Avant de devenir une mine, un gisement n’est qu’une hypothèse à vérifier. Dans le nord de la Côte d’Ivoire, le projet Nielle entre dans cette étape décisive : des estimations préliminaires suggèrent un potentiel aurifère important, mais aucun gisement exploitable n’est encore établi.

Une cible à transformer en données vérifiables

Castle Minerals, société australienne d’exploration, prépare une campagne de forage à Nielle. L’entreprise indique qu’une évaluation indépendante de Ledex Pty situe le potentiel exploratoire de la cible principale entre 0,8 et 1,4 million d’onces d’or. Cette fourchette n’est pas une réserve minérale ni une ressource déclarée. Elle constitue une estimation théorique, qui devra être testée et affinée par les travaux de terrain.

Pour établir cette première estimation, Ledex s’est appuyé sur des données historiques de forage et de géochimie. La matière fournie fait état de 338 forages à la tarière et de 40 forages à circulation inverse sur la cible 1. Castle prévoit désormais des forages à circulation inverse et au diamant. Ces techniques permettent d’échantillonner le sous-sol à différentes profondeurs et de vérifier la continuité des zones minéralisées.

Le projet reste toutefois conditionné à l’obtention d’un permis d’exploration auprès des autorités ivoiriennes. La société espère une délivrance au quatrième trimestre 2026, sans avoir précisé de calendrier ferme pour les forages ni leur budget. Elle avait annoncé en août une levée de fonds de 4 millions de dollars australiens pour financer ses activités, selon ses communications boursières.

Nielle se trouve dans le nord du pays, à proximité du district aurifère de Tongon. Castle présente une superficie de projet d’environ 212 km² et décrit un corridor minéralisé plus large que la zone déjà testée par forage. Ces indications donnent un cadre géologique, mais ne préjugent ni de la quantité d’or récupérable ni de la rentabilité d’une éventuelle mine.

Une ambition nationale portée par plusieurs projets

La Côte d’Ivoire cherche à accélérer la progression de son secteur aurifère. Le gouvernement a affiché l’objectif de faire du pays le premier producteur d’or du continent à l’horizon 2035. L’administration économique ivoirienne recensait treize mines d’or en exploitation en 2024 et prévoyait une hausse de la production dans les années suivantes. Ces ambitions reposent à la fois sur les mines déjà actives, les projets en développement et la découverte de nouveaux gisements.

Le projet Koné, porté par Montage Gold, illustre l’ampleur des investissements envisagés. Lors de la pose de sa première pierre, en décembre 2024, le gouvernement annonçait des ressources estimées à 152 tonnes et une production projetée de sept tonnes par an. Assafou, développé par Endeavour Mining, constitue un autre projet appelé à contribuer à l’offre future. Ces chiffres sont des projections ou des estimations de projets : ils ne doivent pas être confondus avec la production effectivement réalisée.

Les explorateurs étrangers occupent une place importante dans cette trajectoire. Ils apportent des capitaux, des équipes techniques et des programmes de recherche, mais les retombées nationales dépendront aussi des conditions négociées avec l’État : recettes fiscales, emplois, formation, achats locaux et respect des règles environnementales. Pour les localités proches des permis, la question est plus concrète encore : quels emplois seront accessibles, quels terrains seront concernés et comment les communautés seront-elles consultées ?

L’activité minière industrielle n’épuise pas non plus le sujet de l’or. L’orpaillage artisanal et les circuits commerciaux informels pèsent sur les revenus, l’emploi local et la capacité de l’État à suivre les volumes extraits. L’enjeu public consiste donc à faire progresser la production déclarée sans réduire la politique aurifère à la seule ouverture de grandes mines. La transparence des contrats et des recettes, ainsi que la gestion des impacts sur l’eau et les sols, pèseront dans l’évaluation de cette expansion.

Le test des forages et le regard régional

Les prochaines étapes permettront de savoir si l’estimation de Nielle résiste aux vérifications. Les forages devront confirmer la teneur en or, l’épaisseur des zones minéralisées et leur prolongement en profondeur. Ensuite seulement, des travaux supplémentaires pourront éventuellement conduire à une estimation de ressources minérales. Une ressource ne signifie pas automatiquement qu’une mine est économiquement viable : il faut aussi étudier les coûts, les infrastructures, les autorisations et les risques environnementaux.

À l’échelle régionale, cette course aux découvertes se joue dans un espace ouest-africain où plusieurs pays développent leurs industries aurifères. Le Ghana, voisin de la Côte d’Ivoire et membre de la CEDEAO — l’organisation d’intégration économique et politique de l’Afrique de l’Ouest — reste un acteur majeur de la production. L’objectif ivoirien de 2035 est donc une ambition nationale inscrite dans une compétition régionale, et non une position déjà acquise.

Pour Castle, l’autorisation d’explorer est le premier jalon à surveiller. Pour les autorités ivoiriennes, la mesure du progrès ne se limitera pas au nombre d’onces annoncé : elle dépendra des découvertes confirmées, de leur conversion éventuelle en projets viables et de la part de valeur conservée dans le pays. À Nielle, les forages diront d’abord si le potentiel avancé peut devenir une réalité géologique documentée.