À Springs, l’électricité produite sur les toits d’un marché municipal doit bientôt rejoindre le réseau de la ville. L’enjeu dépasse ce site : Ekurhuleni cherche à diversifier ses fournisseurs sans financer elle-même la construction de chaque nouvelle centrale.

Un projet local, financé par un producteur indépendant

BluEnergy, filiale du groupe sud-africain Blu Label Unlimited, et son partenaire IBS Crafts développent une centrale solaire de 25,6 MWc au marché de produits frais de Springs. Le site se trouve dans la municipalité métropolitaine d’Ekurhuleni, dans la province du Gauteng. Le chantier a été lancé le 22 octobre 2026, selon les informations publiées sur le projet.

L’investissement annoncé atteint 360 millions de rands, financés par le producteur indépendant d’électricité. La centrale utilisera les toitures du marché et des terrains inoccupés. Une fois opérationnelle, elle devrait produire environ 40 GWh par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de quelque 6 000 ménages, selon les promoteurs.

Ekurhuleni achètera cette électricité dans le cadre d’un contrat de fourniture de vingt ans. Elle sera injectée dans le réseau municipal. Ce dispositif ne signifie donc pas que le marché ou les ménages voisins recevront directement toute l’énergie produite : l’électricité alimentera le réseau de la ville, qui la distribuera selon son fonctionnement.

La municipalité ne règle pas le coût de construction à l’avance. En revanche, elle s’engage à acheter l’électricité pendant la durée du contrat. Le modèle déplace ainsi une partie du financement initial vers le privé, tout en créant pour la ville une obligation d’achat à long terme. Les tarifs, les clauses de performance et les conditions de raccordement restent déterminants pour mesurer le coût réel de l’opération.

Une autorisation plus large, mais pas encore 2 400 MW disponibles

Le projet de Springs s’inscrit dans un programme municipal beaucoup plus vaste. Le 19 octobre, le ministre sud-africain de l’Électricité et de l’Énergie, Kgosientsho Ramokgopa, a annoncé l’autorisation donnée à Ekurhuleni d’acquérir jusqu’à 2 400 MW auprès de producteurs indépendants. Cette décision réglementaire lève un obstacle à la conclusion de contrats, mais ne signifie pas que cette capacité est déjà construite ou raccordée.

La répartition annoncée comprend 1 237 MW de solaire, 780 MW de production au gaz, 183 MW issus de la valorisation des déchets et 200 MW destinés à des technologies innovantes. Une grande partie de la capacité solaire, soit 1 137 MW, doit être implantée dans les limites de la municipalité. Les projets devront encore franchir les étapes de financement, de construction et de raccordement.

Deux sources sud-africaines indépendantes rapportent cette autorisation et sa composition : Eyewitness News et Engineering News via Polity. Ce dernier précise que la ville avait retenu 75 producteurs dans deux procédures d’appel d’offres, mais que l’autorisation ministérielle était nécessaire pour faire avancer les contrats envisagés.

Pour les habitants et les entreprises, l’exécution sera décisive

Pour la municipalité, l’objectif est de réduire la dépendance à Eskom, le fournisseur national, et de diversifier son approvisionnement. Une production installée à proximité peut aussi contribuer à l’activité économique locale. Le chantier de Springs devrait créer des emplois temporaires, puis quelques postes liés à l’exploitation et à la maintenance. Les retombées dépendront toutefois du calendrier, des recrutements et des achats effectués dans la région.

Les bénéfices ne sont pas automatiques pour les usagers. L’effet sur les tarifs dépendra notamment du prix convenu, de la fiabilité de la centrale et de la capacité du réseau municipal à intégrer cette production. Il faudra également suivre la manière dont la ville répercute ses coûts d’achat sur les factures et protège ses recettes, qui financent d’autres services essentiels.

La municipalité avait engagé la sélection de producteurs avant l’autorisation d’octobre, mais le cadre réglementaire et financier devait encore permettre aux projets d’atteindre la clôture financière. En mai 2026, Ekurhuleni présentait un mécanisme de compte séquestre destiné à faciliter le financement des installations. La municipalité indiquait alors que les producteurs retenus pouvaient s’appuyer sur ce dispositif pour avancer vers la mise en œuvre.

Un test pour les villes sud-africaines et la région

Cette évolution accompagne la réforme du secteur électrique sud-africain. Le pays veut ouvrir davantage la production et les échanges à plusieurs acteurs, tout en maintenant un réseau interconnecté. Pour Ekurhuleni, grande zone urbaine et industrielle du Gauteng, l’expérience met à l’épreuve une question concrète : une municipalité peut-elle sécuriser de nouvelles sources d’énergie sans fragiliser ses finances ni la continuité du service ?

Le précédent de Springs sera observé par d’autres villes d’Afrique du Sud, alors que des municipalités comme Le Cap et eThekwini ont également obtenu des autorisations pour diversifier leurs achats. À l’échelle régionale, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) cherche à renforcer les échanges d’électricité entre ses membres. Mais un contrat municipal sud-africain ne règle pas, à lui seul, les contraintes transfrontalières de production et de transport.

Les prochaines étapes sont donc plus parlantes que les annonces de capacité : bouclage du financement, travaux, raccordement et livraison effective des premiers mégawattheures. Pour Ekurhuleni, la centrale de Springs donnera une première mesure de la capacité du partenariat public-privé à transformer une autorisation réglementaire en électricité utile au réseau.