Pour un archipel qui fait venir par bateau l’essentiel de ce qu’il consomme, les douanes et la production agricole touchent directement au coût de la vie et à la sécurité des approvisionnements. Praia et Brasília cherchent à transformer cette réalité en terrain de coopération, sans qu’un accord opérationnel ait encore été annoncé.
Un rapprochement discuté à Bangkok
Le Cap-Vert est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le bloc régional qui organise une partie de l’intégration économique en Afrique de l’Ouest. Son statut d’archipel donne toutefois un poids particulier aux ports, aux liaisons maritimes et à la fluidité des formalités commerciales.
Le 16 octobre 2026, une délégation cap-verdienne a rencontré Mathias de Alencastro, secrétaire aux Affaires internationales du ministère brésilien des Finances. L’entretien s’est tenu à Bangkok, en marge des réunions annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, organisées du 12 au 18 octobre. Le gouvernement cap-verdien a rendu compte de la rencontre.
Les échanges ont porté sur des pistes de coopération douanière, agricole et climatique. Les deux parties ont évoqué l’assistance technique, le transfert de savoir-faire et le partage d’outils développés au Brésil. À ce stade, ces discussions dessinent des possibilités de travail ; elles ne constituent pas l’annonce d’un programme financé ni d’un calendrier d’exécution.
Des douanes au cœur des recettes publiques
Au Cap-Vert, l’efficacité douanière concerne à la fois les entreprises importatrices, les ports et les finances publiques. Le ministère des Finances indique que les recettes douanières ont atteint 31,014 milliards d’escudos cap-verdiens en 2025, soit une hausse de 12,5 % par rapport à 2024. Cette progression intervient aussi dans un contexte où les importations ont augmenté.
Le pays a déjà engagé la numérisation de plusieurs opérations. Il utilise SYDONIA World pour le dédouanement, développe un guichet unique portuaire et propose le paiement électronique des droits et taxes. Une coopération avec le Brésil pourrait compléter ces efforts par de la formation, des échanges d’expertise sur le contrôle des marchandises ou une meilleure interconnexion des outils numériques. Ce sont des pistes à confirmer, et non des mesures déjà convenues.
Des procédures plus rapides et prévisibles pourraient réduire les délais pour les opérateurs et faciliter la circulation des biens entre les îles. Mais la modernisation devra aussi tenir compte des administrations locales et des petites entreprises, qui n’ont pas toutes les mêmes moyens pour s’adapter aux nouveaux systèmes. L’enjeu est d’améliorer les contrôles sans transformer la dématérialisation en obstacle supplémentaire.
La coopération agricole face aux contraintes de l’archipel
La production agricole cap-verdienne reste limitée par les faibles précipitations, les sécheresses récurrentes et la disponibilité réduite des terres cultivables. Selon la FAO, plus de 80 % des besoins alimentaires sont couverts par des importations. Les cargaisons arrivent par mer, puis doivent être redistribuées entre les îles, ce qui rend les approvisionnements sensibles aux coûts du transport et aux perturbations des échanges.
Le Brésil pourrait partager des connaissances sur l’irrigation, les techniques agricoles adaptées aux zones sèches et la transformation agroalimentaire. Ces transferts ne peuvent toutefois pas être copiés tels quels : les solutions doivent correspondre à la disponibilité de l’eau, aux sols et à l’échelle des exploitations cap-verdiennes. Leur intérêt se mesurera à leur capacité à soutenir les producteurs locaux et à réduire certaines vulnérabilités, plutôt qu’à remplacer les importations à court terme.
Cette réflexion rejoint les priorités du Cap-Vert en matière de sécurité alimentaire et de résilience climatique. Elle concerne différemment les acteurs : les administrations peuvent gagner en outils et en compétences, tandis que les agriculteurs auront besoin d’un accès concret aux technologies, à la formation et à l’eau. Pour les ménages, l’effet dépendra aussi des coûts de production et de transport, ainsi que de la régularité des liaisons maritimes entre les îles.
Un enjeu bilatéral à portée régionale
Pour la CEDEAO, les échanges plus fluides et les capacités douanières renforcées s’inscrivent dans un objectif plus large : faciliter le commerce régional et développer les chaînes de valeur africaines. Le Cap-Vert peut aussi faire valoir les besoins spécifiques des petits États insulaires, dont l’accès aux marchés dépend fortement des ports et des connexions maritimes.
La portée de la rencontre dépendra désormais de sa traduction en actions précises : formations, assistance technique, partage d’équipements ou projets agricoles pilotes. Aucun accord détaillé n’a été rendu public dans les informations disponibles. Le point à suivre sera donc la formalisation éventuelle de ces pistes, et la place donnée aux institutions cap-verdiennes et aux acteurs locaux dans leur mise en œuvre.