Pour le projet aurifère de Nejo, en Éthiopie, le premier forage reste suspendu à une autorisation. Le retard ne tient donc pas seulement aux préparatifs techniques : il met aussi en lumière les questions de permis, de coordination entre autorités et de financement qui pèsent sur une petite société d’exploration.
Un projet prêt sur le papier, mais toujours sans feu vert
Askari Metals, société australienne cotée à la Bourse de Sydney, a annoncé le 19 octobre 2026 que de nouvelles nominations dans les administrations régionales et fédérales pourraient aider à faire avancer son dossier. Elle n’a toutefois pas donné de date pour le début des travaux. Ces nominations constituent l’appréciation de l’entreprise, pas la confirmation d’une autorisation délivrée.
Le projet Nejo se trouve dans l’ouest de l’Éthiopie, dans la région d’Oromia. Askari dit avoir acquis en 2025 les intérêts liés à trois permis d’exploration détenus par Xingxu. La société affirme que ces permis restent valides jusqu’au 23 mars 2028. Mais le statut des licences et la reconnaissance du transfert ont fait l’objet de contestations publiques : l’autorité minière d’Oromia a demandé leur révocation et a remis en cause la position d’Askari.
Cette divergence est centrale. En juillet 2025, l’autorité régionale affirmait que les permis faisaient l’objet d’un examen réglementaire et qu’Askari n’était pas reconnue comme titulaire. De son côté, la compagnie a soutenu que les licences étaient valides. Les éléments publics consultés ne permettent pas de présenter ce différend comme définitivement réglé. Il faut donc distinguer les déclarations de l’entreprise de la position exprimée par l’administration régionale.
Des travaux préparés, sous réserve d’autorisation
Askari indique avoir rassemblé et numérisé des données d’exploration anciennes, puis vérifié certaines cibles sur le terrain. Elle a également préparé un programme pouvant atteindre 5 000 mètres de forage. En juin 2026, la société disait disposer en Éthiopie d’un opérateur, d’une équipe et de matériel. Ces moyens ne suffisent cependant pas à commencer une campagne nécessitant une autorisation de travaux au sol.
Les forages doivent tester la continuité des zones minéralisées et vérifier si les indices repérés se prolongent en profondeur. Ce travail pourrait fournir des données nécessaires à une future estimation des ressources. Il ne constitue pas, à lui seul, la preuve qu’un gisement exploitable existe. À ce stade, Nejo reste un projet d’exploration : son potentiel économique dépendra des résultats techniques, des autorisations et des coûts de développement.
Le contexte administratif compte autant que la géologie. Le dossier mobilise des autorités fédérales et celles d’Oromia, qui disposent de compétences régionales. Pour une entreprise étrangère et ses partenaires locaux, l’incertitude sur la reconnaissance des titres peut retarder les opérations et compliquer la planification. Pour les communautés proches du site, les retombées éventuelles — emplois, achats locaux ou recettes publiques — restent elles aussi hypothétiques tant que les travaux n’ont pas commencé.
Une trésorerie limitée face à plusieurs chantiers
La question financière ajoute une contrainte. Askari a levé environ 2,75 millions de dollars australiens au dernier trimestre 2025. Son rapport annuel indique qu’au 30 juin 2026, elle détenait environ 256 000 dollars australiens en trésorerie. Elle mentionne aussi des titres cotés évalués à près de 650 000 dollars australiens, susceptibles d’être vendus, et une facilité de prêt pouvant atteindre 500 000 dollars australiens consentie par son dirigeant.
Ces montants ne correspondent pas tous à des liquidités immédiatement disponibles : les titres doivent être vendus et le prêt constitue un financement potentiel. L’auditeur de la société a signalé une incertitude importante quant à sa capacité à poursuivre ses activités. Cette réserve ne signifie pas que l’entreprise va cesser ses opérations, mais elle souligne le risque d’exécution : une campagne retardée peut exiger de nouveaux financements avant même que ses résultats soient connus.
Askari travaille également sur le projet Uis, en Namibie, où elle a annoncé en octobre l’achèvement de prélèvements de sols ciblant notamment l’étain, le lithium et le tantale. Cette activité sur deux pays offre plusieurs pistes d’exploration, mais répartit aussi les ressources financières et humaines d’une junior minière. Pour Nejo, un calendrier révisé et des financements effectivement mobilisés seront donc des indicateurs aussi importants que la préparation technique.
Un enjeu pour la stratégie minière éthiopienne
L’Éthiopie cherche à attirer des investissements dans ses ressources minérales, notamment l’or. Mais l’intérêt des investisseurs dépend aussi de règles lisibles et d’une coordination prévisible entre administrations fédérales et régionales. Le cas de Nejo rappelle qu’une annonce d’acquisition ou la validité d’un permis revendiquée par une société ne remplacent pas une clarification administrative partagée par les parties concernées.
À l’échelle régionale, l’Éthiopie est membre de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation de coopération de la Corne de l’Afrique. Le dossier ne relève pas directement d’une décision de l’IGAD, mais il s’inscrit dans une compétition plus large pour attirer capitaux, compétences et investissements miniers en Afrique de l’Est. Les pays de la région ont intérêt à ce que les projets associent sécurité juridique, transparence des titres et retombées locales concrètes.
Les prochaines étapes à surveiller sont précises : l’octroi de l’autorisation de travaux, la clarification du statut des trois permis, puis le financement et le lancement effectif des forages. Sans ces avancées, Nejo restera une promesse d’exploration. Avec elles, les résultats pourront enfin établir si les indices aurifères justifient une étape supplémentaire.
Pour comprendre les positions et les données publiques, consulter la réponse d’Askari Metals sur le statut des permis de Nejo, les informations publiées sur la contestation de l’autorité minière d’Oromia, le rapport annuel 2026 d’Askari Metals et la présentation de l’IGAD.