À Maputo, l’enjeu de la prochaine saison des pluies ne se résume pas à organiser les secours après une catastrophe. Le Mozambique veut préparer l’action en amont, alors que ses régions centrales et méridionales pourraient connaître un déficit de précipitations lié à El Niño. Mais le plan national annoncé pour 2026-2027 n’a pas encore réuni tous les financements nécessaires.

Un plan national face à des risques contrastés

Le Mozambique, pays d’Afrique australe riverain de l’océan Indien, fait face à des aléas qui ne se manifestent pas partout de la même manière. Les cyclones et les pluies intenses peuvent provoquer des inondations, tandis que des précipitations insuffisantes menacent les récoltes et l’accès à l’eau. Une même saison peut donc imposer des réponses différentes selon les provinces.

Cette préparation s’inscrit aussi dans un cadre régional. Le Mozambique est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui coordonne notamment le suivi climatique et les prévisions saisonnières. Son forum régional a signalé une probabilité accrue de pluies inférieures à la normale dans plusieurs pays, dont le Mozambique, au début de la saison 2026-2027.

Le phénomène El Niño, un réchauffement périodique des eaux du Pacifique qui modifie les régimes de pluie à l’échelle mondiale, accroît le risque de sécheresse dans certaines zones d’Afrique australe. Cela n’exclut toutefois ni les cyclones ni des épisodes locaux de fortes pluies. Les prévisions régionales et l’alerte de l’Institut mozambicain de gestion et de réduction des risques de catastrophes (INGD) soulignent l’importance de suivre l’évolution de la saison plutôt que de s’en remettre à un scénario unique.

2,2 millions de personnes visées

Le 4 novembre 2026, le Conseil des ministres a approuvé le Plan annuel de contingence 2026-2027. Selon le gouvernement, le dispositif est évalué à 39,8 milliards de meticais, soit environ 623 millions de dollars au taux de conversion relayé lors de son annonce. Il doit couvrir la prévention des catastrophes et l’assistance humanitaire à environ 2,2 millions de personnes.

Le plan prévoit d’identifier les menaces, d’estimer leurs effets possibles et de repérer les populations exposées. Il doit également organiser des mesures de prévention et d’assistance entre plusieurs secteurs. Cette approche peut aider les autorités à mieux cibler les interventions, mais son efficacité dépendra de la précision des alertes, de la disponibilité des moyens et de leur acheminement vers les districts concernés.

Le financement reste incomplet. Le porte-parole du Conseil des ministres, Inocêncio Impissa, a indiqué que 23,4 milliards de meticais étaient disponibles, issus du Fonds de gestion des catastrophes, des stocks de l’INGD et de ressources annoncées par des partenaires. Il manque donc 16,4 milliards de meticais, soit environ 256 millions de dollars. Le gouvernement dit poursuivre la mobilisation de fonds. Les montants et le déficit ont également été rapportés par la presse mozambicaine.

Cette différence entre budget prévu et sommes disponibles est un enjeu opérationnel. Les stocks entreposés peuvent soutenir une réponse immédiate, mais ils ne remplacent pas nécessairement les dépenses nécessaires pour acheminer l’aide, protéger les infrastructures ou soutenir les moyens de subsistance. Le plan annoncé ne précise pas, dans les éléments publics consultés, comment les fonds disponibles seront répartis entre provinces et types de risque.

Des conséquences différentes selon les territoires

Dans les zones rurales, une saison sèche peut réduire les rendements des cultures pluviales, épuiser les pâturages et compliquer l’approvisionnement en eau. Les petits producteurs et les éleveurs disposent souvent de moins de solutions pour compenser une mauvaise saison. En ville, les inondations peuvent perturber les déplacements, les services et l’accès aux équipements essentiels. Les alertes doivent donc être accompagnées de mesures adaptées aux réalités locales.

Les inondations du début de 2026 rappellent que l’exposition du pays n’est pas seulement théorique. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a estimé à environ 392 000 le nombre de personnes déplacées par les crues dans le centre et le sud. La FAO a également rapporté ce chiffre et décrit les dommages causés aux moyens de subsistance agricoles. Il s’agit de personnes déplacées, et non du bilan total des personnes affectées : les deux indicateurs ne doivent pas être confondus.

Ces épisodes peuvent peser sur les ménages bien après le retrait des eaux. Des champs endommagés, du bétail perdu ou des équipements de pêche détruits réduisent les revenus et compliquent la reprise. À l’inverse, un déficit de pluie touche d’abord les communautés dépendantes de l’agriculture pluviale et peut affecter les marchés locaux. La planification doit donc intégrer à la fois les secours immédiats et la continuité des activités économiques.

Le financement, prochain test de la préparation

Les annonces de financement ne suffisent pas à mesurer la capacité de réponse. Il faudra suivre les décaissements, la constitution des stocks, les alertes diffusées dans les langues comprises localement et la coordination entre services nationaux et autorités provinciales. La différence entre une prévision régionale et les conditions observées sur le terrain rend également essentiels les relevés météorologiques et les mises à jour régulières.

Pour les partenaires de la SADC, le cas mozambicain illustre un défi partagé : anticiper des risques climatiques multiples alors que les ressources disponibles sont limitées. La priorité ne consiste pas seulement à obtenir des fonds, mais à les rendre mobilisables avant que les dommages ne s’accumulent. La prochaine saison permettra d’évaluer si le plan transforme ses prévisions en interventions concrètes, et si les 16,4 milliards de meticais manquants sont effectivement réunis.

Sources consultées : communiqué du gouvernement mozambicain sur le plan de contingence, compte rendu de Club of Mozambique citant l’agence AIM, alerte de l’INGD sur El Niño, prévisions du forum climatique de la SADC, estimation du HCR sur les déplacements liés aux inondations et évaluation de la FAO sur les effets des crues.