Pour une pharmacie, financer les stocks, renouveler le matériel et payer les charges ne relève pas seulement de la gestion quotidienne. Ces décisions pèsent aussi sur la continuité des services proposés aux patients. À Abidjan, les Journées de l’Ordre national des pharmaciens de Côte d’Ivoire ont remis ces enjeux au centre des échanges entre professionnels et acteurs financiers.
Une profession en mutation, au cœur du système de santé
La 13ᵉ édition des Journées de l’Ordre national des pharmaciens de Côte d’Ivoire (JONPCI) s’est tenue du 15 au 17 octobre 2026 à Abidjan. Le programme a placé la formation au cœur des discussions, autour de la transformation des services pharmaceutiques. Une édition qui associe donc les questions de compétence et de qualité des soins aux réalités économiques des officines et des autres structures de santé.
Le secteur privé occupe une place importante dans l’offre pharmaceutique ivoirienne. Selon des données du ministère de la Santé reprises par le portail public de l’économie ivoirienne, le pays comptait 1 217 officines privées à la fin du mois d’août 2025. La même source estime que le secteur pharmaceutique privé assure entre 80 et 90 % de la fourniture de médicaments. Ces chiffres éclairent l’enjeu : la solidité financière des structures peut avoir des conséquences concrètes sur leur capacité à maintenir leur activité et à servir leur clientèle.
Les officines ne font toutefois pas face aux mêmes contraintes. Les besoins d’une pharmacie urbaine à fort volume diffèrent de ceux d’un établissement situé dans une ville secondaire ou une zone moins desservie. Les coûts d’approvisionnement, les délais de paiement et l’accès au crédit peuvent aussi peser différemment selon la taille de la structure. Les échanges entre professionnels, banques et autorités sont utiles s’ils permettent de faire remonter ces écarts, au-delà des annonces d’offres commerciales.
La banque met en avant une offre dédiée
NSIA Banque Côte d’Ivoire indique avoir participé aux rencontres avec un stand consacré aux professionnels de santé. La banque affirme y avoir échangé avec des pharmaciens, des responsables d’officines et des représentants de structures sanitaires sur leurs besoins de financement et d’accompagnement bancaire. Cette participation, ainsi que le nombre de personnes rencontrées, relève des informations communiquées par l’établissement.
La banque a présenté le Pack Pharma & Co, une formule de compte professionnel destinée aux pharmacies et à plusieurs autres structures médicales. La page officielle de l’offre mentionne des services bancaires, des outils de gestion à distance et des facilités de financement, notamment l’avance sur facture, le découvert et le crédit-bail. L’offre publiée précise également des conditions d’accès et des frais : les professionnels doivent donc examiner les critères, les garanties et le coût total avant de souscrire.
« Les professionnels de santé jouent un rôle déterminant dans le bien-être des populations et dans le développement de notre économie », a déclaré Carine Domoraud, présentée comme directrice des PME de NSIA Banque. Elle a décrit l’objectif de la banque comme un accompagnement des projets et de la croissance des activités. Cette déclaration exprime la position de l’établissement ; elle ne constitue pas, à elle seule, une évaluation indépendante de l’accès effectif des pharmacies au crédit.
La rencontre s’est aussi prolongée par un dîner de gala, selon les informations communiquées par la banque. Ces moments de réseautage peuvent rapprocher les acteurs d’une même filière. Mais leur portée dépendra surtout des suites données aux échanges : conditions de financement adaptées, transparence sur les coûts et capacité à répondre aux besoins de structures de tailles différentes.
Au-delà du produit, la question de l’accès au financement
Une offre sectorielle peut simplifier les démarches en regroupant plusieurs services. Elle ne résout pas automatiquement les difficultés de financement. Les pharmacies ont besoin de trésorerie pour renouveler leurs stocks, mais aussi d’investissements pour moderniser leurs équipements ou développer leurs services. Un crédit peut soutenir ces projets ; il peut également alourdir les charges si les remboursements ne correspondent pas aux flux réels de l’activité.
La question se pose dans un secteur où la disponibilité des médicaments dépend de plusieurs maillons : importateurs et producteurs, grossistes, transporteurs, officines, dispositifs publics d’approvisionnement et régulation. Le financement bancaire n’est donc qu’un levier parmi d’autres. La formation continue, thème central des JONPCI 2026, compte elle aussi : les compétences des équipes et l’évolution des pratiques influencent la qualité du conseil pharmaceutique et la sécurité des patients.
Pour les populations, l’enjeu est indirect mais tangible. Une officine capable de gérer ses approvisionnements et ses investissements peut contribuer à la continuité de l’accès aux produits de santé. Cependant, les annonces de financement ne permettent pas de conclure que les médicaments seront plus accessibles ou que les disparités territoriales diminueront. Cela dépend aussi de la régulation, de l’organisation de la chaîne d’approvisionnement et de la répartition des professionnels sur le territoire.
Un enjeu ivoirien qui s’inscrit dans les débats ouest-africains
Pour la Côte d’Ivoire, cette rencontre relie deux priorités : renforcer les services de santé et soutenir les entreprises qui y contribuent. Le sujet concerne aussi les acteurs de l’espace ouest-africain, où les échanges commerciaux et les chaînes d’approvisionnement dépassent souvent les frontières nationales. La CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, constitue l’un des cadres régionaux de coopération. Mais les conditions de financement et l’organisation des pharmacies restent largement liées aux institutions et aux réalités de chaque pays.
La suite se mesurera moins aux stands qu’aux résultats : quelles structures accèdent réellement aux financements, à quelles conditions, et avec quel effet sur leur capacité à investir ? Pour les pharmaciens installés hors des grands centres urbains comme pour ceux d’Abidjan, la proximité bancaire n’a de valeur que si elle s’accompagne de solutions accessibles et adaptées. C’est à cette échelle concrète que pourra se juger la portée du rapprochement entre banque et profession.
Sources de contexte : présentation officielle du Pack Pharma & Co de NSIA Banque ; données publiques sur le secteur privé de la santé en Côte d’Ivoire ; compte rendu des JONPCI 2026 et de leur thème sur la formation ; programme des Journées de l’Ordre national des pharmaciens.