À Tasiast, dans la région de l’Inchiri, une visite ministérielle a remis au centre du débat une question concrète : quelle part de la richesse extraite profite durablement à la Mauritanie et aux territoires qui accueillent la mine ? Les 22 et 23 octobre 2026, le ministre des Mines et de l’Industrie, Dy Ould Zein, s’est rendu sur le site avec des responsables régionaux et communaux.

Une mine au cœur de l’économie mauritanienne

La Mauritanie dépend fortement de ses industries extractives, notamment du fer, de l’or et, plus récemment, du gaz. Dans ce paysage, Tasiast est l’un des principaux projets aurifères du pays. Le site se trouve dans l’Inchiri, au nord de Nouakchott, et son activité relie les recettes de l’État, les fournisseurs nationaux et l’emploi local.

Ce poids économique rend essentiels le contrôle public et la transparence sur les revenus. Le rapport 2024 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), publié en octobre 2025, examine les paiements, la production et la gouvernance du secteur. Il relève aussi des écarts à réconcilier et formule des recommandations de suivi institutionnel. Le rapport ITIE sur les industries extractives en Mauritanie fournit ainsi un cadre pour comparer les déclarations des entreprises avec les données publiques.

La Mauritanie évolue par ailleurs dans un espace régional où les choix miniers, les investissements et les chaînes d’approvisionnement dépassent les frontières nationales. Elle appartient à l’Union du Maghreb arabe et partage les enjeux sahéliens avec ses voisins. Pour autant, les retombées d’une mine se mesurent d’abord à l’échelle du pays et des localités concernées : recettes collectées, emplois accessibles aux Mauritaniens, contrats confiés aux entreprises locales et services rendus aux communautés.

Deux jours sur le terrain, de la sécurité aux conditions de travail

Selon l’Agence mauritanienne d’information, Dy Ould Zein a observé les opérations d’extraction et de maintenance, ainsi que les dispositifs destinés à protéger la santé et la sécurité des employés. La délégation comprenait notamment le wali de l’Inchiri, le président du conseil régional, le hakem de Bénichab et le maire de la commune. Elle a également rencontré la direction de la société et des représentants des travailleurs.

Le ministre a salué les conditions de travail et le dialogue avec le personnel, rapporte l’AMI. Il a aussi indiqué que les Mauritaniens représentent 98 % des effectifs de l’entreprise et que celle-ci travaille avec plus de 230 sociétés nationales. Ces éléments décrivent le contenu local — la place accordée aux travailleurs et fournisseurs du pays dans un projet — mais ne suffisent pas, à eux seuls, à mesurer la qualité des emplois, leur répartition ni les revenus qui restent dans les communes voisines. Le compte rendu de l’Agence mauritanienne d’information sur la visite précise également que le ministre a échangé avec des délégués du personnel.

La société affirme que Tasiast génère plus de 4 000 emplois directs et indirects. Ce total inclut donc les postes chez les sous-traitants et ne doit pas être confondu avec le nombre de salariés employés directement par la mine. Dans ses données portant sur 2024, Kinross indique que 97,8 % de son effectif direct était mauritanien. La même année, l’entreprise dit avoir versé 95,2 millions de dollars de salaires bruts et consacré 225,8 millions de dollars aux achats auprès de fournisseurs mauritaniens. Ce sont des données communiquées par l’entreprise, à distinguer des statistiques consolidées ou vérifiées par les autorités.

Des chiffres importants, mais des questions de redevabilité

Pour la période 2010-2025, Kinross annonce 1,7 milliard de dollars versés à l’État mauritanien et plus de 3,3 milliards de dollars d’achats et d’approvisionnements réalisés dans le pays. L’entreprise chiffre aussi à plus de 28 millions de dollars ses investissements communautaires entre 2011 et 2025. Ces cumuls donnent une indication de l’échelle des flux financiers. Ils ne disent pas, à eux seuls, quelle part revient aux budgets locaux, quels projets ont produit des effets durables ou comment les résultats sont évalués.

Les données portant sur 2024 illustrent l’intérêt de comparer les périodes et les catégories. Dans une publication antérieure, Kinross rapportait 1,44 milliard de dollars de paiements cumulés à l’État jusqu’à fin 2024 et 3,1 milliards d’achats locaux sur la période correspondante. Les chiffres plus élevés annoncés pour 2025 prolongent donc ces séries, mais leur vérification doit s’appuyer sur les déclarations publiques et les rapports de transparence disponibles. Le rapport ITIE mauritanien constitue un outil de ce contrôle, sans remplacer le suivi des engagements sociaux ni l’examen des conditions de travail.

Les bénéfices et les contraintes ne se répartissent pas de la même manière. L’État reçoit des recettes et l’activité soutient des emplois et des contrats. Les salariés sont directement concernés par la sécurité, les horaires et les conditions de vie sur le site. Les petites entreprises locales peuvent accéder à des marchés, mais doivent aussi répondre aux exigences de volume et de qualité d’un grand opérateur. À Bénichab et dans les localités voisines, l’enjeu est de savoir si les investissements communautaires répondent aux besoins définis avec les habitants et se maintiennent au-delà du financement initial.

Au-delà de la visite, le suivi fera la différence

La visite ministérielle a permis d’observer le fonctionnement de la mine et d’échanger avec les responsables, les autorités locales et les travailleurs. Elle ne constitue pas, à elle seule, une évaluation indépendante des performances sociales, environnementales ou fiscales du projet. La portée de cette séquence dépendra des suites données aux constats : publication de données comparables, suivi des obligations du titulaire de la concession et dialogue régulier avec les communautés concernées.

Pour la Mauritanie, le sujet dépasse Tasiast. Il touche à la capacité de transformer l’exploitation de ressources naturelles en revenus publics transparents, en compétences nationales et en activités économiques durables. À l’échelle régionale, cette question concerne aussi les pays sahéliens et maghrébins qui cherchent à mieux encadrer leurs projets miniers tout en attirant des investissements. Les prochains rapports de transparence et la mise en œuvre des engagements locaux permettront de juger si les chiffres annoncés se traduisent en bénéfices vérifiables sur le terrain.