Avant que le pétrole ne rapporte un dollar à la Namibie, une question se pose déjà : qui contrôlera les décisions sur les permis, l’exploration et la production ? Le débat porte autant sur l’organisation de l’État que sur la gestion future des revenus.

Un vote interrompu à Windhoek

Le 15 octobre 2026, l’Assemblée nationale namibienne n’a pas pu voter le projet de loi sur le secteur pétrolier. Des députés de l’opposition ont quitté l’hémicycle au moment du scrutin. La présidente de l’Assemblée, Saara Kuugongelwa-Amadhila, a constaté qu’il ne restait que 39 élus, alors que 49 étaient nécessaires pour atteindre le quorum, c’est-à-dire le nombre minimal de membres requis pour délibérer.

Le blocage ne signifie pas que le texte a été rejeté. Le vote n’a simplement pas eu lieu. Des comptes rendus de la presse namibienne et de la radiotélévision publique confirment le déroulement de la séance et l’absence de quorum. Le projet reste donc entre les mains du Parlement, où majorité et opposition s’opposent sur la répartition des pouvoirs.

La Namibie est membre de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), un espace de coopération régionale de 16 pays. Mais le dossier est d’abord national : il concerne les institutions qui autoriseront et encadreront l’exploitation offshore, au large des côtes namibiennes.

Qui doit superviser l’exploration ?

Le projet modifie la loi sur l’exploration et la production pétrolières de 1991. Il prévoit la création d’une unité dédiée au secteur en amont, c’est-à-dire aux activités d’exploration et de production. Cette Upstream Petroleum Unit serait placée sous l’autorité du bureau de la présidente Netumbo Nandi-Ndaitwah, plutôt que sous celle du ministère chargé des Mines et de l’Énergie.

Ce transfert concentre le désaccord. L’opposition estime qu’il déplacerait des compétences ministérielles vers la présidence et réduirait la responsabilité directe devant le Parlement. Elle conteste notamment la place de la nouvelle unité et le rôle du chef de l’État dans les décisions liées au pétrole.

Le gouvernement défend une modernisation du cadre juridique, ancien de plus de trente ans. Le ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Modestus Amutse, a soutenu que le texte vise à actualiser la gouvernance du secteur et à renforcer les règles contre les conflits d’intérêts. Des responsables gouvernementaux ont aussi contesté l’idée que la présidente exercerait seule les fonctions de régulation. Le différend porte donc sur la conception des contrôles, pas seulement sur le nom de l’institution chargée du dossier.

Le registre officiel des projets de loi du Parlement namibien répertorie le texte d’amendement, déposé sous la référence B.12-2025. Son parcours législatif reste ainsi un enjeu concret : tant qu’il n’est pas adopté, les règles existantes continuent de s’appliquer. L’issue dépendra des débats et d’un éventuel compromis entre les groupes parlementaires.

Des découvertes, mais pas encore de production

Depuis 2022, les découvertes dans le bassin d’Orange, au sud du pays, ont placé la Namibie au centre de l’exploration pétrolière offshore. TotalEnergies a notamment confirmé la découverte de Venus en 2022. D’autres travaux d’exploration ont attiré des groupes internationaux, mais une découverte ne signifie pas qu’un gisement sera exploité : il faut encore définir un projet, mobiliser des investissements et obtenir les autorisations nécessaires.

La première production n’est donc pas immédiate. TotalEnergies a indiqué viser un premier pétrole en 2030 pour le projet Venus, sous réserve des décisions d’investissement et des autorisations. Cette échéance reste une prévision d’entreprise, non une date garantie. Le développement en eaux profondes exige des infrastructures et des capitaux importants.

Le texte discuté à Windhoek doit ainsi fixer des règles avant l’arrivée éventuelle des premières recettes. La question ne se limite pas au volume des revenus attendus. Elle concerne aussi leur contrôle, les conditions d’attribution des licences, la prévention des intérêts privés dans la décision publique et la capacité des institutions à rendre compte de leurs choix.

Les retombées dépendront des choix publics

Une activité pétrolière offshore peut générer des recettes et des contrats, mais ses effets ne se répartissent pas automatiquement dans toute l’économie. Les marchés attribués aux entreprises locales, les emplois accessibles aux travailleurs namibiens et les dépenses publiques financées par les revenus seront déterminants. Les bénéfices peuvent d’abord se concentrer dans les institutions, les entreprises spécialisées et les zones côtières liées aux opérations.

Pour les habitants éloignés de ces activités, l’impact dépendra davantage des choix budgétaires : infrastructures, services publics, formation et investissements dans les régions. Les acteurs du secteur informel, eux, ne profiteront pas nécessairement des contrats techniques sans politiques d’accès et de formation adaptées. Le cadre réglementaire ne garantit donc pas à lui seul une redistribution équitable ; il établit qui décide et selon quelles obligations.

La Namibie doit également arbitrer entre l’exploitation d’une nouvelle ressource et ses engagements de développement à long terme. Une réglementation lisible peut rassurer les investisseurs, mais la confiance publique repose aussi sur des contrôles crédibles et une information accessible. Ces exigences ne s’excluent pas : elles déterminent les conditions dans lesquelles les projets pourront avancer.

Un débat suivi dans la région

Pour les pays de la SADC, le débat namibien offre un point de comparaison alors que plusieurs économies régionales cherchent à attirer des investissements énergétiques. Il ne préjuge pas de leurs choix, car les cadres juridiques et les trajectoires nationales diffèrent. Il met toutefois en lumière un enjeu commun : établir des règles de supervision et de transparence avant que les revenus ne deviennent importants.

La prochaine étape est parlementaire. Après l’ajournement du 15 octobre, le texte devra revenir devant l’Assemblée si la majorité souhaite poursuivre son examen. Le calendrier d’un nouveau vote et la possibilité d’amendements restent à surveiller. Pour les Namibiens, l’enjeu est moins de savoir quand le premier baril sortira que de connaître les garde-fous en place avant cette échéance.