Le Botswana veut convertir une partie de sa richesse minière en activités capables de durer au-delà du diamant. Le défi n’est pas seulement de réunir des capitaux : il faudra les investir dans des entreprises et des emplois qui résistent aux cycles du marché.
Un fonds au moment où les recettes se contractent
Le 21 octobre 2026, De Beers a transféré un milliard de pulas au Diamonds for Development Fund, un fonds créé avec l’État botswanais pour soutenir la diversification économique. Le versement, annoncé par le groupe et relayé par le média public botswanais DailyNews, marque le passage du dispositif à sa prochaine phase : définir sa stratégie, son plan d’affaires et ses premiers programmes. Le média public DailyNews détaille le lancement de la mise en œuvre. De Beers confirme le transfert initial d’un milliard de pulas.
Le fonds est présidé par Akinwumi Adesina, ancien dirigeant de la Banque africaine de développement (BAD), qu’il a dirigée de 2015 à 2025. Son conseil compte dix membres indépendants, selon DailyNews. La présence de cette instance et la mise en place de la gouvernance précèdent toutefois les décisions concrètes sur les projets à financer. À ce stade, aucun bénéficiaire ni objectif chiffré de résultats n’a été annoncé publiquement.
Cette initiative prolonge les accords conclus en février 2025 entre Gaborone et De Beers, partenaire de longue date du pays dans l’extraction et la vente de diamants. La coentreprise Debswana, détenue par l’État et De Beers, produit la majeure partie des diamants botswanais. Le fonds doit utiliser la richesse tirée de cette industrie pour attirer d’autres capitaux et soutenir des activités hors du secteur minier.
Une dépendance devenue coûteuse
Depuis l’indépendance, en 1966, les revenus du diamant ont contribué au financement des infrastructures et des services publics du Botswana. Mais cette ressource pèse lourd dans l’économie : les diamants représentent environ 80 % des exportations et près d’un tiers des recettes publiques, selon les chiffres repris dans la matière disponible. Une telle concentration expose le budget de l’État, les entreprises et les travailleurs aux variations de la demande mondiale.
Le ralentissement du marché a déjà pesé sur l’activité. La Banque mondiale estime que l’économie s’est contractée de 2,8 % en 2024, puis de 0,7 % en 2025. Le FMI, dans son évaluation de 2025, donne une estimation différente pour 2024, soit une contraction de 3 %, et anticipait un nouveau recul en 2025. Ces chiffres ne sont donc pas identiques selon les institutions et leurs séries ; ils convergent néanmoins sur deux années de contraction liées notamment au recul du secteur diamantaire. La Banque mondiale analyse la contraction et les difficultés de diversification. Le FMI présente son évaluation économique du Botswana.
La baisse de la demande pour les diamants naturels, la concurrence des pierres produites en laboratoire et la faiblesse de certains marchés d’exportation compliquent la reprise. Le problème dépasse les comptes publics. Lorsque l’activité minière ralentit, les fournisseurs locaux, les commerces et les salariés liés à la chaîne du diamant peuvent aussi en subir les effets. À l’inverse, une diversification réussie pourrait créer des débouchés dans d’autres secteurs et réduire l’exposition des finances nationales à une seule matière première.
Du capital ne suffit pas à créer des entreprises
Le fonds se distingue du Pula Fund, mécanisme de réserves géré par la Banque du Botswana et destiné à placer une partie des ressources financières du pays. Le nouveau dispositif doit, lui, orienter des investissements vers l’économie nationale. Sa contribution initiale est donc un point de départ, pas une garantie de nouveaux emplois ni de rendements économiques.
Le financement reste en partie lié aux résultats de l’industrie qu’il veut aider le pays à dépasser. Les contributions futures de De Beers doivent notamment provenir de dividendes associés à Debswana. Si les ventes et la production restent faibles, les apports issus de cette source pourraient être limités. Le fonds devra donc attirer des investisseurs botswanais et étrangers, tout en établissant des règles transparentes de sélection et de suivi des projets.
Les obstacles se situent aussi au-delà du financement. Une étude du FMI identifie notamment l’accès au crédit et au foncier, ainsi que la fiabilité de l’approvisionnement électrique, parmi les freins au développement des entreprises. Ces contraintes ne touchent pas tous les acteurs de la même façon : une grande société établie à Gaborone n’a pas les mêmes moyens qu’une jeune entreprise ou qu’une activité située loin des principaux centres urbains. Si les financements se concentrent sur quelques opérateurs déjà bien installés, le fonds risque de soutenir moins largement l’emploi et la production locale. L’étude du FMI examine les obstacles auxquels font face les entreprises botswanaises.
Un enjeu qui dépasse Gaborone
Le choix intervient dans une séquence politique importante. En 2024, le Botswana a connu une alternance après la victoire de l’opposition, mettant fin à près de six décennies de gouvernement du Parti démocratique du Botswana. La nouvelle équipe, conduite par Duma Boko, doit répondre à la contraction économique tout en maintenant les services et les investissements publics. Le fonds peut contribuer à cette stratégie, mais ses effets dépendront de la qualité des projets, de leur gouvernance et de leur capacité à produire des activités commercialement viables.
À l’échelle régionale, le Botswana est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des pays voisins autour de la coopération et de l’intégration économique. Une économie botswanaise moins dépendante du diamant pourrait élargir les échanges régionaux et les débouchés pour des fournisseurs et producteurs locaux. Mais les résultats ne sont pas automatiques : ils dépendront aussi des infrastructures, de l’accès aux marchés et de la capacité des entreprises à exporter.
Pour les Botswanais, le test sera concret : les investissements financeront-ils des entreprises productives, des emplois durables et une activité répartie au-delà du seul secteur minier ? Le milliard de pulas donne au fonds une première mise. La prochaine étape sera de publier ses règles, ses priorités et ses résultats, afin que cette richesse issue du diamant se traduise en capacités économiques nouvelles.