À Kinshasa, l’enjeu d’un nouvel outil de paiement ne se résume pas à acheter sans disposer immédiatement de toute la somme. Il tient aussi à une question concrète : comment protéger les versements d’un client qui attend plusieurs semaines avant de recevoir son bien ? C’est l’un des points que devra éclaircir Molo Molo Pay si son projet d’implantation en République démocratique du Congo aboutit.
Un projet encore au stade des discussions
La fintech ivoirienne explore le marché congolais et a engagé des échanges avec de possibles partenaires à Kinshasa. Son fondateur et directeur général, Oussoumanou Sehou, s’est rendu dans la capitale pour rencontrer des acteurs des secteurs entrepreneurial, financier et technologique. À ce stade, aucune date de lancement, aucun investissement annoncé et aucun partenaire local confirmé ne sont connus.
Le principe envisagé est simple : le client choisit un article auprès d’un commerçant partenaire et en règle le prix en plusieurs versements. Il reçoit le produit après paiement intégral, en retrait ou par livraison selon les modalités prévues. La plateforme présente donc le dispositif comme un achat prépayé, et non comme un crédit permettant d’emporter le bien immédiatement puis de rembourser plus tard.
Le service a été officiellement lancé en Côte d’Ivoire le 1er avril 2025. L’entreprise revendique plus d’un million d’utilisateurs dans ce pays. Ce chiffre vient de la société et ne permet pas, à lui seul, de mesurer le nombre de clients actifs, d’achats finalisés ou la valeur des transactions. Il ne préjuge pas non plus de l’accueil que le modèle recevrait en RDC.
Un paiement fractionné, sans avance de crédit
Le système s’adresse notamment aux personnes qui perçoivent des revenus irréguliers ou à intervalles rapprochés. Au lieu d’attendre d’avoir réuni toute la somme, elles peuvent répartir le paiement dans le temps. En Côte d’Ivoire, le catalogue présenté par l’entreprise comprend notamment des téléphones, des meubles, de l’électroménager et des motos.
Cette formule peut aider à planifier une dépense importante sans contracter un emprunt classique. Mais l’absence de crédit ne signifie pas l’absence de risque. Tant que le montant total n’est pas versé, le consommateur n’a pas le produit et ses paiements restent immobilisés dans le parcours d’achat. Une annulation, un retard de livraison ou un différend avec le vendeur peut donc peser différemment sur un ménage aux ressources limitées.
Les conditions publiées pour le marché ivoirien prévoient des frais fixes de 1 000 francs CFA à la création d’une commande. Elles mentionnent aussi des frais équivalant à 10 % des sommes déjà payées si l’utilisateur change de produit ou de commerçant. Elles encadrent par ailleurs le remboursement en espèces des sommes versées. Ces règles concernent l’offre ivoirienne : aucune grille tarifaire applicable en RDC n’a été annoncée.
La confiance dépendra aussi du cadre local
Pour les clients congolais, plusieurs éléments restent à préciser : qui détiendra les fonds versés, comment ils seront protégés, dans quels cas un remboursement sera possible et quel recours existera en cas de litige. Il faudra également connaître les règles de livraison, les délais de paiement et les responsabilités respectives de la plateforme et des commerçants.
Ces questions comptent dans un marché où les paiements numériques reposent déjà sur des banques, des opérateurs de monnaie électronique et des prestataires spécialisés. Le registre de la Banque centrale du Congo (BCC), arrêté au 15 juillet 2026, recense 48 prestataires de services connexes agréés. Selon les fonctions exercées par Molo Molo Pay — notamment si elle encaisse ou transfère des paiements — son activité pourrait nécessiter un agrément ou le recours à des partenaires autorisés. La BCC précise que les opérateurs de systèmes de paiement et certains prestataires doivent obtenir une autorisation préalable.
La fintech n’a annoncé ni agrément congolais ni accord avec un acteur financier local. Les discussions en cours devront donc déboucher sur un modèle compatible avec les règles nationales, mais aussi compréhensible pour les utilisateurs. Pour les commerçants, l’intérêt potentiel serait de toucher des clients qui ne peuvent pas payer comptant. En contrepartie, il faudra clarifier le versement des fonds au vendeur, la disponibilité réelle des produits et la gestion des commandes interrompues.
Une expansion à mesurer au-delà des inscriptions
La trajectoire ivoirienne offre un premier repère, pas une garantie de réussite en RDC. Les usages, les moyens de paiement disponibles et les réseaux de commerçants diffèrent d’un pays à l’autre. Le nombre d’inscriptions revendiqué en Côte d’Ivoire devra aussi être distingué d’indicateurs plus révélateurs : achats menés à terme, montants concernés, délais de remise des articles et fréquence des remboursements ou réclamations.
À l’échelle régionale, ce projet illustre la circulation croissante des solutions numériques entre marchés africains. Il rappelle aussi que l’innovation financière ne se limite pas à la technologie : la qualité des partenariats, la transparence des frais et la protection des clients conditionnent l’adoption. En RDC, la prochaine étape décisive sera la publication de modalités concrètes et la confirmation de partenaires locaux, sous le regard du régulateur.
Sources consultées : présentation et chiffres publiés par Molo Molo Pay, conditions de la marketplace ivoirienne, registre des prestataires agréés de la Banque centrale du Congo, règles de la BCC sur les autorisations des prestataires de paiement, couverture indépendante du projet d’expansion en RDC.