À Accra comme dans les régions éloignées du littoral, le prix affiché à la pompe dépend aussi de la distance parcourue par le carburant. Au Ghana, une réforme de la régulation pétrolière pourrait donc toucher à la fois l’équilibre du marché et le coût supporté par les consommateurs.
Un cadre légal ancien face à un marché qui évolue
La National Petroleum Authority (NPA), l’autorité ghanéenne chargée de réguler le secteur pétrolier en aval — le stockage, le transport et la vente des produits — veut actualiser la loi qui organise ses missions. Le texte concerné, le National Petroleum Authority Act de 2005, porte le numéro Act 691.
Le directeur général de la NPA, Godwin Edudzi Tameklo, a exposé cette volonté le mercredi 21 octobre 2026, lors d’une visite de travail de la commission des comptes publics du Parlement. Il a indiqué qu’un projet de loi modificatif devait être soumis au Parlement. Aucun calendrier précis ni contenu définitif n’a toutefois été communiqué.
La NPA a été créée par cette loi pour encadrer et surveiller les activités pétrolières en aval. Sa révision pourrait ainsi dépasser une simple mise à jour administrative : elle concerne les règles qui structurent un marché essentiel aux déplacements, au transport des marchandises et à de nombreuses activités économiques.
La péréquation au cœur du débat
Parmi les dispositifs susceptibles d’être concernés figure l’Unified Petroleum Price Fund (UPPF). Ce fonds de péréquation prend en compte les frais de transport des carburants afin de contribuer à l’application d’un prix uniforme sur l’ensemble du territoire ghanéen.
Le mécanisme cherche notamment à éviter que les consommateurs des régions éloignées des dépôts ou des grands axes d’approvisionnement supportent seuls des coûts d’acheminement plus élevés. Le nord du Ghana, plus éloigné des principaux points d’entrée et de distribution du carburant, illustre cet enjeu. La NPA souhaite que le cadre légal prenne mieux en compte les différents circuits de transport, de l’approvisionnement primaire à la distribution secondaire.
Cette question ne concerne pas uniquement les automobilistes. Les coûts du carburant entrent dans le prix du transport des personnes et des biens. Ils peuvent donc peser sur les commerçants, les entreprises de livraison et les activités informelles, avec des effets différents selon la région et la capacité de chaque acteur à répercuter les hausses.
Devant les parlementaires, Tameklo a défendu l’idée que les produits pétroliers ne peuvent être traités comme des marchandises ordinaires, dont le prix varierait librement d’une localité à l’autre. Il a comparé cette situation à celle du ciment. Son argument met en lumière le dilemme de la réforme : tenir compte des coûts réels de transport, sans créer de différences territoriales qui annuleraient l’objectif d’un prix accessible et cohérent.
Les contrôles et la transparence en question
La révision intervient également dans un contexte de surveillance accrue du fonds. Un audit du secteur, rapporté en juin 2026, a signalé qu’environ 87,4 millions de litres d’essence distribués en 2025 n’avaient pas été marqués avant leur mise sur le marché. Selon les estimations de l’audit relayées par plusieurs médias ghanéens, cette situation aurait exposé l’UPPF à une perte potentielle de 78,65 millions de cedis.
Le marquage des carburants sert à contrôler les produits et leur circuit de distribution. Mais les chiffres signalés ne constituent pas, à eux seuls, la preuve que la totalité de la perte potentielle s’est effectivement matérialisée. Ils posent plutôt une question de traçabilité : comment vérifier les volumes concernés, leur destination et les sommes dues au fonds ?
Ces constats donnent à la réforme une portée budgétaire et institutionnelle. Il faudra examiner si le futur texte prévoit des contrôles plus précis, des responsabilités mieux définies et des comptes rendus accessibles sur les recettes et les dépenses de l’UPPF. À défaut, une modification des règles de calcul des coûts de transport ne suffirait pas à répondre aux failles de suivi relevées par les auditeurs.
Un enjeu national, avec une résonance régionale
Le Parlement ghanéen devra préciser les modalités de l’examen du projet de loi lorsqu’il lui sera transmis. Les arbitrages attendus portent notamment sur la manière de répartir les frais d’acheminement et sur l’équilibre entre uniformité des prix, transparence financière et viabilité du dispositif.
Pour les consommateurs, l’effet concret dépendra du contenu adopté, et non de la seule annonce d’une réforme. Une péréquation mieux contrôlée pourrait consolider l’accès au carburant dans les zones éloignées. En revanche, des règles imprécises ou des coûts mal évalués risqueraient de déplacer la charge financière entre régions ou catégories d’usagers.
Le dossier concerne aussi l’Afrique de l’Ouest. Le Ghana est membre de la CEDEAO, la communauté économique régionale qui réunit plusieurs pays voisins. La réforme ne fixe pas les règles de leurs marchés nationaux, mais la circulation transfrontalière des produits pétroliers et la lutte contre les détournements rendent la traçabilité importante au-delà des frontières. Le prochain repère sera donc la présentation du projet de loi, puis les débats parlementaires sur le financement et le contrôle du mécanisme de péréquation.