Une bourse régionale ne fonctionne pas seulement grâce aux entreprises qui y lèvent des fonds. Elle dépend aussi d’infrastructures capables d’enregistrer les titres, de sécuriser leur conservation et d’accompagner les transactions. En Afrique centrale, l’installation de ce maillon commun reste en attente, tandis que la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) dit en supporter le coût.

Une infrastructure régionale encore en chantier

La BVMAC, basée à Douala, dessert les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) : le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. La CEMAC coordonne leur intégration économique et monétaire. Son marché financier vise notamment à permettre aux États et aux entreprises de mobiliser des capitaux dans la région.

Le Dépositaire central unique (DCU) doit assurer une fonction essentielle à ce marché : centraliser l’enregistrement des titres et leur conservation. Dans l’attente de sa mise en service, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) remplit cette mission à titre transitoire. Le maintien de cette organisation provisoire souligne que l’intégration financière ne dépend pas uniquement de règles communes : elle requiert aussi des outils techniques et une gouvernance opérationnelle.

La Banque africaine de développement avait déjà inscrit la mise en place d’un dépositaire commun parmi les étapes du marché financier unifié d’Afrique centrale. Plus récemment, un rapport de la Banque de France consacré à la coopération monétaire en Afrique signalait que la fonction restait assurée par la BEAC après l’échéance transitoire du 31 décembre 2024. Ce constat éclaire la durée du retard, sans préjuger des causes précises des délais actuels.

La BVMAC presse les institutions communautaires

Réuni à Douala le 26 octobre 2026, le conseil d’administration de la BVMAC a demandé à son président et à sa direction générale de relancer les instances communautaires compétentes. Selon le communiqué rapporté par plusieurs médias financiers de la région, la Bourse estime à 10 millions de FCFA par mois le manque à gagner lié au retard du DCU.

La BVMAC indique avoir engagé 2,080 milliards de FCFA dans le capital de la future structure. Cette somme représente un investissement immobilisé tant que le dépositaire ne devient pas pleinement opérationnel. Le montant mensuel avancé est une estimation de la Bourse, et non un bilan comptable détaillé rendu public dans les éléments consultés. Il doit donc être compris comme une évaluation attribuée à l’institution.

Un signe d’avancement est toutefois apparu le 20 octobre. La BEAC a publié une procédure internationale de sélection pour acquérir et déployer une plateforme informatique couvrant les activités du marché monétaire régional et celles du DCU. Cette étape ouvre un processus de choix technique ; elle ne signifie pas que la plateforme est déjà livrée ni que le dépositaire a commencé ses opérations.

La banque centrale avait aussi pris des mesures financières en octobre 2025. Selon les informations rapportées sur cette décision, son conseil d’administration avait autorisé la libération de 1,040 milliard de FCFA correspondant à sa participation au capital et le portage provisoire de 814,58 millions de FCFA liés à des actions non libérées par certains actionnaires. Ces montants illustrent l’écart entre les engagements financiers et la mise en service effective de l’infrastructure.

Des impayés qui pèsent sur la trésorerie

Le dossier du DCU n’est pas la seule pression financière signalée par la BVMAC. Au 30 septembre 2026, les arriérés dus à la Bourse par des États atteignaient 3,5 milliards de FCFA, d’après le communiqué de son conseil, également rapporté par des publications financières indépendantes. L’institution a demandé à sa direction d’obtenir le règlement de ces créances.

Ces impayés concernent les finances de l’opérateur régional ; ils ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer leurs conséquences directes pour les ménages ou les services publics. Mais une trésorerie fragilisée peut réduire les marges de fonctionnement et d’investissement d’une place qui cherche à élargir l’accès au financement. Le poids concret dépendra de la nature des créances, de leur ancienneté et du calendrier de remboursement, éléments qui ne sont pas détaillés dans les informations disponibles.

La question engage ainsi plusieurs niveaux de responsabilité : les États débiteurs pour leurs règlements, les organes de la CEMAC pour la coordination du projet, et la BEAC pour la conduite de la procédure technique annoncée. Une infrastructure partagée ne peut fonctionner durablement si son financement, sa gouvernance et ses responsabilités opérationnelles restent incertains.

Un signal pour les entreprises et les investisseurs

Le conseil d’administration a également autorisé, sous réserve de la non-opposition de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF), l’introduction de Renaprov Finance SA au compartiment E-PME, destiné aux petites et moyennes entreprises. Cette décision ne vaut donc pas encore autorisation définitive du régulateur ni début des échanges en Bourse.

En septembre, l’établissement camerounais avait apporté des précisions sur un litige foncier l’opposant à Martin Joël Mbia Essama devant les juridictions camerounaises. La BVMAC avait auparavant demandé des éclaircissements avant de poursuivre l’examen du dossier. L’étape annoncée le 26 octobre montre que le processus avance, mais la réserve liée à la COSUMAF demeure. Le cas rappelle que l’accès au marché repose à la fois sur les infrastructures communes et sur l’examen des risques propres à chaque émetteur.

Pour la région, les prochaines étapes à surveiller sont donc concrètes : l’aboutissement de la sélection informatique de la BEAC, la clarification des modalités de démarrage du DCU, le règlement des arriérés et la position de la COSUMAF sur Renaprov. Leur évolution dira si les engagements régionaux se traduisent en services utilisables par les émetteurs et les investisseurs des six pays.