mondiale, les trois premières places reviennent à Al Rajhi Bank, en Arabie saoudite, à Kuveyt Türk, en Turquie, et à Kuwait Finance House. Les banques du Golfe et de Turquie dominent les premiers rangs.
Des marchés africains encore de taille limitée
La répartition géographique reflète la diversité des marchés. Cinq des dix établissements se trouvent en Afrique du Nord : trois en Égypte et deux en Tunisie. Mais la finance islamique ne s’y limite pas. Deux banques nigérianes, une kényane et une sud-africaine figurent aussi dans le classement. Ce résultat souligne une présence subsaharienne, sans signifier que ces banques dominent leurs systèmes financiers respectifs.
Les données de la Banque africaine de développement donnent un autre repère. Dans la plupart des pays africains, les actifs bancaires islamiques représentent moins de 10 % du total des actifs bancaires. Pour 2024, la BAD estimait leur part à 6,9 % en Tunisie et 5 % en Égypte, contre 1,3 % au Nigeria et au Kenya. Ces chiffres rappellent qu’une place dans un palmarès de solidité ne correspond pas automatiquement à une grande part de marché.
Les règles et les infrastructures varient également. Le Nigeria a autorisé les banques islamiques à part entière et les guichets sans intérêt, et dispose d’un cadre dédié aux sukuk souverains — des titres financiers structurés pour respecter les principes de la finance islamique. Au Kenya, l’offre s’inscrit dans un secteur bancaire où les paiements mobiles tiennent une place importante. En Tunisie, elle coexiste avec un système financier plus large, tandis que l’Afrique du Sud présente un marché où la banque islamique reste minoritaire.
La solidité ne suffit pas à mesurer l’impact économique
Pour les établissements, un bon score peut refléter une combinaison favorable de fonds propres, de rentabilité, de liquidité ou de maîtrise des risques. Mais le classement ne répond pas à une question essentielle pour les clients : quels ménages, petites entreprises ou régions accèdent effectivement à leurs produits ? Il ne compare pas non plus directement les frais, la couverture des agences, les conditions de financement ou la qualité du service.
La distinction compte particulièrement dans les économies où l’activité informelle reste importante et où les petites entreprises peinent à obtenir des financements adaptés. Une banque bien positionnée sur ses ratios peut contribuer à mobiliser l’épargne et à financer des projets. Encore faut-il que ses produits soient accessibles et que les entreprises locales puissent satisfaire aux critères d’octroi. Le rang mondial, à lui seul, ne permet pas de trancher.
La structure de propriété apporte un autre élément de contexte. Certaines banques africaines appartiennent à des groupes étrangers ou s’inscrivent dans des réseaux régionaux et internationaux. Ces liens peuvent ouvrir l’accès à des capitaux, à des outils de gestion et à une expertise. Ils ne garantissent toutefois pas que les décisions de financement répondent aux besoins locaux. À l’inverse, les banques implantées dans un seul marché évoluent avec les contraintes de leur environnement réglementaire et économique.
Un indicateur utile à replacer dans son contexte
Pour les autorités de régulation et les investisseurs, ce palmarès offre un point de comparaison sur les bilans d’établissements présents dans cinq pays africains. Pour les populations et les entreprises, l’enjeu se joue aussi ailleurs : l’accès au crédit, la protection des déposants, la transparence des contrats et la capacité des banques à soutenir l’investissement productif.
La BAD considère la finance islamique comme une piste possible pour élargir les ressources disponibles, notamment via les banques et les sukuk. Elle souligne aussi que son poids reste faible à l’échelle continentale. La prochaine étape sera donc moins de compter les places gagnées dans un classement mondial que d’observer l’évolution des actifs, des règles prudentielles et des financements accordés aux entreprises et aux ménages dans chaque pays. Les trajectoires de l’Égypte et de la Tunisie ne sont pas celles du Nigeria ou du Kenya : leurs cadres bancaires, leurs clientèles et leurs besoins de financement diffèrent.