À Lomé comme dans les autres régions du Togo, le téléphone sert de plus en plus à faire circuler de l’argent. Mais le nombre de portefeuilles ouverts ne dit pas, à lui seul, combien de personnes les utilisent réellement ni dans quelle mesure ces services répondent à leurs besoins.

Les données publiées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) montrent un contraste : les transactions togolaises progressent, mais moins vite que dans l’ensemble de l’Union. En revanche, la part des comptes récemment utilisés est particulièrement élevée. Ce décalage invite à regarder au-delà du seul montant échangé.

Une progression togolaise plus modérée que celle de l’Union

En 2025, les opérations de monnaie électronique au Togo ont atteint 4 435,3 milliards de francs CFA, soit une hausse d’environ 7,9 % par rapport à 2024. Leur nombre s’est établi à 409,7 millions. Ces chiffres figurent dans le tableau de bord 2025 de l’inclusion financière de la BCEAO, publié le 20 octobre 2026.

À l’échelle de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui regroupe huit pays partageant notamment le franc CFA et une banque centrale commune, la valeur des transactions a progressé de 39,7 %, pour atteindre 219 151 milliards de francs CFA. Les services de monnaie électronique y ont enregistré 16,37 milliards d’opérations. Le Togo représente 2,02 % de la valeur et 2,5 % du nombre d’opérations de l’Union.

Il faut interpréter ces sommes avec prudence. Elles additionnent les mouvements effectués, et non les soldes présents sur les comptes ou les revenus des opérateurs. Une même somme peut être déposée, transférée, puis retirée : chaque étape compte comme une opération distincte.

Des comptes utilisés, mais pas autant d’utilisateurs identifiés

Le principal signal distinctif du Togo concerne l’activité des portefeuilles électroniques. Sur 10,45 millions de comptes recensés en 2025, près de 5,69 millions ont été classés comme actifs, soit 54,48 %. La BCEAO considère actif un compte ayant réalisé au moins une transaction au cours des 90 derniers jours.

Ce taux place le Togo au deuxième rang de l’UEMOA, derrière la Guinée-Bissau, à 60,67 %, et devant le Burkina Faso, à 50,36 %. La moyenne régionale s’élève à 32,56 %. Le pays concentre ainsi 6,14 % des comptes actifs de l’Union, alors qu’il représente 3,67 % de l’ensemble des comptes ouverts.

Ces proportions ne correspondent toutefois pas au nombre de personnes concernées. Une même personne peut détenir plusieurs portefeuilles, parfois auprès de différents prestataires. Les données mesurent donc l’usage récent des comptes, pas le nombre de Togolais qui accèdent effectivement à ces services, ni la fréquence ou la valeur de leurs transactions.

Cette distinction importe pour évaluer l’inclusion financière : ouvrir un compte ne garantit ni son utilisation régulière ni un accès adapté à tous. Les chiffres agrégés ne détaillent pas non plus les écarts entre Lomé, les autres villes et les zones rurales, ou entre les personnes disposant d’un revenu régulier et celles dont l’activité relève davantage de l’économie informelle.

Le portefeuille mobile reste lié aux espèces

La répartition des opérations montre que le mobile money ne remplace pas simplement les espèces. En 2025, les rechargements de portefeuilles ont représenté 1 332,6 milliards de francs CFA, pour 98,1 millions d’opérations. Les retraits ont atteint 1 292,3 milliards, à travers 81,6 millions d’opérations. Ensemble, ces deux catégories pèsent près de 59,2 % de la valeur recensée.

Les transferts entre particuliers ont totalisé 1 258,8 milliards de francs CFA et 73,4 millions d’opérations. Parmi eux, les mouvements entre comptes bancaires de particuliers et portefeuilles électroniques ont représenté 207,1 milliards de francs CFA, répartis sur 2,32 millions de transactions.

Cette structure décrit un service qui relie encore largement les paiements numériques au cash. Pour les usagers, le portefeuille facilite le transfert et la conservation temporaire d’une somme ; les dépôts et retraits restent néanmoins des étapes centrales. Les chiffres ne permettent pas, à eux seuls, de conclure sur le coût des opérations, la qualité de la couverture du réseau ou la protection des clients.

Un enjeu partagé dans l’espace ouest-africain

La progression des usages s’inscrit dans un chantier régional. En avril 2025, le Conseil des ministres de l’UMOA a adopté une stratégie d’inclusion financière pour la période 2025-2030. La BCEAO y identifie notamment l’adaptation de la supervision aux innovations, le développement de services responsables et la protection des consommateurs. Ces priorités concernent aussi bien les portefeuilles mobiles que les banques et les autres prestataires financiers.

Pour le Togo, les résultats de 2025 signalent une utilisation élevée des comptes, mais aussi un marché dont la valeur progresse plus lentement que celle de l’Union. Ils ne suffisent pas à expliquer cette différence : les volumes, la structure des économies nationales et les catégories d’opérations ne sont pas identiques d’un pays à l’autre.

La suite dépendra donc moins du seul nombre de comptes ouverts que de la capacité des services à répondre à des usages variés, à assurer des passerelles fiables entre portefeuilles et banques, et à protéger les clients. Le tableau de bord de la BCEAO fournit un repère régional ; il ne remplace pas des données nationales plus fines sur les tarifs, l’accès territorial et les profils des utilisateurs. C’est à cette échelle que l’on pourra mesurer si l’activité numérique élargit réellement l’accès aux services financiers au Togo.