En République démocratique du Congo, l’épidémie d’Ebola progresse bien au-delà de son foyer initial. Au 25 octobre 2026, les autorités congolaises comptabilisaient 10 060 cas confirmés et 4 887 décès. Le défi ne se limite plus à soigner les malades : il faut aussi retrouver les chaînes de transmission dans des régions vastes, mobiles et parfois difficiles d’accès.

Une épidémie qui a changé d’échelle

Le virus Bundibugyo, une souche rare d’Ebola, a été détecté en mai 2026 dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays. Les autorités ont alors déclaré la 17e épidémie d’Ebola en RDC. Depuis, le virus a touché huit provinces. L’Ituri reste le principal foyer, mais la transmission s’est étendue notamment au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Haut-Uélé, au Bas-Uélé, au Sud-Ubangi, au Nord-Ubangi et à la Tshopo.

Le bilan de 10 060 cas et 4 887 décès, rapporté à partir des données congolaises arrêtées au 25 octobre, est également repris par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Il correspond à une létalité proche de 49 %. Ce ratio décrit la part des décès parmi les cas confirmés ; il ne mesure pas le risque individuel pour chaque habitant. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe cette flambée comme la plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée en RDC, toutes souches confondues.

La propagation dépasse désormais les frontières congolaises. Des cas liés à l’épidémie ont été signalés en Ouganda, au Kenya et au Nigeria. L’Ouganda a déclaré la fin de son épisode le 27 août, tandis que des contaminations ont été confirmées au Kenya et au Nigeria en octobre. La circulation des personnes entre pays rend la surveillance régionale essentielle, sans que chaque cas détecté à l’étranger signifie nécessairement une transmission locale durable.

Une souche sans vaccin homologué

Le Bundibugyo complique la riposte médicale. À la différence de la souche Zaïre, contre laquelle des outils spécifiques ont été développés, aucun vaccin ni traitement ciblant spécifiquement le virus Bundibugyo n’est actuellement approuvé. Les équipes s’appuient donc sur le dépistage, l’isolement, les soins de soutien, le suivi des contacts et la prévention des infections dans les centres de santé.

Un essai clinique de phase 2/3 sur des candidats vaccins a toutefois commencé à Bunia le 23 octobre. Il doit produire des données pour évaluer leur sécurité et leur efficacité potentielle. Le lancement de cet essai constitue une étape de recherche, pas la disponibilité immédiate d’un vaccin pour la population.

La transmission se fait par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée ou des surfaces contaminées. Les symptômes précoces ressemblent à ceux d’autres maladies fréquentes, comme le paludisme. Sans test de laboratoire, cette ressemblance peut retarder l’identification des cas. Les soins rapides, l’isolement adapté et des enterrements sûrs contribuent à limiter les contaminations.

La confiance et l’accès aux soins, au cœur de la riposte

En Ituri et dans d’autres provinces touchées, la lutte contre Ebola se déroule dans des territoires marqués par l’insécurité, des déplacements de population et des infrastructures de transport inégales. Ces facteurs compliquent l’acheminement des équipes, des prélèvements et du matériel. Ils pèsent aussi sur l’accès aux soins courants, notamment lorsque les centres sont mobilisés pour répondre à l’épidémie.

Le suivi des contacts reste un indicateur crucial. Si des personnes malades ne sont pas identifiées à temps, les équipes ne peuvent pas surveiller leurs proches et intervenir rapidement. Les autorités et les partenaires sanitaires doivent donc travailler avec les communautés, expliquer les mesures et répondre aux préoccupations des familles. La confiance facilite le signalement des symptômes et l’accès aux soins ; elle ne se décrète pas.

Les habitants des zones rurales et isolées peuvent rencontrer des obstacles différents de ceux des centres urbains : distance des structures médicales, routes difficiles ou délais de diagnostic. Pour les soignants, la protection contre l’infection et la disponibilité des équipements restent déterminantes. À Kinshasa, les autorités nationales coordonnent la réponse, mais l’essentiel du travail opérationnel se joue dans les provinces touchées.

Une réponse qui dépasse les frontières congolaises

La RDC partage avec ses voisins des frontières, des axes commerciaux et des mobilités quotidiennes. Le Kenya et le Nigeria ont activé des mesures de surveillance et de suivi des contacts après la détection de cas importés. L’OMS appelle les pays de la région à renforcer les laboratoires, le repérage rapide des cas et la coordination transfrontalière. Elle ne recommande pas de restrictions générales de voyage ou de commerce.

Pour l’Union africaine et les organismes de santé du continent, l’enjeu est aussi de consolider une capacité de réponse régionale : partager les alertes, acheminer les tests et soutenir les systèmes nationaux avant que de nouveaux foyers ne s’installent. La coopération ne remplace pas les responsabilités des États, mais une épidémie qui franchit les frontières ne peut être contenue par un seul pays.

Les prochaines étapes à suivre sont l’évolution des nouveaux cas en RDC, les résultats de l’essai vaccinal lancé à Bunia et le contrôle des chaînes de transmission au Kenya et au Nigeria. Le franchissement du seuil des 10 000 cas mesure l’ampleur de la crise. La capacité à détecter tôt les infections, à soigner sans délai et à maintenir la confiance déterminera la suite de la riposte.

Les bilans et la situation régionale sont recoupés par les informations de l’OMS sur l’épidémie de Bundibugyo, le suivi du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et les bulletins régionaux de l’OMS Afrique.