À Antananarivo, demander aux ministres d’expliquer leurs plans anticorruption peut ouvrir l’action publique aux citoyens. Mais cette promesse de transparence prend un relief particulier alors qu’une affaire d’évasion présumée met en cause les contrôles dans les prisons et la responsabilité de responsables publics.

Une promesse de transparence à l’épreuve des faits

Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, a demandé aux ministres de présenter à la télévision nationale leurs stratégies contre la corruption et les grands projets de leurs départements. Selon l’annonce rapportée, les Malgaches pourraient également intervenir pour poser des questions et formuler des propositions.

Le principe est simple : rendre les priorités gouvernementales visibles et permettre au public de demander des comptes. Sa portée dépendra toutefois des modalités. Les émissions seront-elles régulières ? Les ministres devront-ils publier des objectifs mesurables, un calendrier et les dépenses engagées ? Sans réponses précises, l’exercice risque de rester une séquence de communication.

La démarche intervient dans une période politique exceptionnelle. Michaël Randrianirina dirige le pays depuis le changement de pouvoir d’octobre 2025. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale dont Madagascar est membre, soutient le processus de refondation tout en appelant à une gouvernance inclusive, à la participation citoyenne et au retour à la normalité constitutionnelle. Cette transition nourrit une attente forte de résultats et de redevabilité.

Onze détenus au cœur d’une enquête

Cette exigence se heurte à une affaire qui concerne directement l’administration pénitentiaire. Onze ressortissants chinois détenus à Madagascar auraient quitté illégalement leur prison. La ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a déclaré que quatre avaient quitté le pays et que sept autres étaient toujours recherchés. Ces éléments ont aussi été rapportés par les médias malgaches 2424.mg et Newsmada.

Les responsabilités restent contestées. La ministre et des représentants du syndicat des agents pénitentiaires se sont mutuellement mis en cause, selon les informations disponibles. La presse malgache rapporte aussi que le directeur de la prison a été suspendu et que quinze agents ont été placés en garde à vue. Ces mesures ne préjugent pas de leur culpabilité : seule une enquête suivie de procédures judiciaires peut établir qui a organisé ou facilité les départs.

La ministre a évoqué des soupçons de versements de plusieurs milliards d’ariary, la monnaie nationale, pour obtenir ces sorties. Faute de confirmation indépendante accessible, ce montant doit rester attribué et présenté comme une allégation. La Chine s’est dite disposée à soutenir l’enquête, mais les autorités malgaches restent responsables de conduire les investigations et d’en rendre compte.

Une stratégie déjà adoptée, un défi d’exécution

Madagascar dispose déjà d’une Stratégie nationale de lutte contre la corruption pour 2025-2030. Présentée à Antananarivo en janvier 2025, cette feuille de route fixe un cadre d’action pour les institutions publiques. Le Comité pour la sauvegarde de l’intégrité en décrit les objectifs, tandis que le Programme des Nations unies pour le développement a publié le document stratégique.

Le problème n’est donc pas seulement de définir une politique, mais de la faire appliquer dans chaque administration. L’affaire des détenus pose des questions concrètes : qui autorise un transfert ou une libération ? Comment les décisions sont-elles enregistrées et contrôlées ? Les agents peuvent-ils signaler des pressions sans risque ? Des réponses vérifiables compteraient davantage qu’une déclaration générale de fermeté.

L’indice de perception de la corruption de Transparency International attribue à Madagascar un score de 25 sur 100 et un rang de 148 sur 182 pays pour 2025. L’organisation malgache a publié ces résultats en février 2026. Cet indice mesure les perceptions de la corruption dans le secteur public ; il ne constitue pas un décompte des infractions ni une preuve contre une personne. Il donne néanmoins une indication du défi de confiance auquel les institutions sont confrontées.

Les conséquences d’un contrôle insuffisant dépassent les seuls bureaux de l’État. Pour les citoyens, la corruption peut compliquer l’accès aux services et rendre les démarches imprévisibles. Pour les entreprises qui respectent les règles, elle fausse la concurrence. Dans les administrations, elle fragilise les agents qui appliquent les procédures et nourrit la défiance envers ceux qui disposent d’un pouvoir de décision.

De la prise de parole au contrôle public

Les émissions envisagées pourraient créer un espace de dialogue entre ministres et citoyens. Pour être utiles, elles devraient permettre des questions contradictoires et donner lieu à des engagements suivis dans le temps. La publication des budgets, des marchés publics, des résultats d’enquête et des sanctions prononcées serait un complément essentiel. La transparence ne se mesure pas seulement à ce qui est dit, mais à ce que chacun peut vérifier.

L’enjeu est aussi régional. Au sommet d’août 2026, la SADC a réaffirmé son soutien au processus de refondation malgache, en liant celui-ci à la redevabilité, à la participation citoyenne et aux institutions démocratiques. Pour les partenaires régionaux, la manière dont la transition gère les affaires de corruption pèsera sur la confiance accordée à ses engagements. Pour les Malgaches, le test sera plus immédiat : savoir si les responsables sont soumis aux mêmes règles que les autres.

La suite dépendra donc de deux chantiers parallèles : établir les faits dans l’affaire des onze détenus et traduire la stratégie 2025-2030 en contrôles effectifs. Les présentations télévisées annoncées pourront éclairer les priorités gouvernementales. Leur crédibilité se jouera ensuite dans les résultats publiés, les enquêtes indépendantes et les décisions de justice.