Quand le dollar coûte davantage, les effets dépassent les bureaux de change. En Ouganda, la baisse du shilling renchérit les importations de carburant et peut peser sur le transport, les prix et les coûts des entreprises. Les autorités veulent freiner cette dynamique sans promettre un taux de change fixe.
Une pression qui vient aussi des échanges extérieurs
L’économie ougandaise dépend de devises pour régler une partie de ses importations, notamment le pétrole. La demande de dollars augmente donc lorsque les factures énergétiques, le fret maritime et les assurances coûtent plus cher. Les tensions au Moyen-Orient accentuent ces dépenses et rendent les marchés plus incertains.
Dans le même temps, les recettes en devises ne progressent pas toutes au même rythme. Le ministre des Finances, Henry Musasizi, a évoqué la baisse des cours de certains produits agricoles exportés, dont le café et le cacao, ainsi que des recettes touristiques moins élevées. Ces facteurs réduisent les entrées de dollars disponibles pour les importateurs et les autres acteurs économiques.
La situation s’inscrit dans un contexte régional où les prix de l’énergie et du transport alimentent aussi les tensions inflationnistes. En septembre 2026, l’inflation annuelle atteignait 4,6 % en Ouganda, contre 4,1 % en août. La hausse était plus forte pour l’énergie, les carburants et les services publics : 14,5 % sur un an, selon le ministère ougandais des Finances.
Des taux plus élevés et des dépenses publiques ciblées
Le 27 octobre, devant le Parlement à Kampala, Henry Musasizi a présenté la réponse des autorités à la dépréciation du shilling. La monnaie est passée d’environ 3 604 shillings pour un dollar en mars 2026 à près de 4 500 à la fin octobre. La Banque d’Ouganda avait déjà relevé son taux directeur à 12 % lors d’une réunion spéciale, contre 9,75 % auparavant. Elle a également porté de 11 % à 13,5 % les réserves obligatoires des banques commerciales, c’est-à-dire la part des dépôts qu’elles doivent conserver auprès de la banque centrale.
Ces décisions visent à resserrer les conditions de crédit et à contenir les pressions sur les prix. Mais elles ont un coût possible : emprunter peut devenir plus cher pour les ménages et les entreprises. Les petites entreprises, qui ont moins facilement accès à des financements alternatifs, peuvent être particulièrement sensibles à cette hausse.
Sur le volet budgétaire, le gouvernement annonce une réduction de dépenses jugées non essentielles, notamment les déplacements, les ateliers, les réunions et certains frais administratifs. Il affirme vouloir préserver les services publics prioritaires et les investissements de développement. Cette distinction sera déterminante : une économie de fonctionnement peut soutenir la maîtrise des finances, mais des coupes mal ciblées risquent de retarder des services ou des projets utiles aux populations.
La contrainte budgétaire est réelle. Le rapport mensuel du ministère des Finances fait état, pour septembre 2026, de recettes publiques inférieures de 275,57 milliards de shillings à l’objectif du mois. Le déficit a atteint 244,14 milliards, contre 33,18 milliards prévus. Ces chiffres rappellent que l’État doit arbitrer entre le soutien à l’activité, le financement des services et la maîtrise de ses besoins d’emprunt.
Le shilling ne fait pas l’objet d’une cible fixe
Les autorités disent vouloir limiter les mouvements excessifs, pas défendre à tout prix une parité précise avec le dollar. Le gouvernement présente le taux de change comme déterminé par le marché et indique que la Banque d’Ouganda peut gérer la liquidité ou intervenir pour réduire une volatilité jugée excessive. Cette nuance compte : utiliser trop rapidement les réserves pour maintenir un cours donné pourrait réduire la capacité du pays à régler ses obligations extérieures.
Le ministre a aussi appelé les Ougandais à éviter les achats de devises dictés par la panique ou les rumeurs. Une ruée vers le dollar peut accroître temporairement la demande et accentuer les tensions. Toutefois, cet appel ne remplace pas les réponses aux causes économiques : la facture des importations, la disponibilité des devises et la confiance dans les perspectives du pays.
Pour les ménages, un shilling plus faible peut se traduire par des biens importés et du carburant plus chers, avec des répercussions possibles sur les déplacements et les prix de détail. Les entreprises qui utilisent des intrants achetés à l’étranger voient leurs coûts augmenter. À l’inverse, les exportateurs peuvent obtenir davantage de shillings pour leurs recettes en dollars, mais cet avantage dépend des volumes vendus, des prix mondiaux et des coûts de production.
Un enjeu suivi dans toute l’Afrique de l’Est
L’Ouganda est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), qui réunit plusieurs économies liées par le commerce et les échanges régionaux. Les pressions sur l’énergie, les transports et les monnaies ne s’arrêtent pas aux frontières. Elles touchent les chaînes d’approvisionnement et peuvent compliquer les échanges entre pays voisins, même si chaque État conserve sa propre politique monétaire.
La prochaine étape sera de voir si le resserrement monétaire et la maîtrise des dépenses réduisent les tensions sans freiner excessivement le crédit et l’investissement. Les données sur les prix, les recettes d’exportation, les réserves et le coût des emprunts permettront de mesurer l’équilibre trouvé. Pour les Ougandais, l’enjeu concret reste la transmission de la baisse du shilling aux dépenses quotidiennes, tandis que les entreprises devront composer avec des coûts d’importation et de financement plus élevés.