Le nickel est indispensable à l’acier inoxydable et entre dans la fabrication de certaines batteries. Mais posséder le minerai ne suffit pas : pour les pays africains, le défi est de financer des mines capables de résister aux variations du marché et de mieux ancrer la valeur ajoutée localement.

Une offre mondiale dominée par l’Indonésie

La production mondiale reste très concentrée. En 2025, elle a atteint environ 3,9 millions de tonnes, dont 2,6 millions en Indonésie, soit près des deux tiers du total, selon l’US Geological Survey. Les Philippines suivent avec 270 000 tonnes. Cette concentration donne à l’archipel d’Asie du Sud-Est un poids considérable dans l’équilibre de l’offre.

Le nickel sert d’abord à produire de l’acier inoxydable et des alliages. Il est aussi utilisé dans certaines batteries de véhicules électriques et de stockage. Toutefois, la demande liée aux batteries ne résume pas le marché : les usages industriels traditionnels restent déterminants, et les technologies de batteries ne mobilisent pas toutes les mêmes métaux.

À l’échelle du continent, la part africaine demeure modeste. L’OCDE l’estime à environ 3 % de la production mondiale en 2023, principalement portée par Madagascar, l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire. Les réserves recensées en Afrique du Sud, au Zimbabwe et à Madagascar représentaient près de 5 % des réserves mondiales cette année-là. Ces estimations éclairent le potentiel, mais ne garantissent ni l’ouverture d’une mine ni sa rentabilité.

Kabanga, un projet majeur encore à financer

En Tanzanie, le projet Kabanga illustre à la fois l’intérêt des investisseurs et le temps nécessaire pour transformer une ressource en production. Le 23 octobre 2026, Lifezone Metals a confirmé que les discussions avec Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC) étaient à un stade avancé. Elles portent sur un investissement en capital dans le projet. Aucun accord définitif n’a été annoncé.

Orion CMC est une plateforme d’investissement lancée par Orion Resource Partners avec la Société américaine de financement du développement international et l’investisseur souverain d’Abou Dhabi ADQ. Cette configuration relie le projet tanzanien aux stratégies internationales de sécurisation des minerais. Elle ne préjuge toutefois ni du financement final, ni du calendrier de construction, ni des conditions convenues avec l’État tanzanien.

L’étude de faisabilité publiée par Lifezone en 2025 prévoit une mine souterraine et une usine de traitement. Elle chiffre à 942 millions de dollars les dépenses initiales avant production et estime à 18 ans la durée d’exploitation. Le projet pourrait produire, sur cette période, un total de 902 000 tonnes de nickel contenu dans un concentré, selon les estimations de l’entreprise. Ce sont des projections de projet, non une production déjà acquise.

La participation de l’État tanzanien et le partage des revenus seront également déterminants. En pratique, les retombées dépendront des accords définitifs, des recettes publiques, des emplois et des activités locales créées, mais aussi des coûts d’infrastructures et de la part du minerai transformée dans le pays. Pour les communautés proches du site, les questions d’accès aux terres, d’eau, d’emploi et de suivi environnemental comptent autant que les chiffres d’exportation.

Des projets à différents stades en Afrique

La Tanzanie n’est pas seule à chercher à développer cette filière. Au Burundi, Lifezone a signé en mars 2026 un accord d’exclusivité avec le gouvernement pour Musongati. Une étude de 2011 avait évalué la ressource à plus de 140 millions de tonnes. Ce volume géologique ne correspond pas à une réserve exploitable : il reste à établir les conditions techniques, économiques et réglementaires d’un éventuel développement.

Au Botswana, NexMetals poursuit des travaux sur les gisements de Selebi et Selkirk. En Côte d’Ivoire, Sama Resources étudie le potentiel du projet Samapleu-Grata. En Afrique du Sud, le site de Nkomati, mis en veille en 2021 dans un contexte de prix faibles, est cité parmi les possibilités de relance. Ces dossiers sont à des stades différents ; les regrouper sous l’étiquette de « projets » ne signifie pas qu’ils entreront simultanément en production.

La diversification des pays producteurs pourrait élargir les options d’approvisionnement. Mais elle ne se décrète pas. Les coûts d’électricité, de transport et de financement, la disponibilité de compétences, les autorisations et les infrastructures de transformation pèsent sur la compétitivité. Les projets isolés des corridors ferroviaires, des ports ou des réseaux électriques peuvent être plus difficiles à financer, surtout lorsque les cours reculent.

La demande future ne supprime pas le risque de marché

L’Agence internationale de l’énergie prévoit une progression de la demande de minerais liée aux technologies énergétiques, notamment aux véhicules électriques, au stockage et aux réseaux. Pour le nickel, les perspectives dépendront aussi de l’évolution des chimies de batteries et de la consommation d’acier. Une prévision de demande à long terme ne garantit donc pas un prix suffisamment élevé au moment où une mine doit rembourser ses investissements.

Le marché subit en outre l’augmentation rapide de l’offre, notamment indonésienne. Quand les volumes disponibles dépassent la demande, les prix peuvent rester trop bas pour soutenir les projets plus coûteux ou encore dépourvus de financement. Les investisseurs examinent alors les risques pays, les infrastructures et les accords de vente, pas seulement la taille annoncée du gisement.

À l’échelle régionale, l’enjeu pour les pays concernés est de négocier des partenariats qui répartissent clairement les risques et les bénéfices. L’Union africaine défend l’intégration économique continentale, tandis que la Communauté d’Afrique de l’Est réunit notamment la Tanzanie et le Burundi. Des infrastructures et des échanges coordonnés pourraient faciliter les projets, mais chaque État conserve ses propres règles minières et ses priorités budgétaires.

Le prochain indicateur décisif pour Kabanga sera la conclusion — ou non — d’un accord d’investissement, puis la capacité à boucler le financement et à obtenir les autorisations nécessaires. Pour les autres projets, les études techniques, les décisions des gouvernements et l’évolution des prix permettront de distinguer les annonces des opérations réellement en voie de démarrage.