À Fekola, dans le sud-ouest du Mali, un permis minier change les perspectives d’un site confronté à une baisse marquée de sa production trimestrielle. Pour l’État malien, l’enjeu dépasse les comptes d’une entreprise : il concerne aussi la part des revenus miniers qui revient au pays et la stabilité des règles applicables aux investissements.

Un nouveau gisement, dans un cadre minier renégocié

Fekola se trouve à une vingtaine de kilomètres de Menankoto et Dandoko, deux permis réunis sous le nom de Fekola Regional. L’ensemble est exploité par le groupe canadien B2Gold, dont les activités maliennes s’inscrivent dans un secteur stratégique pour les exportations et les recettes publiques.

Le contexte réglementaire a évolué avec le code minier malien de 2023. En septembre 2024, l’État et B2Gold ont conclu un protocole sur la gouvernance et les règles applicables au complexe. Le gouvernement a indiqué que l’accord prévoyait notamment une participation publique de 20 % dans Fekola SA, sous forme d’actions de préférence. Fekola Regional, lui, relève du nouveau code minier.

Cette distinction compte : les permis historiques de la mine et les nouveaux projets régionaux ne relèvent pas exactement du même cadre. Elle reflète les négociations entre Bamako et les sociétés minières autour de la fiscalité, de la participation de l’État et de la mise en œuvre de la réforme. Elle s’inscrit aussi dans une période de tensions plus larges entre les autorités maliennes et certains opérateurs du secteur.

Un gain comptable, mais une production en retrait

Le 4 novembre 2026, B2Gold a publié ses résultats du troisième trimestre. Le groupe a annoncé une reprise de valeur comptable de 253 millions de dollars pour le complexe de Fekola. La mesure intervient après des dépréciations enregistrées en 2023 et 2024, alors que les changements réglementaires avaient accru l’incertitude sur les perspectives du site.

La décision d’accorder le permis d’exploitation de Menankoto, le 7 août 2026, a réduit cette incertitude sur le calendrier du projet, selon l’entreprise. B2Gold estime l’effet net de la reprise à 212 millions de dollars sur son bénéfice, après une charge d’impôt différé de 41 millions. Il s’agit d’un ajustement comptable, et non d’une somme nouvelle versée sur les comptes de la société.

Le bénéfice net de B2Gold a atteint 414 millions de dollars au trimestre, contre 23 millions un an plus tôt. Mais le bénéfice net ajusté, qui exclut notamment des éléments exceptionnels, s’est établi à 183 millions, à peine au-dessus des 180 millions de la même période en 2025. La hausse spectaculaire du bénéfice publié ne traduit donc pas, à elle seule, une progression équivalente de l’activité courante.

Sur le terrain, la production de Fekola s’est élevée à 78 000 onces d’or entre juillet et septembre, contre 147 000 un an plus tôt, selon les chiffres communiqués par B2Gold. La baisse atteint environ 47 %. Le groupe l’attribue notamment au séquencement des travaux dans la fosse : les équipes ont commencé à retirer des stériles dans une nouvelle phase, tandis que l’usine a traité davantage de minerai à faible teneur prélevé dans les stocks.

Menankoto doit prendre le relais à partir de 2027

B2Gold prévoit de livrer à l’usine de Fekola le minerai de Menankoto au premier trimestre 2027, sous réserve de finaliser un accord de traitement. Les travaux préparatoires ont commencé en octobre. Le groupe table sur une montée en puissance de Fekola Regional jusqu’à la fin de 2027, puis sur une production supérieure à 150 000 onces par an à partir de 2028 et jusqu’au milieu des années 2030.

Pour l’ensemble du complexe, l’objectif de production 2026 reste compris entre 390 000 et 420 000 onces. Cette prévision inclut la mine existante et Fekola Regional. Elle doit toutefois être lue comme une estimation de l’entreprise, dépendante du déroulement des opérations et de la mise en service du nouveau gisement.

Le calendrier relie directement l’exploitation à la transformation locale : Menankoto doit alimenter l’usine de Fekola, plutôt que fonctionner comme un projet isolé. Pour B2Gold, cela peut soutenir le niveau de production à moyen terme. Pour le Mali, la question porte aussi sur les retombées fiscales, la participation publique et les emplois associés. Les annonces de l’entreprise ne suffisent pas, à elles seules, à établir la distribution effective de ces bénéfices.

Des retombées à suivre au-delà des comptes du groupe

La reprise de valeur comptable indique que B2Gold juge désormais le projet plus prévisible et rentable qu’au moment des dépréciations. Elle ne garantit ni le volume futur de production ni les recettes que l’État percevra. Ces résultats dépendront notamment de l’exécution des travaux, des conditions de traitement du minerai et de l’application concrète des accords conclus avec les autorités.

Le suivi de Fekola intéresse les partenaires du Mali en Afrique de l’Ouest, notamment au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Le Mali s’est retiré de l’organisation avec le Burkina Faso et le Niger en janvier 2025, mais les flux commerciaux, les investissements et les enjeux miniers dépassent les frontières institutionnelles. Les choix de Bamako sur la participation de l’État et les permis peuvent ainsi compter dans les discussions régionales sur la gouvernance des ressources.

La prochaine étape concrète sera l’arrivée annoncée du minerai de Menankoto à l’usine, au début de 2027. Il faudra aussi observer si le projet tient son calendrier de montée en puissance et comment les dispositions du code minier se traduisent dans les revenus publics et l’activité locale. C’est à ces résultats, plus qu’à une réévaluation comptable, que se mesurera la portée économique de l’extension.