Qui détient les banques qui financent les entreprises, les ménages et les États d’Afrique centrale ? En 2025, la réponse a évolué : les acteurs nationaux ont gagné du terrain, mais les groupes étrangers restent majoritaires parmi les établissements de la sous-région.
Ce changement intervient alors que les banques affichent des bénéfices en hausse, tout en portant davantage de créances difficiles à recouvrer et d’engagements envers les États. La nationalité de l’actionnaire ne dit donc pas, à elle seule, qui aura accès au crédit ni à quelles conditions.
Un secteur commun, six marchés différents
La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) réunit le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. Ces pays partagent notamment le franc CFA émis par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), adossée à la BEAC, supervise les banques de la zone.
Cette architecture régionale n’efface pas les réalités nationales. Le poids des banques, leurs réseaux et leurs actionnaires diffèrent d’un pays à l’autre. Une fusion à Brazzaville ne produit pas les mêmes effets qu’une cession à Yaoundé, même si les deux apparaissent dans les statistiques de la CEMAC.
Autre nuance importante : la COBAC classe comme étranger un groupe installé hors de la CEMAC, même s’il vient d’un autre pays africain. Un groupe nigérian, par exemple, reste extérieur à la zone. « Capitaux étrangers » ne signifie donc pas uniquement capitaux européens.
La part nationale progresse, sans majorité régionale
Dans son rapport annuel 2025, publié le 22 octobre 2026, la COBAC recense 54 banques en activité à la fin de 2025, contre 56 un an plus tôt. Les établissements à capitaux majoritairement étrangers sont passés de 38 à 31. Ils représentent 57,4 % du total, contre 67,9 % à la fin de 2024.
En parallèle, les banques privées à capitaux nationaux sont passées de six à dix. Les établissements à capitaux publics sont montés de douze à treize. Ensemble, les banques classées comme nationales représentent ainsi 42,6 % du nombre d’établissements, contre 32,1 % un an auparavant.
Ces proportions comptent les banques, pas leur poids économique. Elles ne permettent pas de savoir quelle part des dépôts, des actifs ou des crédits revient à chaque catégorie d’actionnaires. Sept banques étrangères de moins ne signifient donc pas automatiquement que le financement de l’économie est passé dans les mêmes proportions sous contrôle national.
Des cessions qui n’ont pas toutes le même sens
Au Cameroun, Société Générale a signé le 15 juillet 2025 un accord prévoyant la cession de ses 58,08 % dans sa filiale locale à l’État. Celui-ci détenait déjà 25,6 % ; sa participation devait atteindre 83,68 % après l’opération. La COBAC a validé la transaction en 2026. Le mouvement relève ici d’une reprise par un actionnaire public camerounais.
La vente des activités de Standard Chartered au groupe nigérian Access Bank raconte une autre histoire. L’acquéreur est africain, mais il est basé hors de la CEMAC : il demeure donc classé parmi les acteurs étrangers dans ces statistiques. L’arrivée d’un groupe panafricain ne se confond pas avec une progression du contrôle national au sens réglementaire.
Au Congo, la fusion-absorption de Société Générale Congo par BGFIBank Congo a réduit le nombre d’entités bancaires distinctes. BGFIBank est un groupe gabonais, donc issu d’un autre membre de la CEMAC. En Guinée équatoriale, Vista a repris Société Générale de Banques en Guinée équatoriale. Ces opérations — reprise publique, acquisition transfrontalière et fusion — contribuent à la recomposition, mais ne modifient pas toutes la propriété de la même manière.
Le bilan des 54 banques illustre aussi un secteur en croissance. Selon les données du rapport reprises par des médias économiques de la sous-région, le bénéfice net cumulé a atteint 524 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 16,4 %. Le produit net bancaire, indicateur des revenus tirés des activités bancaires, s’est élevé à 1 723 milliards, soit 12,5 % de plus qu’en 2024.
Des résultats solides, des risques à surveiller
Le total des bilans a progressé de 10,3 %, à 27 536 milliards de FCFA. Les dépôts de la clientèle ont augmenté de 5,9 %, à 19 065 milliards, tandis que les crédits bruts ont atteint 13 998 milliards, en hausse de 12 %.
Mais les créances brutes en souffrance ont aussi grimpé de 10,9 %, à 2 244 milliards de FCFA. Elles équivalent à environ 16 % des crédits bruts. Ce ratio ne signifie pas que toutes ces sommes sont définitivement perdues ; il signale toutefois des prêts dont le remboursement pose problème et qui peuvent limiter la capacité des banques à prêter davantage.
L’exposition aux États, sous forme de prêts directs et de titres publics, a atteint 10 641 milliards de FCFA, en hausse de 19,9 % sur un an. Ces financements soutiennent les besoins des gouvernements. Cependant, une forte concentration peut aussi rendre les banques plus vulnérables aux difficultés budgétaires et réduire les ressources disponibles pour les entreprises et les ménages.
Pour les autorités de chaque pays, les prises de participation publiques renforcent le rôle de l’État dans le secteur, mais posent des questions de gouvernance et d’allocation du crédit. Pour les nouveaux groupes privés, l’enjeu est de maintenir les services, de consolider les fonds propres et de maîtriser les risques. Pour les clients, le changement d’actionnaire ne garantit ni une baisse des coûts bancaires ni un accès plus facile au crédit.
La supervision régionale, prochain point de vigilance
La tendance dépasse les frontières nationales : les groupes bancaires circulent entre pays africains, tandis que les régulateurs doivent suivre des établissements intégrés à un marché monétaire commun. La COBAC devra donc observer non seulement qui possède les banques, mais aussi leur solidité, leur gouvernance et leur capacité à financer durablement l’activité.
Le prochain indicateur décisif sera moins le nombre de banques détenues par telle ou telle catégorie que l’évolution concrète du crédit, des créances en souffrance et de l’exposition aux finances publiques. C’est là que se mesurera l’effet de cette recomposition pour les économies du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine et du Tchad.