Un contrat de plusieurs centaines de millions de dollars peut remplir des stocks sans fournir de réponse à l’épidémie qui inquiète actuellement l’Afrique centrale et orientale. C’est le décalage au cœur de l’annonce de Regeneron : l’accord renforce la réserve américaine d’un traitement contre une souche d’Ebola, tandis que le virus Bundibugyo continue de mettre à l’épreuve les outils disponibles.

Un accord américain, pas un traitement pour la souche en circulation

Le 26 octobre 2026, le laboratoire américain Regeneron a annoncé une extension de son contrat avec la Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA), l’agence du ministère américain de la Santé chargée notamment de préparer les réponses aux urgences sanitaires. L’accord prévoit environ 270 millions de dollars de paiements et des livraisons supplémentaires d’Inmazeb au gouvernement des États-Unis jusqu’en 2031.

Ces doses doivent alimenter les stocks américains destinés à une éventuelle réponse à de futures épidémies. L’annonce prolonge un partenariat engagé en 2020. Elle ne signifie pas que le médicament est disponible pour les pays touchés par l’épidémie actuelle, ni qu’il agit contre la souche Bundibugyo.

Cette distinction est déterminante pour les populations et les équipes médicales. Inmazeb est autorisé aux États-Unis contre la maladie provoquée par Orthoebolavirus zairense, couramment appelée Ebola Zaïre. À ce jour, aucun traitement spécifique ni vaccin homologué n’est approuvé contre Bundibugyo. Un médicament efficace contre une espèce du virus ne peut donc pas être considéré comme efficace contre une autre sans données cliniques solides.

Des outils différents selon les espèces du virus

Inmazeb associe trois anticorps monoclonaux, des protéines conçues pour reconnaître et neutraliser une cible précise : l’atoltivimab, le maftivimab et l’odesivimab. La Food and Drug Administration américaine l’a autorisé en 2020 pour traiter les infections dues à Ebola Zaïre. L’Organisation mondiale de la santé l’a ensuite préqualifié en novembre 2023, une étape qui facilite l’évaluation de sa qualité et son éventuel achat par des organisations internationales.

Dans un essai clinique mené contre cette souche, le traitement a réduit la mortalité par rapport au traitement témoin, notamment chez des patients ayant une faible charge virale. Mais ce résultat ne prouve pas que le médicament fonctionne contre Bundibugyo. La préqualification de l’OMS ne vaut pas non plus approbation pour toutes les espèces du virus Ebola.

Regeneron étudie le maftivimab, l’un des trois anticorps d’Inmazeb, comme candidat potentiel contre Bundibugyo. Des expériences en laboratoire et chez des primates non humains ont mis en évidence une activité contre cette souche. Ces résultats préliminaires ne permettent toutefois pas de conclure à un bénéfice chez les patients : seule une évaluation clinique peut établir si le candidat est sûr et efficace chez l’humain.

La recherche se construit aussi dans la région

La réponse à l’épidémie ne dépend pas uniquement des réserves de médicaments détenues à l’étranger. Elle repose aussi sur la capacité à détecter les cas, à protéger les soignants, à suivre les contacts et à conduire des essais dans les zones concernées. En République démocratique du Congo (RDC), l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) joue un rôle central dans les travaux cliniques, avec des partenaires régionaux et internationaux.

L’essai PARTNERS, parrainé par l’OMS et mené par l’INRB avec l’Institut de médecine tropicale d’Anvers et l’Université d’Oxford, a commencé à recruter des patients en juillet 2026. Il évalue notamment le remdésivir et l’anticorps expérimental MBP134. Les informations publiées sur le protocole ne présentent pas le maftivimab comme l’un des traitements actuellement évalués dans cet essai. Il faut donc distinguer cette étude clinique des travaux préliminaires de Regeneron.

Cette distinction importe aussi pour l’Ouganda. Kampala est une capitale régionale reliée aux provinces orientales de la RDC par des échanges, des déplacements et des liens familiaux. L’OMS a signalé des cas de Bundibugyo en Ouganda lors de l’épidémie de 2026. Les autorités ougandaises et congolaises doivent donc coordonner surveillance et prise en charge au-delà des frontières, sans confondre les besoins de l’Ouganda avec ceux des zones de l’épidémie en RDC.

Cette coopération s’inscrit dans le cadre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), organisation régionale qui réunit notamment l’Ouganda et la RDC. Les frontières ne stoppent pas à elles seules la transmission. La détection rapide, l’échange d’informations et la continuité des soins comptent aussi pour les voyageurs, les commerçants et les communautés frontalières. Dans le même temps, les structures de santé locales doivent continuer à prendre en charge les autres besoins médicaux, en particulier lorsque les ressources sont mobilisées pour une flambée épidémique.

Le prochain enjeu : transformer les pistes en preuves

L’extension du contrat américain sécurise un approvisionnement national en Inmazeb contre Ebola Zaïre. Elle illustre la préparation d’un État à un risque sanitaire, mais ne répond pas directement au manque de traitement contre Bundibugyo. Pour les pays touchés, l’enjeu immédiat reste de disposer de soins de qualité, de matériels de protection et de traitements dont l’efficacité aura été démontrée.

La recherche sur le maftivimab peut élargir les pistes, mais elle ne doit pas être présentée comme une solution acquise. Les résultats précliniques sont une étape, pas une autorisation thérapeutique. Le suivi des essais menés en RDC, l’évolution des données épidémiologiques et toute décision des autorités de santé seront déterminants pour savoir quelles options pourront réellement bénéficier aux patients.

À l’échelle continentale, le défi dépasse une seule molécule. Il porte sur la capacité des institutions africaines à conduire des essais, produire des données et organiser l’accès aux outils médicaux en situation d’urgence. L’INRB, les autorités nationales et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies participent à cette réponse. La prochaine étape sera de voir si les recherches en cours aboutissent à des preuves cliniques et à des traitements accessibles dans les pays concernés.