Un programme peut former des milliers de jeunes sans leur garantir un emploi stable. En Angola, les chiffres annoncés par les autorités montrent à la fois l’ampleur des dispositifs publics et la difficulté à convertir la formation en travail durable, alors que le chômage des 15-24 ans reste élevé.
Des programmes publics à l’échelle nationale
Le 15 octobre 2026, devant l’Assemblée nationale à Luanda, le président João Lourenço a présenté les résultats de plusieurs initiatives pour l’emploi. Selon son discours, le Plan d’action pour la promotion de l’employabilité (PAPE) et le programme JOBE — « Jeunes, opportunités et bons emplois » — ont bénéficié à plus de 140 000 jeunes Angolais. Le ministère de l’Administration publique, du Travail et de la Sécurité sociale a relayé ce bilan.
Les autorités indiquent également que près de 600 000 personnes ont suivi une formation professionnelle entre 2022 et le premier semestre 2026. Sur la même période, plus de 920 000 créations nettes de liens d’emploi auraient été enregistrées. Ces données décrivent l’activité des programmes et du marché du travail, mais ne précisent pas à elles seules combien de bénéficiaires ont obtenu un poste formel, combien l’ont conservé, ni la qualité des emplois créés.
Lancé en 2019, le PAPE combine formation, stages, microcrédits et équipements professionnels pour faciliter l’accès à l’emploi et soutenir l’auto-emploi. JOBE, mis en œuvre à partir de 2024, cible plus directement l’insertion des jeunes et le développement d’activités économiques locales. Les deux programmes cherchent donc à agir sur plusieurs obstacles : compétences, accès au financement et démarrage d’une activité.
Le chômage des jeunes reste un point de tension
Les données de l’Institut national de statistique (INE) apportent un contrepoint aux bilans gouvernementaux. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage atteignait 40,5 % chez les 15-24 ans, contre 21,1 % pour les 25-34 ans. Pour l’ensemble de la population âgée de 15 ans et plus, il s’établissait à 21,5 %. Le taux était plus élevé chez les femmes, à 23,3 %, que chez les hommes, à 19,8 %.
Ces indicateurs ne mesurent pas exactement la même chose que le nombre de personnes formées ou les créations nettes de liens d’emploi. Une formation suivie ne signifie pas nécessairement qu’un poste a été obtenu. De même, un lien d’emploi créé ne renseigne pas, sans données complémentaires, sur sa durée, son salaire ou sa couverture sociale. Le bilan public montre une mobilisation importante ; les statistiques de chômage soulignent que l’accès au travail reste inégal, surtout pour les jeunes.
La structure de l’emploi constitue un autre enjeu. Au quatrième trimestre 2025, l’emploi informel représentait 78,6 % de l’emploi total, selon l’INE. Dans ce secteur, les travailleurs peuvent disposer de revenus et exercer une activité sans bénéficier des mêmes protections sociales ni de la même sécurité que les salariés déclarés. La part élevée de l’informel rappelle ainsi que l’enjeu n’est pas seulement de créer une activité, mais aussi d’améliorer sa stabilité et ses conditions.
Former ne suffit pas sans débouchés
Les autorités disent avoir ouvert de nouveaux centres de formation professionnelle et des centres pour l’emploi dans plusieurs provinces. Cette implantation peut réduire les distances qui séparent les habitants des services publics. Elle ne garantit toutefois pas que les formations correspondent aux besoins locaux, ni que les jeunes puissent ensuite accéder au crédit, à des stages de qualité ou à des employeurs.
Les effets peuvent aussi différer selon les territoires et les situations. À Luanda, la concentration des entreprises et des services peut offrir davantage de pistes, tout en accentuant la concurrence pour les postes. Dans les provinces, la proximité d’un centre de formation ne crée pas à elle seule une demande suffisante de main-d’œuvre. Les jeunes femmes et les personnes en situation de handicap peuvent, de leur côté, rencontrer des obstacles supplémentaires pour accéder aux formations et aux emplois.
Le projet JOVEM+, approuvé pour courir jusqu’en 2030, entend accompagner plus de 500 000 personnes âgées de 16 à 35 ans. Les objectifs annoncés prévoient qu’au moins 40 % des bénéficiaires soient des femmes et 6 % des personnes en situation de handicap. Lancé en juin 2026 par le ministère chargé du travail et de la formation professionnelle, le projet s’inscrit dans un effort de plus longue durée. Il faudra suivre les inscriptions effectives, la répartition provinciale des bénéficiaires et les résultats après leur accompagnement.
Un enjeu économique pour l’Afrique australe
En Angola, la politique de l’emploi se joue aussi dans une économie où la transformation des compétences en activité productive dépend de la diversification et du développement des entreprises. Pour les pouvoirs publics, les résultats ne se résumeront donc pas au nombre de formations ou de bénéficiaires : ils dépendront aussi des débouchés durables, du poids de l’emploi formel et de l’inclusion des femmes et des jeunes hors de la capitale.
À l’échelle régionale, l’Angola est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des pays d’Afrique australe autour de la coopération et de l’intégration économique. La question de l’emploi des jeunes dépasse les frontières nationales, mais les réponses doivent tenir compte des marchés et des institutions propres à chaque pays. Pour Luanda, le test des prochaines années sera de montrer que les programmes engagés débouchent sur des emplois accessibles, mieux protégés et répartis au-delà des grands centres urbains.
Lire le discours sur l’état de la Nation en Angola · Consulter le bilan du ministère angolais du Travail · Voir les statistiques de l’emploi de l’INE · Contexte du projet d’emploi des jeunes en Angola