Quand une sous-station électrique tombe en panne au Soudan, les conséquences dépassent largement le quartier plongé dans le noir. L’eau, les soins et les activités économiques dépendent eux aussi d’un réseau que la guerre met désormais sous pression dans plusieurs régions.

Un réseau fragilisé sur plusieurs fronts

Le 26 octobre 2026, des frappes de drones ont endommagé cinq sous-stations dans le centre et le sud-est du pays, selon la compagnie publique Sudan Electricity Holding Company. Les installations touchées se trouvent à Sinja, Al-Hawata, Al-Fao, Mashkour et Al-Junaid. Le lendemain, une nouvelle attaque a visé une station à Omdurman, près de Khartoum, et provoqué des coupures dans la capitale, rapporte le média soudanais Sudan Tribune.

Les premières attaques ont perturbé l’approvisionnement dans les États de Sennar, d’Al-Qadarif, du Nil-Blanc et d’Al-Jazirah. L’opérateur affirme que les dommages menacent aussi la stabilité du réseau national. Des équipes techniques ont été envoyées sur place pour évaluer les dégâts et rétablir le courant. Aucun calendrier de réparation n’a été annoncé dans les informations disponibles.

La compagnie attribue les frappes aux Forces de soutien rapide (FSR), le groupe paramilitaire en guerre contre l’armée soudanaise depuis avril 2023. Cette attribution est celle de l’entreprise publique. Les informations consultées ne font pas état d’une revendication publique des FSR. L’agence Reuters et le média soudanais Sudan Tribune rapportent également les dégâts et les zones touchées, mais les circonstances des frappes restent à établir de manière indépendante.

Le 27 octobre, la panne a également touché des secteurs de Khartoum et d’Omdurman. Ce nouvel épisode montre que les dégâts ne se limitent pas aux zones rurales ou aux lignes de front. Les coupures peuvent affecter aussi bien les habitants que les services urbains, déjà confrontés à la dégradation des infrastructures.

Des conséquences qui dépassent la fourniture d’électricité

Une sous-station transforme et distribue l’électricité vers les lignes locales. Lorsqu’elle est hors service, l’impact peut s’étendre bien au-delà de son emplacement. Les stations de pompage et de traitement de l’eau, les hôpitaux, les boulangeries et les commerces ont besoin d’une alimentation régulière ou de générateurs et de carburant. Une panne prolongée peut donc interrompre plusieurs services à la fois.

L’effet concret dépend des moyens disponibles. Les ménages équipés d’un générateur peuvent parfois maintenir certains appareils en fonctionnement, à condition de trouver du carburant. Les familles sans solution de secours, les patients dépendant d’équipements médicaux ou de médicaments réfrigérés et les petites entreprises sont plus directement exposés. Dans les zones agricoles, le pompage de l’eau et le stockage des produits peuvent aussi être perturbés.

La situation électrique était déjà précaire avant ces frappes. Selon les données de la Banque mondiale, 66 % de la population avait accès à l’électricité en 2024. Cette moyenne nationale ne décrit toutefois ni la continuité du service, ni les écarts entre villes et campagnes. Elle donne une indication du nombre de personnes susceptibles de subir les effets d’un réseau qui se détériore, sans mesurer directement l’impact des dernières attaques.

Électricité et pétrole, deux infrastructures liées

La guerre a déjà désorganisé l’approvisionnement en pétrole et en carburant. La raffinerie d’Al-Jaili, près de Khartoum, a cessé de fonctionner après le début du conflit. Sa capacité nominale était de 100 000 barils par jour, mais ce chiffre correspond à sa capacité de traitement, pas à sa production actuelle. L’installation a été endommagée au cours des combats, et son état complique la relance de l’activité.

Le réseau pétrolier relie également le Soudan du Sud, pays enclavé, aux terminaux d’exportation de Port-Soudan sur la mer Rouge. Les interruptions et les risques pesant sur les infrastructures soudanaises ont des conséquences au-delà de la frontière. En novembre 2025, les exportations sud-soudanaises avaient repris après une interruption provoquée par des attaques contre des installations de traitement au Soudan, selon des déclarations officielles relayées par l’Associated Press.

Le pétrole et l’électricité ne forment pas deux dossiers séparés. Les installations énergétiques ont besoin de courant, de carburant, de pièces et de personnel pour fonctionner. Lorsque plusieurs maillons sont frappés ou inaccessibles, les réparations deviennent plus difficiles et les coûts de transport augmentent. L’État, les entreprises et les habitants se disputent alors des ressources rares, tandis que les revenus liés aux hydrocarbures et au transit sont fragilisés.

Un enjeu régional et civil

Le Soudan a repris sa pleine participation à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) le 9 février 2026, après une période de retrait. Cette organisation régionale rassemble notamment le Soudan et le Soudan du Sud. La sécurisation des infrastructures énergétiques concerne donc aussi leur coopération économique et les flux de pétrole qui traversent le territoire soudanais. La reprise de la participation soudanaise a été confirmée par l’IGAD.

Pour les habitants, l’enjeu immédiat reste la durée des coupures et la capacité des équipes à remettre les équipements en service. Pour les autorités et les entreprises, il s’agit de maintenir un réseau fragmenté dans un contexte où des installations civiles sont exposées aux opérations militaires. Les épisodes de Sinja, Al-Jazirah et Omdurman rendent aussi plus complexe toute planification de la reconstruction.

Les prochaines informations à surveiller concernent le rétablissement du courant dans les quatre États touchés, l’état des postes endommagés et la poursuite des attaques contre les infrastructures. À l’échelle régionale, la continuité des flux pétroliers entre le Soudan du Sud et Port-Soudan reste un indicateur concret des répercussions économiques de la guerre. L’électricité, elle, mesure déjà la capacité des services essentiels à tenir malgré la dégradation du réseau.