Dans les bassins cotonniers ivoiriens, la reprise annoncée pour la campagne 2026-2027 dépendra autant des hectares semés que du choix des agriculteurs de rester dans la filière. Les prévisions officielles dessinent un rebond, mais restent en dessous de l’objectif professionnel fixé quelques mois plus tôt.
Une ambition de production à recalibrer
Le gouvernement ivoirien prévoit 352 300 tonnes de coton-graine pour la campagne 2026-2027. Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a présenté ces prévisions le mardi 3 novembre 2026 à Abidjan. L’Agence ivoirienne de presse et le quotidien ivoirien Fraternité Matin ont également rapporté ce volume.
Cette estimation est inférieure d’environ 12 % à l’objectif de 400 000 tonnes annoncé en juin par l’Association professionnelle des sociétés cotonnières de Côte d’Ivoire. Elle représente toutefois une hausse de 13,5 % par rapport aux 310 307 tonnes récoltées pendant la campagne 2025-2026, selon les chiffres communiqués par les autorités.
Le redressement attendu repose d’abord sur une hausse des surfaces. Les superficies cultivées devraient atteindre 327 500 hectares, contre 290 208 hectares lors de la campagne précédente, soit une progression annoncée de 12,9 %. Le rendement moyen prévu reste, lui, presque stable : 1 076 kilogrammes par hectare, contre 1 069.
Autrement dit, la hausse de production projetée viendrait surtout de l’extension des terres cultivées. Les données de campagne devront confirmer si ces surfaces ont bien été semées et si les rendements attendus se concrétisent. Une prévision n’est pas encore une récolte.
Prix et aides pour retenir les producteurs
Pour accompagner la campagne, l’État prévoit une enveloppe de 29,3 milliards de francs CFA, soit une hausse annoncée de 15,8 % par rapport aux 25,3 milliards de la campagne précédente. Selon les détails publiés par le ministère, 22,5 milliards financeront un complément de prix aux producteurs, tandis que 6,8 milliards serviront à subventionner les intrants.
Les prix d’achat annoncés sont maintenus à 310 francs CFA le kilogramme pour le coton de premier choix et à 285 francs pour le deuxième choix. Les prix de cession des intrants restent également fixés : 18 100 francs pour un sac de 50 kilogrammes d’engrais NPK et 17 050 francs pour un sac d’urée. Les insecticides sont tarifés à 35 000 francs par hectare pour les sept traitements prévus.
Ces mesures cherchent à protéger la rémunération des producteurs tout en limitant leurs coûts de campagne. Leur effet dépendra cependant du revenu net réellement obtenu, après dépenses et éventuelles pertes. Un prix garanti ne suffit pas, à lui seul, à rendre le coton plus intéressant que les autres cultures disponibles.
La concurrence du soja et de l’anacarde pèse déjà sur l’attractivité de la filière. Les statistiques de l’APROCOT-CI indiquent que le nombre de producteurs recensés est passé de 99 793 en 2024-2025 à 79 979 en 2025-2026. Cette baisse éclaire un enjeu central : augmenter les superficies ne garantit pas que les exploitants reviendront durablement au coton.
Un secteur marqué par des campagnes irrégulières
La campagne précédente avait déjà mis en évidence la fragilité des volumes. L’AIP a rapporté une production de 310 307 tonnes en 2025-2026, tandis que des bilans sectoriels publiés en cours de campagne ont présenté d’autres estimations. Les chiffres peuvent évoluer selon la date de collecte et le périmètre retenu ; le bilan définitif sera donc déterminant pour comparer les campagnes sans confondre prévisions et résultats.
La filière a aussi connu des chocs de production. En 2022-2023, des attaques de jassides, des insectes ravageurs du cotonnier, ont fortement affecté les récoltes. L’AIP rappelait en février 2026 que la production avait chuté de 352 134 tonnes en 2012-2013 à 236 628 tonnes en 2022-2023, avant de remonter fortement puis de ralentir. Cette trajectoire montre que la reprise reste exposée aux aléas agronomiques, au coût des intrants et aux arbitrages des exploitants.
Les effets de ces évolutions ne sont pas identiques pour tous. Les producteurs supportent directement les dépenses et les risques liés aux rendements. Les sociétés cotonnières dépendent des volumes collectés pour alimenter leurs unités d’égrenage. Les ménages des zones de production, eux, ressentent les variations d’activité dans les échanges locaux et les services liés à la campagne.
Un enjeu ivoirien et ouest-africain
La Côte d’Ivoire inscrit sa stratégie dans une région où le coton relie des filières agricoles nationales à des marchés et à des circuits commerciaux transfrontaliers. La CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, constitue le cadre régional de coopération, même si la production et les politiques de soutien restent largement organisées pays par pays. Les performances des principaux producteurs ouest-africains influencent aussi la place de la région sur les marchés du coton.
À l’échelle nationale, l’objectif affiché par les autorités est d’atteindre 600 000 tonnes à l’horizon 2030. Pour s’en rapprocher, la Côte d’Ivoire devra transformer le soutien budgétaire de cette campagne en revenus suffisamment prévisibles, maintenir la qualité des intrants et renforcer la productivité sans miser uniquement sur l’extension des surfaces.
Les prochains repères seront le bilan de la récolte 2026-2027 et l’évolution du nombre de producteurs actifs. Ils permettront de voir si le rebond annoncé repose sur une reprise durable de la filière ou principalement sur davantage d’hectares cultivés. Pour les autorités comme pour les exploitants, c’est cette différence qui pèsera sur la crédibilité de l’objectif 2030.
Les prévisions de production, les prix et les mesures de soutien ont été rapportés par l’Agence ivoirienne de presse et le ministère ivoirien de l’Agriculture. Le bilan de production de la campagne 2025-2026 a été relayé par Fraternité Matin. Les statistiques du nombre de producteurs sont publiées par l’APROCOT-CI. Le recul de production de 2022-2023 et le retour à la hausse sont documentés par l’AIP.