Une récolte record ne garantit pas à elle seule que les familles auront accès au maïs au bon moment. En Zambie, le gouvernement veut profiter de l’abondance actuelle pour renforcer les réserves et payer les producteurs, alors que la prochaine saison des pluies s’annonce incertaine.
Des récoltes abondantes, mais un risque pour la saison suivante
La Zambie sort de deux saisons de reprise après la sécheresse de 2023-2024, qui avait réduit les récoltes et contraint le pays à importer du maïs. Pour la campagne 2025-2026, la production nationale de maïs est estimée à près de 4,94 millions de tonnes, un record, en hausse de 27,8 % sur un an. Cette estimation du ministère de l’Agriculture a été présentée à Lusaka en mai.
Mais cette performance ne supprime pas le risque climatique. Le département météorologique zambien a publié ses prévisions pour la saison 2026-2027. FEWS NET, réseau de suivi de la sécurité alimentaire, anticipe des pluies irrégulières et inférieures à la normale dans certaines zones, notamment au sud et à l’ouest, sous l’influence d’un épisode El Niño très marqué.
El Niño est une phase de réchauffement périodique des eaux du Pacifique qui peut modifier les régimes de pluie à l’échelle mondiale. Ses effets varient selon les régions. En Afrique australe, une installation tardive des pluies peut compliquer les semis et réduire les rendements, surtout pour les exploitations dépendantes de la pluie.
Le budget d’urgence doit aussi régler les achats de maïs
Le 22 octobre, le ministre des Finances et de la Planification nationale, Situmbeko Musokotwane, a présenté au Parlement une demande de dépenses supplémentaires de 19,9 milliards de kwachas pour 2026. Le texte doit encore être examiné par la commission parlementaire compétente avant décision de l’Assemblée nationale.
La part principale, 14,7 milliards de kwachas, servirait à payer les producteurs ayant livré leur maïs à la Food Reserve Agency (FRA), l’agence publique chargée des réserves alimentaires. Selon le ministre, la FRA a acheté 2,7 millions de tonnes en 2026, contre un objectif initial de 500 000 tonnes. Le ministère de l’Agriculture recevrait au total 15,8 milliards, dont 1,1 milliard destiné au programme de soutien aux intrants agricoles pour la campagne 2026-2027.
Le gouvernement présente ces achats comme un moyen de constituer des stocks avant une période de soudure possible en 2027. La demande de financement répond toutefois à deux objectifs liés, mais distincts : consolider les réserves publiques et honorer les paiements dus aux agriculteurs. Les chiffres du budget et des achats ont été rapportés séparément par plusieurs médias zambiens, dont le quotidien public Zambia Daily Mail et le média indépendant News Diggers.
Entre soutien aux producteurs et coût pour les finances publiques
L’intervention de la FRA peut offrir un débouché aux producteurs lorsque l’abondance des récoltes pèse sur les prix. Elle concerne particulièrement les agriculteurs qui ont vendu leur maïs à l’agence. Mais le volume acheté dépasse largement la cible budgétée : l’État doit donc trouver de nouvelles ressources pour financer ses engagements.
Le gouvernement propose de lever 18 milliards de kwachas par emprunt sur le marché intérieur. Le solde viendrait notamment de recettes supplémentaires, de fonds de partenaires et d’économies sur le service de la dette extérieure. Ce choix crée un enjeu de gestion budgétaire : il faut payer les producteurs et préparer la prochaine saison sans alourdir excessivement le coût du financement public.
La sécurité alimentaire ne se résume pas au tonnage stocké. Elle dépend aussi du transport, des capacités de stockage, de l’accès aux semences et aux engrais, ainsi que du prix auquel les ménages peuvent acheter le maïs. Dans les campagnes, une mauvaise installation des pluies peut réduire les revenus agricoles. En ville, les variations du prix de la farine de maïs pèsent directement sur le budget des familles.
Un enjeu qui dépasse les frontières zambiennes
La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui coordonne notamment les réponses aux enjeux agricoles et climatiques. Les conditions de production peuvent varier fortement d’un pays voisin à l’autre. Les prévisions de sécheresse dans certaines parties de l’Afrique australe rendent donc importants les échanges régionaux, sans pour autant garantir que les surplus d’un pays compenseront les déficits d’un autre.
Le précédent de 2024 reste proche : la sécheresse avait révélé la vulnérabilité des approvisionnements et conduit à des achats à l’étranger. La récolte actuelle améliore la marge de manœuvre de Lusaka, mais la constitution de stocks ne suffit pas si les paiements tardent ou si les pluies perturbent les semis. Le Parlement doit maintenant examiner le financement proposé. Les prochaines données à suivre seront l’évolution des pluies, le rythme des paiements aux producteurs et la capacité de la FRA à gérer les volumes achetés.
À l’échelle régionale, l’expérience zambienne illustre un défi commun : transformer une bonne récolte ponctuelle en protection durable contre les chocs climatiques et les fluctuations du marché. La façon dont les autorités équilibreront réserves publiques, débouchés agricoles et endettement donnera une indication concrète de cette préparation.