Une intelligence artificielle peut accélérer le travail d’une entreprise. Elle peut aussi exposer des données confidentielles ou produire une information fausse, ensuite relayée comme exacte. En Côte d’Ivoire, ces risques prennent une importance particulière alors que les autorités et les acteurs économiques cherchent à développer les usages numériques tout en protégeant les citoyens et les organisations.

Un débat d’entreprise dans un pays qui construit sa stratégie numérique

Le 13 mars 2025, le gouvernement ivoirien a présenté sa Stratégie nationale de l’intelligence artificielle et sa Stratégie nationale de gouvernance des données, toutes deux inscrites dans un horizon 2030. Elles visent notamment à organiser le développement de l’IA et la gestion des données dans le pays. Ce cadre stratégique accompagne des ambitions économiques, mais pose aussi la question de la responsabilité des administrations et des entreprises qui utilisent ces outils. La stratégie nationale ivoirienne sur l’intelligence artificielle prévoit notamment de travailler sur les règles de gouvernance et la protection des données.

La Côte d’Ivoire dispose déjà d’une loi sur la protection des données personnelles, adoptée en 2013. Elle fixe des obligations pour les organismes qui recueillent ou utilisent ces informations. La difficulté, avec l’IA, est aussi très concrète : les salariés peuvent transmettre à un outil des éléments internes, ou reprendre un résultat sans en vérifier l’exactitude. L’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI) est l’autorité nationale chargée de la protection des données personnelles. Le texte ivoirien relatif aux données personnelles encadre ces traitements.

À l’échelle régionale, la Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La circulation transfrontalière des services et des données rend la cohérence des protections importante au-delà des seules frontières nationales. Les échanges autour de l’éthique de l’IA ne concernent donc pas uniquement les équipes d’une entreprise : ils rejoignent un chantier plus large sur la confiance numérique en Afrique de l’Ouest.

Orange Côte d’Ivoire met l’accent sur les usages quotidiens

Mardi 27 octobre 2026, Orange Côte d’Ivoire a tenu à Abidjan la 14ᵉ édition de ses journées consacrées à l’éthique et à la conformité. La rencontre, organisée autour du thème « L’éthique à l’ère de l’intelligence artificielle », a réuni des spécialistes de l’innovation et de la gouvernance. Le rendez-vous annuel existe depuis 2012 et s’adresse aux collaborateurs ainsi qu’aux partenaires de l’entreprise.

Les discussions ont porté sur la prévention de la corruption, les bonnes pratiques professionnelles et les précautions à prendre avec les outils d’IA. Fitzgerald Bony, responsable de l’innovation, de l’IA et de la digitalisation au sein d’Orange Côte d’Ivoire, a présenté cette technologie comme une opportunité à saisir avec un cadre de gouvernance et une stratégie. Il a notamment insisté sur la nécessité de protéger les clients et l’organisation.

Christophe Boa, expert en gouvernance, risques et conformité, a pour sa part rappelé que les résultats d’un outil doivent être contrôlés avant leur diffusion. Cette vérification est essentielle lorsque le contenu concerne des clients, des fournisseurs ou des décisions internes. Une réponse formulée avec assurance n’est pas pour autant une réponse juste ; l’utilisateur reste responsable de ce qu’il partage.

Les informations disponibles sur la rencontre ne détaillent pas de nouvelles règles contraignantes adoptées par l’entreprise ou les autorités. L’événement relève d’abord de la sensibilisation. Sa portée dépendra donc de la traduction des principes évoqués en consignes claires : quels outils sont autorisés, quelles données ne doivent pas être saisies, qui vérifie les résultats et comment signaler une erreur ou un incident.

La conformité se mesure dans les pratiques

Pour une entreprise de télécommunications, la question touche directement les informations confiées par les usagers. Elle concerne aussi les équipes, les fournisseurs et les prestataires qui peuvent manipuler des données ou produire des documents avec des outils automatisés. Des règles internes peuvent réduire les risques, mais elles doivent être comprises et appliquées dans le travail quotidien, y compris par les partenaires extérieurs.

Pour les salariés, l’enjeu est de savoir quand l’IA peut aider et quand un contrôle humain s’impose. Pour les clients, il s’agit de préserver la confidentialité et d’éviter que des décisions les concernant reposent sur des informations erronées ou mal interprétées. Pour les fournisseurs, les exigences de conformité peuvent conditionner l’accès aux contrats et aux données de l’entreprise. Ces responsabilités ne pèsent donc pas de la même manière sur tous les acteurs.

La discussion rejoint également les efforts publics de lutte contre la corruption. La Haute Autorité pour la bonne gouvernance et le Pôle pénal économique et financier font partie du dispositif ivoirien dans ce domaine. Mais une journée interne de sensibilisation ne permet pas, à elle seule, d’évaluer l’efficacité de ces institutions ni les progrès de la gouvernance publique. Il faut distinguer l’engagement affiché par une entreprise des résultats observables dans la durée.

Un indicateur mérite aussi une correction : le texte de présentation de l’événement attribue à la Côte d’Ivoire un score de 43 sur 100 et un rang de 78ᵉ sur 182 dans l’Indice de perception de la corruption 2025. La fiche pays publiée par Transparency International indique bien un score de 43, mais classe le pays au 76ᵉ rang sur 182. Cet indice mesure la perception de la corruption dans le secteur public ; il ne constitue pas un décompte direct des actes de corruption. La fiche de la Côte d’Ivoire dans l’indice 2025 fournit le rang corrigé.

Un enjeu qui dépasse les frontières ivoiriennes

Les choix opérés à Abidjan résonnent dans une région où les États définissent leurs priorités numériques tandis que les entreprises utilisent des services technologiques qui franchissent les frontières. La stratégie ivoirienne à l’horizon 2030 fournit un cadre d’action, mais la protection effective dépendra aussi de règles applicables, de capacités de contrôle et d’une coopération régionale sur les données et les usages.

Pour Orange Côte d’Ivoire, l’échéance concrète sera la mise en pratique des principes rappelés lors de cette 14ᵉ édition : protection des données, vérification des contenus et responsabilité des utilisateurs. Pour le pays, le défi consiste à faire coïncider ambition numérique et garanties réelles pour la population. La prochaine étape à observer sera la manière dont les stratégies nationales se traduiront en dispositifs opérationnels, tandis que les entreprises préciseront leurs propres règles d’utilisation de l’IA.