Quand une start-up veut lever des fonds ou vendre une partie de son activité, trouver un investisseur n’est qu’une étape. Il faut aussi préparer les comptes, négocier la valeur de l’entreprise et rapprocher des partenaires qui ne partagent pas toujours les mêmes attentes. C’est sur ce terrain que Kilima Partners entend se positionner, avec un conseil financier consacré aux entreprises technologiques africaines.

Un nouvel intermédiaire entre fondateurs et investisseurs

La société, basée en France, a été lancée le jeudi 22 octobre 2026 par Nils Denis et Henri Huet, deux anciens cadres de Raisers Partners. Son activité annoncée couvre les levées de fonds, les opérations de fusion-acquisition — le rapprochement ou le rachat d’entreprises — et les cessions, totales ou partielles.

Kilima dit vouloir accompagner les entreprises à différents stades de leur développement. Cela va de la recherche de capitaux auprès de fonds de capital-risque ou d’investisseurs individuels, appelés « business angels », jusqu’à la vente de titres détenus par des actionnaires ou à la recherche de partenaires en Afrique et à l’international.

« Notre ambition avec Kilima est d’apporter le plus haut niveau de soutien aux fondateurs et investisseurs technologiques africains », a déclaré Nils Denis dans le communiqué annonçant le lancement. La société vise ainsi un rôle de conseil dans des opérations qui peuvent déterminer la trajectoire d’une jeune entreprise : financement de la croissance, entrée d’un nouvel actionnaire ou sortie d’un investisseur.

Les registres d’entreprises français confirment la création récente de Kilima Partners à Paris et identifient ses deux dirigeants. Cette immatriculation vérifie l’existence juridique de la structure, mais ne permet pas, à elle seule, d’évaluer son expérience opérationnelle ni les mandats déjà obtenus.

Des financements contrastés selon leur forme

Le lancement intervient alors que les données de financement des jeunes pousses africaines dessinent un tableau nuancé. Selon les chiffres attribués à la plateforme Africa: The Big Deal, les start-up du continent ont levé 2,16 milliards de dollars entre janvier et septembre 2026, contre 2,24 milliards sur la même période de 2025, soit un recul de 4 %.

Ces montants doivent être lus avec prudence : les bases de suivi des levées reposent sur les opérations rendues publiques et leurs périmètres peuvent varier. Une autre synthèse publiée en septembre évoquait déjà plus de 2 milliards de dollars levés depuis le début de 2026, sans confirmer le détail complet des chiffres de janvier à septembre rapportés ici.

La composition des financements compte autant que leur total. Les apports en capital — en échange de parts de l’entreprise — auraient atteint 1,5 milliard de dollars, en hausse de 23 % sur un an. À l’inverse, les financements par emprunt auraient baissé de 33 %, à 669 millions de dollars, contre environ un milliard un an plus tôt.

Pour une entreprise, ces deux voies ne sont pas interchangeables. Une levée en capital dilue les parts des fondateurs et des actionnaires existants, mais ne crée pas de dette à rembourser. Un emprunt préserve davantage le capital, tout en imposant des échéances et des conditions de remboursement. Le recul annoncé de la dette peut donc compliquer le financement de sociétés qui ont des revenus réguliers, mais souhaitent éviter une nouvelle dilution.

Un marché concentré, des réalités nationales différentes

Les données fournies pour les neuf premiers mois placent le Nigeria en tête de la hausse : les start-up qui y ont leur siège auraient levé 635 millions de dollars, contre 247 millions un an auparavant. Le Nigeria, le Kenya, l’Égypte et l’Afrique du Sud auraient concentré 85 % des montants attribués à des pays précis, contre 83 % sur la même période en 2025.

Cette concentration ne signifie pas que les autres écosystèmes sont immobiles. Elle indique surtout que les capitaux annoncés se dirigent principalement vers quelques marchés où les investisseurs trouvent déjà des entreprises visibles, des réseaux d’affaires et des intermédiaires. Les sièges sociaux panafricains, dont l’activité traverse plusieurs pays, sont exclus de cette comparaison par pays.

Pour les fondateurs établis hors de ces quatre pôles, la difficulté peut être double : accéder aux investisseurs et démontrer qu’une entreprise opérant dans plusieurs cadres réglementaires peut croître de façon viable. Les opérations transfrontalières exigent de comprendre les règles locales, les systèmes fiscaux et les marchés concernés. Un conseiller spécialisé peut aider à structurer une transaction, mais il ne remplace ni le financement lui-même ni la présence d’investisseurs disposés à prendre des risques.

La valeur du conseil se mesurera aux opérations conclues

Le modèle de Kilima s’inscrit dans un secteur où l’accès au financement dépend aussi de la qualité des dossiers et de la mise en relation. Préparer une levée demande des projections crédibles, une gouvernance lisible et une négociation des conditions d’investissement. Pour une cession ou une vente secondaire, il faut en outre établir la valeur des titres et organiser les intérêts parfois divergents des fondateurs, des salariés actionnaires et des investisseurs.

Un acteur installé en France peut chercher des partenaires internationaux tout en travaillant avec des entreprises actives sur le continent. Cette position soulève une question pratique : sa connaissance des marchés nationaux et régionaux sera-t-elle assez fine pour adapter le conseil aux réalités de chaque entreprise ? Les besoins d’une fintech nigériane, d’une société kényane de logistique ou d’une entreprise égyptienne ne se confondent pas, même si elles recherchent toutes des capitaux.

À l’échelle panafricaine, l’enjeu dépasse la création d’un cabinet. Les chiffres disponibles montrent à la fois un volume global important et une forte concentration géographique, tandis que les formes de financement évoluent dans des directions opposées. Le prochain indicateur à surveiller sera la capacité de nouveaux intermédiaires à élargir l’accès aux investisseurs et à accompagner des transactions effectivement conclues, notamment au-delà des marchés les plus financés.

Sources de vérification : registre d’entreprise de Kilima Partners, données de financement des start-up africaines jusqu’en août 2026 et point sur le franchissement des deux milliards de dollars en 2026.